‹ La perte du Canada [microforme]Chapitre 3 sur 5 · A 5 OO) CC · texte numérisé non relu

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et l’île du Cap-Breton, ils voulaient conserver la partie orientale de la péninsule.

On rencontrait des difficultés aussi grandes à fixer les frontières qui devaient séparer les colonies anglaises du Canada et de ses dépendances occidentales. « Divers principes de délimitation, dit M. F. Parkman, furent mis en avant : le plus remarquable du côté de la France était fondé sur une raison géographique. Toutes les contrées baignées par les cours d'eau qui tombent dans le Saint-Laurent, les grands lacs et le Mississipi devaient lui appartenir. La France se serait ainsi implan'ée au cœur de l'Etat de New-York et le long de la chaîne des Alleghanys; elle eût possédé l’intérieur du continent, ne laissant à l'Angleterre qu'une bande de littoral maritime. Et pourtant, à considérer ce que la France avait accompli, la patience et la bravoure de ses explorateurs, le zèle de ses missionnaires, 1: hardiesse aventureuse de

ses coureurs de bois, qui avaient révélé au monde civi-

lisé l'existence d’un monde sauvage, pendant que leurs rivaux anglais travaillaient dans leurs ateliers, leurs fermes et leurs pêcheries, à considérer tout cela, ses prétentions étaient modérées et raisonnables en comparaison de celles de l'Angleterre. Les Iroquois, désignés aussi sous le nom des Cinq-Nations, avaient été déclarés sujets anglais par le traité d’'Utrecht; on s'appuyait sur cette raison pour prétendre que toutes les nations conquises par eux appartenaient à la couronne britannique. Mais, qu'était-ce donc qu’une conquête iroquoise ? Les [roquois occupaient rarement les contrées qu'ils parcouraient...…, Mais leurs expéditions guerrières s'étendaient prodigieusement loin et les Anglais prétendaient posséder chaque montagne, chaque forêt, ou chaque prairie, dans lesquelles

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un Iroquois avait enlevé une chevelure. Ils auraient tenu de la sorte non seulement le pays situé entre les Alleghanys etle Mississipi, mais encore la région qui s'étend entre le lac Huron et l'Ottawa. Le Canada eût été ainsi réduit à la portion représentée maintenant sur la carte d'Amérique par la province de Québec, ou plutôt par une partie de cette province, puisque l'extension de l'Acadie jusqu'au Saint-Laurent en aurait détaché les comtés actuels de Gaspé, de Rimouski et de Bonaventure.... Cette attitude des deux adversaires montrait clairement qu’on ne pouvait autrement trancher cette difficulté qu'en recourant à la dernière raison des rois. Il fallait conquérir la paix par l'épée. »

I] n’était pas douteux, et M. F. Parkman semble bien le reconnaître dans le passage que je viens de traduire, que les belles vallées de l'Ohio et du Mississipi, vues et parcourues pour la première fois par nos découvreurs, appartenaient à la France. Pourtant, cet historien donne une singulière raison pour mettre en doute la validité des droits de notre pays : « La France, dit-il, avait établi un système excellent dans la distribution des terres américaines. Quiconque recevait de la couronne un don de terres, devait améliorer ces terres par la culture, et cela dans un espace de temps convenable, S'il n'en faisait rien, la terre cessait de lui appartenir, on la donnait à quelque autre plus capable ou plus actif. L'extension internationale du principe qu'elle-même avait établi, aurait détruit les prétentions de la France à la possession de toutes les contrées de l'Ouest. Il y avait t'ois quarts de siècle que la France les disait siennes, et elles n'étaient encore qu'un désert retentissant de hurlements sauvages, ne fournissant à la civilisation que des peaux de castor,

et présentant çà et là un fort, un poste de trafiquant, une mission et trois ou quatre chétifs hameaux près du Mississipi et de Détroit. »

