LA QUARANTAINE
Quel beau jour que ce lendemain pour les habitants de la bastide, et surtout pour madame de Saint-Cyr ! Elle n'en avait pas fermé l'œil de la nuit, et, bien contre ses habitudes, vous l'auriez vue levée à l'aube et pressant tout le monde. Dans la naïveté de son égoïsme, elle tremblait encore du péril passé, et il lui semblait qu'elle ne serait vraiment en sûreté que loin des côtes de Provence. Il est superflu de dire que, pendant sa maladie, Georges avait été tout pour elle ; mais sa reconnaissance s'évapora peu à peu avec le danger, et nous ne répondrions pas qu'au jour du départ l'idée qu'elle lui devait la vie fût imprimée distinctement dans son esprit.
Sylvine, par bonheur^ avait meilleure mémoire ; et comme elle se montrait reconnaissante pour deux, Georges ne s'était pas aperçu du refroidissement graduel de sa tante.
Quand le chevalier Roze, qui les eût gardées plus longtemps s'il eût été le maître, vint annoncer à ces dames que le carrosse était prêt, madame de Saint-Cyr retrouva pour quelques minutes ses jambes de vingt ans ; c'était merveille de la voir courir, malgré le poids des objets de toilette dont elle ne se séparait jamais. Moins empressés, Sylvine et Georges avaient au contraire ralenti le pas, et tous deux, émus par ce sentiment indéfinissable qui porte les amants à regretter même les lieux qui leur furent les plus cruels, mais où ils vivaient ensemble, ils se retournèrent tristement pour jeter un regard d'adieu à cette maison déjà silencieuse qu'ils ne reverraient plus.
Escorté par Michel, tout à fait remis de ses blessures, et par
.e fidèle Pastour, qui activait et dirigeait la marche capricieuse des chèvres, l'antique carrosse à larges roues et à rideaux de cuir descendit vers la mer par le chemin de Saint-Marguerite. Arrivé à la plage, la petite caravane aperçut deux embarcations qui s'approchèrent à toutes rames au signal du chevalier Roze, et, embarquent successivement les passagers et le troupeau, les transbordèrent sur le bâtiment frété par le commandeur de Langeron. Madame de Saint-Cyr prit à peine le temps de remercier Roze de ses bons soins et alla s'installer dans la cabine. Dociles à la voix du berger, les chèvres se couchèrent à l'arrière, parmi les bagages ; on hissa promptement les malles, et le capitaine du Saint-Jean-Baptiste, étant son chaupeau goudronné, ce qu'il ne faisait que dans les grandes occasions, s'approcha respectueusement de Roze, et dit à demi voix qu'on n'attendait plus que ses ordres.
Le chevalier baisa la main de Sylvine avec précipitation, serra énergiquement celle de Georges, et sauta dans sa chaloupe en remerciant de la main, car il n'aurait pu parler, ses amis qui pleuraient. Obéissant à l'impulsion du gouvernail, le navire partit aussitôt en déployant ses voiles blanches et palpitante comme l'aile de la mouette. Tant que la plage de Mont>redon fut en vue, Sylvine agita son mouchoir, répondant du plus profond de son cœur aux signaux de Roze. La brume du matin enveloppa trop tôt la côte à son gré, et ses yeux plongeaient encore dans la vapeur bleuâtre que la brise roulait par masses sur la plage de Montredon, quand les îles du golfe apparurent tout à coup à l'avant du navire, dans un cercle de feu.
Sylvine demanda la cause de ce phénomène au maître, qui, se découvrant pour la seconde fois, répondit avec émotion :
— C'est le grand Saint-Antoine qu'on brûle à son mouillage, mademoiselle ! Si on avait eu cette idée le soir où il vint dans nos eaux, ce malheureux navire n'aurait pas infecté Marseille, et nous ne laisserions pas derrière nous cinquante mille morts.
