Jean xii
nomme pas1, s’il désire avertir les siens de l’événement qui s’approche, les mettre en garde contre le découragement, ne veut-il pas aussi placer Judas en face de son forfait, lui permettre de le racheter en le confessant? Et, la douceur ne brisan-t pas le cœur du révolté, Jésus répond à la question inquiète : « Dis-nous quel est celui dont tu parles. » Ouvertement, il désigne Judas; mais il le désigne en lui offrant l’un des morceaux que le maître de la maison ou le père de famille distribuait à ses hôtes ou à ses enfants2; c’est, dans l’humiliation infligée au traître, une preuve à lui donnée que Jésus ne l’a pas exclu du cercle de ceux qu’il aime, qu’il peut encore, s’il le veut, demeurer l’un de ceux-là.
Enfin, l’acte d’autorité auquel Jésus procède, l’alternative devant laquelle il oblige Judas à sortir de sa passivité : « Ce que tu fais, fais-le au plus tôt3 » ne laissent-ils pas au coupable une possibilité de retraite, de retour sur soi4? Quand le crime est consommé, quand il n’y a plus de place, dans la vie de Judas, que pour le remords, c’est un dernier appel à la repentance que lui fait entendre Jésus; recevant son baiser, signe d’affection, il demande : « Mon ami, est-ce pour cela que tu es ici5? » Or que sont ces tentatives de Jésus pour toucher la conscience de Judas si Judas n’est pas libre?
Par sa liberté de disposer d’elle-même, la personne humaine exerce une influence décisive sur l’action de Jésus, limite ou accroît cette action, selon qu’elle l’ac-