L'argumentation de M. F. Parkman est vraiment singulière, et l’on irait loin en partant d'un tel principe. Parce qu’un peuple n’a pas encore tiré suffisamment parti d’une région qu’il possède, est-ce une raison pour qu'un voisin s’en empare? Ÿ avait-il pour la vallée de l'Ohio un contrat entre la France et l'Angleterre, analogue à celui qui liait à la couronne de France les colons possesseurs de terres octroyées à titre onéreux? Enfin, les Anglais des treize colonies des bords de l'Atlantique occupaient-ils, dès lors, toutes les parties du vaste territoire qui leur appartenait, et s’il n’en était pas ainsi, si quelques régions n'étaient pas encore exploitées, ne pouvait-on pas retourner contre eux l'argument?

Mais, au fond, l'Angleterre s’inquiétait peu des raisons qu'elle donnait. Elle voulait fonder son empire colonial sur les ruines de celui de la France; elle comptait réussir par les intrigues et par la force.

C'est le récit de la lutte d’abord sourde, puis déclarée, des deux nations pour la possession du Canada et de ses dépendances que je vais présenter d’une manière rapide.

On peut y distinguer plusieurs phases : dans la première, les Français cherchent à renouveler leurs droits sur la vallée de l'Ohio par une prise sérieuse de possession, tandis que les Anglais s'efforcent de s'insinuer dans cette même région et travaillent à détacher les tribus indiennes de l'alliance française, Cette situation se prolonge jusqu’au moment où l'officier français Jumonville tombe sous les balles anglaises en 1754.

La guerre commence alors de fait sans être officiellement

déclarée ; les deux nations envoient des renforts à leurs colonies et font des armements tout en protestant de leurs bonnes dispositions réciproques. Les Anglais dirigent quatre attaques contre les principales positions des Français. En général, cette campagne leur est peu favorable,

On sort enfin, en 1756, de cette situation équivoque. La guerre de Sept-Ans éclate; la France et l'Angleterre sont ouvertement aux prises. Un effort énergique est dirigé contre notre colonie, que sa métropole abandonne. Québec succombe après d'héroïques efforts et le Canada est perdu à jamais.

Je donnerai quelques détails sur les faits qui se passèrent pendant la première période, en insistant surtout sur le meurtre de Jumonville; je passerai rapidement sur les événements bien connus de la seconde, et je m'arrêterai dans la dernière sur les douloureuses péripéties qui ont amené, aux plaines d'Abraham, la mort de Montcalm, le désastre de nos armées et la perte de notre colonie.

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Pendant le cours des négociations relatives à la délimitation des frontières, les deux peuples ne demeurèrent pas inactifs. Les Anglais s'efforcèrent de s'étendre vers l'ouest: de l'Etat de New-York, ils gagnèrent le lac Ontario et établirent sur ses bords le fort Oswego, très dangereux pour l'influence française; car ils pouvaient, en construisant une flottille, se rendre maîtres du lac et intercepter ainsi les communications des Français avec la vallée de l'Ohio. On ne pouvait, en effet, la gagner

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facilement en partant du Canada que si l'on passait du jac Ontario dans le lac Erié. Plus au sud, les marchands anglais appartenant aux colonies de la Virginie et de la Pensylvanie franchissaient la barrière des monts Alleghanys et pénétraient dans la vallée de l'Ohio. Ils s’efforçaient de gagner les tribus indiennes aux intérêts de la Grande-Bretagne, et de ruiner l'influence que nos colons exerçaient sur elles.

Il était urgent pour notre pays de maintenir ouvertes les communications entre le Canada et la Louisiane, et de contenir les Anglais derrière les monts Alleghanys. Le marquis de la Galissonnière, qui gouvernait alors le Canada, envoya, pendant l'été de 1740, sous les ordres de Céloron de Bienville, une expédition dont le but était de renouveler les droits de la France dans la vallée de l'Ohio.

