Mattli. xix, 16; Marc x, 17; Luc xvii-i
soucieux de certitude, avide d’un définitif progrès, il se prit à l’aimer, il jette à ce cœur qui . peut-être attendait de lui une parole d’espoir, il jette le plus absolu et le plus rude ultimatum : « Il te manque une chose : va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel, puis viens et suis-moi1. » S’appuyant sur la variante de Matthieu : « Si tu veux être parfait... », le romanisme a fait de ces mots du Maître l’une des bases de sa théorie des vertus surérogatoires2. Or, ce que le jeune homme recherche, ce n’est nullement une perfection spéciale, une œuvre inaccessible à la plupart, mais — ce qui est précisément le but proposé à tous les vivants — la vie éternelle.
Quelle est, dans la déclaration de Jésus, la partie essentielle? Evidemment celle qui répond à la question posée. Et il n’est pas discutable que Jésus estime le fait de s’attacher à lui et de le suivre, lui qui s’est appelé la lumière du monde, la résurrection, la vérité, la vie, comme procurant l’assurance, la possession même du salut. C’est donc le dernier membre de phrase : « puis, viens et suis-moi », qui révèle au juste selon la lettre de la loi ce qui lui manque. Mais pour marcher avec Jésus, pour aller de lieu en lieu, incertain du lendemain, accueilli un jour et le jour suivant repoussé, pour parcourir soi-même les villes et les bourgades de Judée et de Galilée, préparant le chemin du Maître, il fallait n’avoir d’autre souci que celui de sa mission sacrée; après avoir mis la main à la charrue, il fallait ne plus regarder en arrière3. Et comme Pierre et André4, Jacques et Jean5 avaient laissé leurs barques et leurs filets,
x. Matth. xix, 21 ; Marc x, 21 ; Luc xviii, 22.
2. Quelques exégètes protestants, entre autres H. -J. Holtzmann, ont partagé cette erreur.