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Sylvine ne répondit rien ; mais, pour chasser ces souvenirs lugubres, elle prit le bras de Georges et, le conduisant à Tavant, se mit à contempler la mer. Le soleil commençait à dorer les lames; la verte Méditerranée se déroulait comme un vaste miroir, entre la côte vaporeuse et l'infini. Poussé par une bonne brise, le na\ire glissait sur les eaux bouillonnantes, laissant derrière lui un long sillage que festonnaient des flots d'écume. De loin en loin apparaissaient comme des points blancs les voiles fugitives. Un bateau pêcheur, dont le vent courbait le foc, passait lentement à côté d'eux, à moitié enseveli dans les vagues; plus loin ils voyaient onduler la mâture d'une tartane qui paraissait à chaque instant s'engloutir dans les eaux, et à mesure qu'ils avançaient, la mer devenait plus limpide et plus majestueuse dans sa beauté et son silence, ci le ciel plus vaste et plus pur.
Sous l'influence de cette douce traversée, le calme et l'espérance, qu'ils ne connaissaient plus, rentrèrent dans leurs cœurs; ils avaient oublié la moitié de leurs longues et poignantes angoisses, lorsque les cris des matelots annoncèrent la terre. La plage sablonneuse de Cette blanchissait devant eux, la mer se brisait violemment contre les blocs de la jetée; ils étaient arrivés. Le capitaine prit le gouvernail, vint mouiller à une encablure du Lazaret, et descendit seul en canot. Averti par les signaux d'usage en temps de peste, le capitaine du port, suivi par quelques fusiliers, l'attendait sur la plage. Il reçut de loin sa déclaration, et le conduisit, laissant, toujours entre eux ime distance respectueuse, au bureau de la santé.
Là, le nouveau venu se présenta chapeau bas à la grille de fer placée devant la fenêtre de la chambre du conseil, et jura sur l'Évangile de dire la vérité; puis il jeta sa patente dans un bassin rempli de vinaigre. Les valets du bureau la plongèrent immédiatement, avec des pinces, dans la liqueur corrossive, la retirèrent lorsqu'elle fut imbibé?.^ et, l'étendant sur une plaache, la présentèrent à l'intendant de la Santé.
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Ce magistrat, que les précautions prises ne semblaient avoir rassuré qu'à demi, feignit d'y jeter un coup d'oeil, puis il dit au capitaine du Saint-Jean-Baptiste :
— D'où venez-vous ?
— De Marseille, répondit celui-ci.
— Quel jour êtes-vous parti?
— Hier.
— Que porte votre bâtiment?
— Les cinq personnes désignées dans ma patente.
— Où avez-vous relâché pendant la route?
— En vue d'Aigues-Mortes.
— Voulez-vous garder les passagers à votre bord?
— Non; je viens les remettre au bureau de santé. L'intendant poussa un profond soupir , et, après avoir fart
transcrire exactement les demandes et les réponses par le commis des archives, il envoya un garde sur le bâtiment, et ordonna au capitaine d'y retourner sans communiquer avec personne, sous peine de la vie et d'aller débarquer ses passagers dans l'île de Maguelonne, qui leur était assignée pour leur quarantaine. Le Saint-Jean-Baptiste vira donc de bord, et alla mouiller à Maguelonne. Sur la rive étaient déjà les intendants de la santé de Montpellier, munis des ordres de la cour et de ceux de M. de Roquelaure, commandant du Languedoc, et accompagnés d'un détachement de soldats avec un officier.
A l'aide du porte-voix, ils ordonnèrent au capitaine de débarquer ses passagers et de reprendre aussitôt le large. Telle ^tait la rigueur des règlements sanitaires , qu'ils furent obéis ponctuellement. A peine nos voyageurs eurent-ils touché le sable, qu'on leur cria d'entrer dans une baraque en planches, où ils essuyèrent un parfum si violent que les femmes auraient péri suffoquées si Georges n'en eût enfoncé la porte que des soldats étaient venus pousser. Après cette première « purge » prescrite par les ordonnances, et quelques compliments qui furent adressés par le moyen du porte-voix, à cent pas de distance, on leur indiqua cinq cabanes en chaume élevées sur
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divers points, et la maison du fermier, comme étant les lieux destinés à leur quarantaine, et les intendants s'enfuirent, laissant une dizaine de sentinelles pour intercepter toute communication entre l'île et la terre ferme -
L'île de Maguelonne, où fut jadis une ville, siège d'un évéché, n'était alors, comme aujourd'hui, qu'un vaste champ bien DU, en dos d'âne, dont l'église et lamaison du fermier occupaient la partie supérieure. L'église existait depuis mille ans; son architecture, mélange de goût italien et de goût arabe, attestait encore, malgré de nombreuses dégradations, la magnificence et la foi de nos pères; l'intérieur, qui dut être d'une grande beauté, servait alors de grange et d'écurie ; le temps et la main de l'homme, encore plus cruelle, avaient mutilé les statues des tombeaux et effacé la plupart des inscriptions. Il ne restait de passablement conservé qu'un portail en marbre, au centre duquel on voyait l'image du Seigneur et les statues de saint Pierre et de saint Paul, debout dans leurs niches, aux côtés de la porte.