Céloron de Bienville remonta le Saint-Laurent, s'arrêta au fort Frontenac, bâti à l'extrémité orientale du lac Ontario, traversa ce lac en évitant le fort Oswego, construit par les Anglais sur la rive méridionale, atteignit par un portage le lac Chauteuque et gagna enfin cette partie de l'Ohio ou de la Belle-Rivière, connue sous le nom d’Alleghany.

La France n'avait pas établi dans cette vallée, à mi-distance du Canadà *tde la Louisiane, des forts assez nombreux et construits de façon à résister sérieusement à toute attaque. D'un autre côté, la plupart des tribus indiennes étaient déjà gagnées par les marchands anglais, dont quelques-uns, franchissant même la vallée de l'Ohio, avaient pénétré jusque chez les Osages, au-delà du Mississipi.

Céloron de Bienville enterra en divers endroits des

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james de plomb portant des incriptions qui constataient les droits de la France sur les régions traversées par la Belle-Rivière et par ses affluents. Il faisait mieux encore, il cherchait à se concilier les tribus indiennes par l'influence de son interprète Chabert de Joncaire, fils d’un officier français et d’une femme sénéca. Chabert prenait les devants et négociait avec les indigènes. Malheureusement, dans la plupart des tribus, les Indiens avaient fui à l'approche des Français; on rencontrait quelques marchands anglais qui, sommés de se retirer, obéissaient sans résistance, mais revenaient aussitôt que les Français s'étaient éloignés. C'est grâce à leurs instigations que Céloron de Bienville fut sur le point d’être attaqué à Logstown et à Chiningué, et que Joncaire faillit être tué à l'embouchure du Scioto. Céloron de Bienville finit par atteindre le grand Miamis, appelé par les Français la Rivière-à-la-Roche, et le remonta en abandonnant l'Ohio. Dans cette région se trouvait un chef dévoué aux Anglais, appelé par eux Vieille-Bretagne (Old-Britain), et par les Français la Demoiselle. Il accepta les présents de Céloron, et lui fit en échange de belles promesses qu'il ne remplit pas. Puis l'expédition atteignit par un portage le fort construit sur le Maumee, qui se jette à l'extrémité occidentale du lac Erié, et de là regagna le Canada en passant par ce lac et par l’Ontario. Elle avait parcouru douze cents lieues, et constaté que les tribus étaient, en général, mal disposées pour la France, ou même entièrement dévouées aux Anglais.

Vers la même époque, un plan était formé en Virginie pour l'invasion du territoire français.

En 1750, le gouverneur Dinwiddie envoya dans la vallée de l'Ohio Christopher Gist, qui atteignit Logs-

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town, puis le Scioto, et de là la ville indienne de Pickawillany, où il fut très bien reçu par la Demoiselle. Un message français, apporté à ce moment par quatre Ottawas, fut même repoussé. Gist était de retour en Virginie au mois de mars 1751.

Les Français etles Anglais cherchaïent à gagner surtout la confédération des Iroquois ou des Cinq-Nations qui, bien que diminuée, depuis que beaucoup de ces sauvages avaient joint les tribus de l’Obio, avait cependant conservé encore ure grande influence. Quelques-uns s'étaient convertis à la religion chrétienne; on les avait réunis près de Montréal, dans un lieu du nom de Caughnawaga. En même temps, 1751, un prêtre sulpicien, le P. Piquet, qui avait fondé une autre mission catholique, nommée la Présentation, au confluent de l'Oswegatchie et du Saint-Laurent, entreprit un voyage de propagande parmi les Iroquois. Il remonta le Saint- Laurent, parcourut l'Ontario, où ïl visita les forts Frontenac, Toronto et Niagara, et revint en passant devant le fort Oswego, qu'occupaient les Anglais.

