Cf. Pli. Bachmann, op. cit., p. 28 et s
2. Une étude de théologie biblique ne comporte pas d'incursion dans le domaine philosophique. Sinon il faudrait citer ici, et citer ailleurs, et citer souvent, les multiples ouvrages de Charles Renouvier, h? s articles sans nombre de la Critique philosophique et de Y Année philosophique signés de F. Pillon. Je inc permets de renvoyer à La Philosophie religieuse de Charles Renouvier. Paris, Fischbacher, 1907.
sance de l’autorité, de l’intelligence, de l’argent surtout, reçoivent des avertissements parfois rudes, motivés par les dangers de leur situation particulière, le fait est incontesté; quelques moralistes, comme Tolstoï, ont pu saluer en Jésus le grand libérateur de toutes les servitudes; d’autres, comme Hobbes, ont pu le représenter comme le semeur de toutes les dissolutions sociales1.
Des jugements sont cependant prononcés qui semblent marqués de quelque arbitraire; des inégalités se font jour dans les évangiles, inégalités qui semblent opposées à la vraie justice. « Les premiers sont les derniers » dans la parabole des ouvriers de la vigne; le paiement commence par ceux de la onzième heure, et ceux de la première heure qui ont supporté « le poids du jour et la chaleur », reçoivent non un salaire supérieur, mais le même salaire. 11 leur paraît très discutable que leur long travail n’obtienne pas plus que l’œuvre brève des derniers2. Ils reçoivent cependant le denier qui leur avait été promis; leur droit n’est en rien lésé parce que la bonté du maître de la vigne est libérale envers les autres3; si les derniers sont les premiers, si les premiers sont les derniers, si dans le royaume des cieux la vie éternelle est donnée à tous par Dieu, la justice ne saurait protester, seule la jalousie peut murmurer; le don pour tous égal est pour tous un effet du libre amour de Dieu, les prétentions légales sont vaines.
Ailleurs, une parole semblable marque non plus l’égalité de tous devant la grâce divine, mais l’inégalité résultant des décisions humaines. A la question de
1. Cf. G. Fonsegrive, Morale et Société, p. 34. Paris, Plon et C’c, 1907. — E. Renan a écrit : « Le christianisme fut, avant tout, une immense révolution économique. » (Marc- Aurel e et la fin du monde antique, p. 398. Paris, Calmann- Lévy, 1882). — « Une immense révolution sociale où les rangs seront intervertis... voilà son rêve. » ( Vie de Jésus, p. 133, 13e édition. Paris, C. Lévy, 1887.)