Ces deux apôtres furent les seuls qui reçurent les séquestrés, et qui assistèrent à la prise de possession de la ferme. Un passage étroit conduisait à cette maison, et débouchait sur une petite cour contenant une citerne, un hangar et un creux à fumier. Deux marches, de deux pieds de haut chacune, audessus desquelles s'ouvrait une fenêtre en demi-cercle, indiquaient la cuve en pierre où l'on fait fermenter le vin ; l'escalier, comme dans presque toutes les maisons du bas Languedoc, était bâti en dehors et menait à une étroite terrasse, sorte d'antichambre découverte ; la porte d'entrée, assez basse, soutenait, de ses deux jambages de pierre, l'ouverture du grenier à foin.
Dans la première pièce se trouvait la cuisine, salon de com-» pagnie de l'agriculteur et du pauvre. Deux peaux de lièvre et de lapin , accrochées à la porte, et une gibecière tachée de sang, témoignaient que le fermier était un fidèle de saint Hubert. La cheminée au manteau antique, abritant sous son vaate
cintre deux bancs où pouvaient s'asseoir six personnes, était orne'e de lourds chenets de fer, et surmontée, à l'une de ses extrémités, d'un large tournebroche.
Dans un coin brillait l'évier avec ses quatre cruches de grès vernies. Au-dessus, un dressoir rustique, à trois étagères, portait la vaisselle de faïence et de terre vernie et peinte en vert ; vis-à-vis se trouvait la huche ; près de la cheminée, le petit fourneau garni de ses casseroles de cuivre ; au milieu de la chambre, la table en noyer dont les pieds plongeaient dans îe sol ; une imposte, la lampe à queue, appelée « calel^, » et quelques chaises de paille, complétaient l'ameublement de cette pièce principale.
Deux portes j s'ouvrant dans le fond, conduisaient aux chambres à coucher ; ces deux pièces, blanchies à la chaux, étaient presque entièrement remplies par un vaste lit à ciel et à rideaux de serge verte, une commode en bois de noyer, une table et quelques chaises; à côté du lit pendait un petit bénitier de faïence sous un christ en bois noir; une glace, noyée dans une énorme bordure gothique, ornait la commode.
Sans être somptueux, ce logement formait pourtant un lazaret passable ; mais tel ne fut pas l'avis de madame de Saint-Cyr. Accoutumée à rechercher ses aises avant tout^ elle se répandit en plaintes sur l'incurie des intendants, qui n'avaient pas pu trouver mieux pour une personne de son nom et de sa qualité. Sylvine et Nore la laissèrent dire, et se hâtèrent de s'établir dans celle des deux chambres dont elle ne voulut pas. Georges avait dressé son lit de camp dans le grenier ; quant à Michel, il était déjà installé, avec Pastour, dans ia plus grande des cabanes.
Les provisions ne manquaient pas; Nore se mita l'œuvre, et, secondée par le chevrier, elle improvisa un souper qui parut délicieux à tout le monde, excepté, bien entendu, à madame de Saint-Cyr. La digne veuve, après avoir amèrement exhalé ses chagrins, se retira dans sa chambre afin de lire, avant de
s'endormir, un chapitre de VAstrée, son livre favori. Les jeunes gens qui n'étaient, comme elle, ni fatigués du voyage ni désireux de lire, profitèrent de son départ pour aller faire le tour de leur prison.
