Matth. xxn
3. A.-W. Meyer pense que le texte de Matthieu désigne par y.xpz'.X la conscience interne de la personne, par 6'jy/j la faculté de sentir et de désirer, par G'.àvoia la force de penser et de vouloir. Dus Matthaus Evangelium, 6l° Auflagc. Gottingen, 1876. Cf. également F. Delitzsch, System der biblischcn Psychologie, p. 166 et s., 188 et s., 218 et s., etc. 2lc Auflage. Leipzig, 1861.
6. Deut. vi, 3; Lévit. xix, 18. L’unification des deux passages serait due à Jésus lui-même, d’après Holtzmann, Wellhausen, Loisv, etc. Cf. A. Loisv, Les Evair giles synoptiques, t. Il, p. 330-331. Ceffonds, 1907.
cœur; es:, l’âme; *ïnd, la force. Aucun des Synoptiques ne répète exactement le texte initial. Matthieu remplace " nd par s’.avs’.x ; Marc et Luc ajoutent ce même vocable. Est-ce vraiment une addition? Il est difficile de le soutenir, car la pensée que le grec exprime par ctàvc.a est impliquée en hébreu par 2b : l’intelligence a son centre dans le cœur. Les Septante rendent nS par Siâvcta, identifiant ainsi les deux expressions et les deux concepts. Matthieu supprime Eyjç, la force, et dans Marc l’interlocuteur de Jésus, reprenant après lui la citation de la loi, laisse tomber l’un des mots, et non le moins caractéristique : , l’âme, en remplaçant oiavsia par un
synonyme, cr-jvestç1. Ni chez Matthieu, ni chez Marc, l’idée n’est affaiblie par la substitution d’un terme à l’autre ou par la suppression de l’un d’eux; elle n’est pas plus explicite chez Luc, grâce au dénombrement plus détaillé; les termes cités se répètent autant qu’ils se complètent2.
L’analyse de leur contenu confirme cette constatation. Kxpoix est le mot le plus compréhensif, l’un des plus fréquents du Nouveau Testament, ou on le trouve environ 139 fois. Matthieu, Marc et Luc l’écrivent en tète. « Dans un sens général, il est l’organe spirituel de tous nos désirs, de toutes nos inclinations, de tout ce qui nous porte à l’action, depuis l’amour le plus désintéressé jusqu’au goût que nous pouvons avoir pour tel
1. G. Wolhcnberg estime que Marc emploie cjvsj'.ç de préférence à cidcvcia pour insister sur le rôle de l’intelligence dans le service et l’amour de Dieu. ( Das Evangelium des Mark us, i tf imj 2ic Auflage. Leipzig, 1910.) — Pour Nosgen, Z'j'tZZ'.Z joint a y.apota montre que la décision du cœur doit être claire et consciente. (Die Evange lien nacli Matthdus , Markus und Lukas. Nordlingen, 1886.)
2. James Morison, A practical Commentary of the Gospel according to Saint Mark. Sixth Edition. London, 1889. — A. Plummer, A critical and exegetical Commentary on the Gospel according to Saint Luke. Edinburgh, 1896. — H. -J. Holtzmann : « Les termes désignent la totalité de l’homme intérieur. » (Hand- Commentar \um Neuen Testament . Die Synoptikcr. Freiburg, i. B., 1889.)
IO
mets déterminé1. » Le cœur, organe spirituel, est opposé aux organes physiques, et l’adhésion du cœur seule donne sa valeur à l’hommage des lèvres2 3. En lui rayonne la pureté s et se forment les aspirations vers la justice; il est le trésor duquel l’homme bon tire de bonnes choses4, mais il est aussi la source où l’homme mauvais puise de mauvaises choses, d’où viennent les vices et les passions, d’où montent les convoitises qui font de l’homme un captif5. Centre auquel aboutissent les impressions sensibles, il s’émeut sous la douleur et sous la joie, il devient le foyer de toute la vie intérieure6. Comme, dans l’Ancien Testament7, les prophètes font dépendre du cœur la possibilité ou l’incapacité de comprendre la volonté divine8 9, les évangélistes associent étroitement la disposition du cœur et le pouvoir de l’intelligence. Ceux qui écoutent la parole du Seigneur avec un cœur honnête et bon la retiennent et portent du fruit avec persévérance; ceux dont le cœur est lent à croire saisissent difficilement les prophéties et les paraboles0.
TV/y; , employé plus de8o fois, s’entend le plus souvent de la vie entière, preuve indirecte que la vie réelle se confond avec ce qui, en l’homme, est spirituel. Perdre ou sauver, ou donner son âme, tÿ(v Vy/C, ne peut signifier autre chose que perdre, sauver, donner sa vie10.
1. E. Naville, Le Problème du mal, p. 140. Paris et Genève, 1868.