Esaïe lui
Pas plus que les Synoptiques , l’évangile de Jean ne connaît une orientation prédéterminante vers Jésus ou loin de lui. Jésus reçoit comme un don de la grâce divine les êtres qui, poussés par la faim et la soif de justice, par le besoin de consolation et de force, attirés par ses promesses et voyant ses œuvres, répondent à sa voix. Le Père fait fleurir les dispositions premières des âmes en les vivifiant par son esprit; c’est l’attrait nécessaire et suprême qui, loin de s’opposer à la liberté de la personne, la sollicite, la fortifie, l’incite à « être de Dieu », c’est-à-dire à se placer toujours plus sous l’influence de Dieu. Cette action ne s’exerce que si le cœur s’ouvre à elle; le cœur peut se fermer, et l’être se trouve livré à lui-même, voué à l’impuissance. Ni déterminisme, ni élection, ni nécessité, mais collaboration.
Examinons de plus près le cas du disciple qui trahit le Maître. Les évangiles semblent présenter les événements de la nuit de Gethsémané comme le déroulement fatal du destin de Jésus1. Judas ne serait, dès lors, qu’un instrument involontaire, sinon inconscient; les textes disent bien, en effet, pour expliquer la démarche dernière du disciple félon : « Satan entra en lui2. » Mais, et en même temps qu’il invoque, pour justifier son atti-
tude passive, l’accomplissement des Ecritures, Jésus donne à entendre qu’il pourrait agir autrement, lutter par la force contre le péché des hommes, l’écraser en écrasant les pécheurs. « Remets ton épée en place, dit-il en arrêtant le mouvement défensif de Pierre... Crois-tu que je ne pourrais pas invoquer mon Père3? » Quand la cohorte envahit le jardin, Jésus s’avance et se livre luimême4 : « Comment ne boirais-je pas la coupe que le
1. Matth. xxvi, 47-56 ; Marc xiv, 43-50 ; Luc xxii, 47-53 ; Jean xvm, 1-11.