Luc vu
le miracle a son point d’appui dans la conscience. Dans certains cas même, l’exaucement de la prière, la réalisation du miracle dépendent de l’homme qui demande plus que du Maître qui entend. Les disciples n’ont pu guérir un jeune démoniaque amené par son père, et ce dernier se tourne vers Jésus qui survient : « Si tu y peux quelque chose, aide-nous'. » Si tu peux!... L’échec des disciples a rendu le père peu confiant; il n’émet plus qu’une hypothèse. Jésus renverse les rôles et les termes : il ne s’agit pas de savoir si lui, Jésus, a la puissance, mais si le père a la foi, et il ne s’agit pas de savoir ce que peut la foi, elle est toute-puissante. « Si tu peux, dis-tu... Toutes choses sont possibles à celui qui croit. » Et c’est ainsi qu’une Cananéenne oblige en quelque mesure Jésus à élargir le champ de son activité miséricordieuse, à prendre soin d’une brebis qui n’était pas de la maison d’Israël, et par sa foi obstinée conquiert la guérison de sa fille2.
Au contraire, à cause de l’incrédulité des Nazaréens le séjour de Jésus dans sa ville eut peu de durée et peu de résultats. « Il ne fit pas là beaucoup de miracles », dit Matthieu3, et Marc dit : « Il ne put en faire aucun, si ce n’est qu’il guérit quelques malades en petit nombre4. » La mission entreprise à l’est du lac de Galilée s’achève brusquement; les Guéraséniens, voyant en Jésus un dangereux thaumaturge, le supplient de quitter leur région, et Jésus cède même devant l’erreur5. Les habitants de Jérusalem ont su rendre infructueux tous les efforts du Maître en faveur de la cité royale; ils n’ont pas voulu et Jésus n’a pas puG.
i. Marc ix, 15-25.
. 2. Matth. xv, 21-28; Marc vu, 24-30.