Ces voyages avaient démontré plus que jamais combien il était nécessaire aux Français de fortifier ces positions, où ils étaient déjà établis, et de créer de nouveaux forts. Ils étaient maîtres des grands lacs par les forts Niagara, Détroit, Michillimackinac et Sainte-Marie, qui en commandaient les entrées ; ils tentèrent, dès ce moment, quelques efforts pour faire de Détroit, dont la situation était très heureuse, un poste important,

La Jonquière avait succédé à La Galissonnière dans le gouvernement du Canada. D'une part, il excitait sous main les Indiens à détruire le fort Oswego: de l'autre, il songeait à construire de nouveaux forts sur les bords

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du lac Erié. Malheureusement, l'argent manquait, et le gouvernement de la métropole, irrité des dilapidations quise commettaient au Canada, répugnait à de nouvelles dépenses.

La Jonquière dut renoncer à ses projets. I se borna à ordonner à Céloron de Bienville, qui commandait au fort Détroit, de s'emparer du fort Pickawillany, situé plus à l’ouest, sur la rivière Miamis; c'était dans cette région le centre de l'influence anglaise, grâce à l'appui du chef indien la Demoiselle. Soit par indiscipline, soit parce qu'il ne jugeait pas ses forces suffisantes, Céloron de Bienville refusa d'exécuter les ordres de La Jonquière, qui mourut sur ces entrefaites, laissant à Longueil le gouvernement intérimaire du Canada.

L'entreprise à laquelle Céloron de Bienville s'était refusé, un simple marchand français, Charles Langltade, l'exécuta. Parti de Michillimackinac avec une troupe de 250 Ojibwas et Ottawas, il surprit Pickawillany le 21

juin 1752, ets’en rendit maître; les marchands anglais

furent pillés; le chef indien, la Demoiselle, périt dans la lutte et fut mangé par les Indiens.

Le nouveau gouverneur du Canada, Duquesne, voulait occuper solidement par des forts le cours supérieur de l'Ohio, et empêcher ainsi les Anglais de la Virginie et de la Pensylvanie de s'étendre vers l'Ouest. Le gouvernement français seconda mal ses desseins ; on lui recommanda de ne construire sur l'Ohio que les forts absolument nécessaires, L'expédition partit au printemps de 1753, sous la conduite de Marin. Elle aborda d'abord à Presqu'isle, sur le bord méridional du lac Erié, y fonda un fort, et, de là, gagna French-Creek, affluent de l'Alleghany, où elle construisit le fort Le Bœuf. Marin

devait descendre l'Alleghany, puis l'Ohio, mais les maladies qui frappèrent ses compagnons et qui l’atteignirent lui-rnême, le forcèrent à retourner à Montréal. Toutefois, on avait produit une forte impression sur les Indiens, et les Miamis eux-mêmes se soumirent aux Français, is

En ce moment, les affaires prenaient une tournure assez favorable aux intérêts de notre nation. Le Canada était moins peuplé que les colonies anglaises, mais il avait l'avantage d’être placé sous un commandement unique; le pouvoir central n'avait à craindre aucune résistance. Il n’en était pas de même dans les colonies anglaises. Les treize Etats qu'elles formaient différaient par la constitution, les mœurs,.les intérêts, la religion même. La Nouvelle-Angleterre, par exemple, était démocratique, puritaine, plus portée à la guerre que les autres Etats par sa proximité du Canada et la nécessité de se défendre. La Virginie, au contraire, était aristocratique. La Pensylvanie renfermait une population active, mais dont les origines étaient diverses; elle était, de plus, sous l'influence dés quakers qui, par principe religieux, repoussaient absolument la guerre. Les colonies du Sud, trop éloignées du théâtre des événements pour avoir rien à craindre, se montraient pleines d’indifférence. Les tentatives, autrefois faites par William Penn

et par Jacques IT pour établir un lien entre les Etats,

avaient complètement échoué.

Dans la plupart des colonies, il y avait antagonisme entre les gouverneurs et les assemblées élues par le peuple. Attentives à défendre leurs moindres privilèges, et craignant de fortifier l'autorité des gouverneurs, elles leur refusaient l'argent et les troupes dont ils avaient besoin

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