Matth. v, 3, 10; Luc vi
ment intérieur, puis l’état d’un nombre toujours croissant d’individus, donc un état social de plus en plus important, visible et sensible, ayant ses rapports et ses
lois, jusqu’à ce que tous les êtres étant gagnés à l’Evangile, ayant reconnu en Christ le révélateur et le sauveur, ou s’étant éliminés, par le jeu régulier de la vie, d’un milieu pour lequel ils ne se sont pas préparés, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus qu’un seul troupeau sous la conduite d’un seul berger, la société définitive, la famille de Dieu.
En fait, le royaume est apparu sur la terre dans une seule et unique personne, en Jésus-Christ. Jean-Baptiste et Jésus proclament la venue de ce royaume comme le fait sans égal qui marque la fin des temps anciens et l’aube des temps nouveaux, comme le grand message, raison suffisante de la repentance et du changement des coeurs. Or le fait est accompli et la vérité du message est prouvée par sa réalisation. La première prédication du Maître ne dit pas ce que tant de traductions lui font dire : le royaume des cieux est proche1, comme
i. Cf. Ostcrvald, L. Segond, F. Godet, version' synodale, Stapfer, etc.
Johannes Weiss traduit de même : le royaume va venir (Die Idée des Rcte/ies Gottes in der Théologie , p. 4-5. Giessen, 1901). 11 écrit également a propos du texte discuté : das Reich (oder die Herrsehaft) Gottes liât sic h so weit genahert dass er vor der Thiir steht. Also da ist die noeh nicht, aber ganz nahe
(Die Predigt Jesu des Reiehes Go/les, p. 12 et s., 61 et s. Gottingen, 1892). C’est O. Schmoller qui a rallié J. Weiss à la thèse purement eschatologique du royaume (Die Lehrc vom Reiche Gottes in den Sehnften des neuen Testaments , p. 19 et s. Leiden, 1891). Avec quelques hésitations, G. Schnedcrmann 1 adopte aussi (Jesu Verkundigiing ititd Lehre vom Reiche Gottes, erste H'âllte, p. 178 et s., Leipzig, 1897; zweite Hâlfte, p. 2=,3 et s., Leipzig, 1893). W. Boussct note l’exagération de J. Weiss, mais erre comme lui en soutenant que le royaume de Dieu 11e devient pas, ne s’étend pas par l’action de l'homme. (Jesu Predigt ni ihrem Gcgensat ^ %um Judentum , p. 101 et s. Gottingen, 1892). O. Schmoller est encore l’inspirateur de ce malentendu (op. cit., p. 21-43).
En général, d’ailleurs, les auteurs qui tiennent compte du double aspect présent et futur du Royaume, sacrifient trop facilement le premier caractère au second. Cf. W. Beyschlag, Ne ut esta menti ieh e Théologie, p. 44 et s., erster Band. Halle, 1891. — J. Kaltan, Das Wesen der christliehen Religion, p. 236 et s., zweite
si ce royaume était encore futur, mais le royaume de
Dieu s’est approché : r^yr/.v/ rt gas-LEa -zo 0 sou. Le parfait fypp.y.sv ne mentionne pas quelque chose qui va venir, qui est prochain, mais quelque chose qui est venu, qui est actuel, le royaume de Dieu s’est approché, il a commencé, il est déjà. Jésus n’annonce pas seulement le royaume, il l’apporte; le royaume c’est lui; c’est lui tout seul, en attendant que ce soit lui et ses disciples, lui et les croyants, lui et tous les êtres.
Les prophètes avaient entrevu dans le lointain des âges le temps où « le désert et le pays aride se réjouiraient, où la solitude s’égaierait et fleurirait comme un narcisse », ... où l’intervention de Dieu « ouvrirait les veux
des aveugles, les oreilles des sourds », ... où « sur la
route appelée la voie sainte, les rachetés de l’Eternel, en marche vers Sion, seraient couronnés d’une éternelle joie1 ». Les rabbins enseignaient qu’une ère meilleure commencerait pour les nations et une ère de triomphe pour Israël, ère de délivrance et de gloire, de fidélité et de bénédiction2. Sans doute Jésus transpose le rêve terrestre des prophètes et il spiritualise l’espérance matérialiste des rabbins, mais ceux-ci comme lui croyaient au royaume, et avec eux le peuple l’attendait. L’originalité de la prédication première de Jésus ne porte pas sur le fait qu’il y a un royaume, la réalité du royaume était indiscutée; elle porte sur le fait que l’attente des générations a pris fin, que l’espoir des prophètes est exaucé : le royaume de Dieu s’est approché3.
Auflage. Basel, x 888 . — Immer, Théologie des neuen Testaments , p. 50 et s. Bern, 1877. — H. -J. Holtzmann, Lehrhuch der ncutestament/ichen Théologie , p. 213 et s. iler Band. Freiburg und Leipzig, 1897. — G. -B. Stevens, The Theology of the nezo Testament, p. 37 et s. Edinburgh, 1899. — P- Feine, Théologie des neuen Testaments, p. 96 et s. Leipzig, 1910. A relever ces mots de P. Feine : « Wo er [Jésus] war, da war das Reich, und da waren die Krafte des Reichcs wirksam. » (P. 147.)