Située à l'extrémité méridionale de l'étang de ce nom, l'île de Maguelonne a deux milles pas de circuit. Georges et Sylvine, que Nore et le chevrier suivaient à quelque dislance, la parcoururent assez vite, quoique marchant très-lentement. A leur retour, jugeant avec raison que la soirée ne devait pas finir sitôt, ils montèrent au faîte de l'église, sur laquelle se trouve une admirable plate-forme. De cette place, on domine une immense étendue de mer et le vaste étang, long de soixante mille mètres, qui porte successivement le nom de Thau, de Frontignan, de Maguelonne, de Pérols et de Mauguis. Le coup d'œil n'est borné, à l'est, que par les murs blanchâtres d'Aigues-Mortes, et, à l'ouest, par Cette et sa montfe^e.
Il faisait une de ces nuits qui ne brillent que sous nos cieux; une lumière douce, bleuâtre et veloutée, enveloppait l'île ; des millions d'étoiles, aussi lumineuses que la lune, scintillaient au firmament; d'un côté, l'étang, poli comme une glace, réfléchissait tous ses rayons étincelants du ciel ; de l'autre, la mer déployait, dans l'infini, sa plaine éblouissante ; magnifiquement éclairée par les diamants sans nombre de la voûte d'azur, elle roulait avec un sourd murmure dans son immense lit, et bordait la plage d'une large nappe d'écume.
Le plus grand calme, le silence le plus profond régnaient partout. Assis au plus haut de la plate-forme, non loin de ces bancs de pierre jadis occupés parles moines, nos deux amants furent longtemps muets : ils se tenaient la main, jouissaient délicieusement du bonheur d'être ensemble et songeaient à l'avenir qui allait s'ouvrir enfin devant eux, aussi pur et aussi tranquille que cette heureuse nuit ; un frémissement de Sylvine interrompit la douce rêverie.
— A quoi penses-tu donc ? murmura Georges si ému qu'il pouvait s'exprimer à peine.
a» Au moment présent, répondit-elle en se tournr t pour voir où était Nore; nous sommes si heureux, qu'il me semble toujours que je fais un rêve!
— Et bien, j'ai eu tout à l'heure la même impression, Sylvine ; sais-tu où cette délicieuse nuit me reportait?
— A la Maison-Blanche !
— Et sur le banc vert, quand l'ombre nous enveloppait de toutes parts ; que les acacias laissaient pendre au-dessus de nous leurs grappes odorantes, et semaient les fleurs à tes pieds ; que la lune argentait parfois les bois et le gazon, et que le chathuant nous troublait seul de son cri sourd.
— Douces soirées, hélas ! et dont le souvenir m'a rempli bien souvent le cœur d'amertume et de tristesse! Quand ils furent trop beaux, les jours passés gâtent tous ceux qui suivent.
C'est ainsi que s'écoulaient leurs soirées. Le jour, Michel gardait ses chèvres ou péchait ; Georges allait à la chasse aux macreuses, sur les bords de l'étang, et à la nuit close, après le repas du soir, madame de Saint-Cyr regagnait invariablement sa chambre, pendant que sa fille et le jeune médecin montaient sur la plate-forme. Un soir, Sylvine demanda, en souriant, à son cousin s'il se rappelait la légende de cette princesse fabuleuse qui, d'après nos vieux romanciers, aurait laissé son nom à l'île.
— Parfaitement, dit Georges; la tradition populaire de Montpellier me l'a. Dieu merci, gravée assez souvent dans la mémoire.
— Eh bien, qu'était-ce donc que cette belle Maguelonne?
— La propre fille, ni plus ni moins, du roi de Naples ; je ne sais lequel, par exemple I Nos conteurs d'autrefois se contentaient d'être amusants, et ne se piquaient point d'une trèsgrande exactitude sur les noms et les dates qui importent peu au récit. D'après la tradition, et la légende que j'ai trouvée dans un manuscrit tout poudreux, c'est à la cour de son père que l'héroïne de notre île vit Pierre de Provence, fi^s du comte de ce Davs.
— Elle en devint amoureuse, je le sais, et il l'enleva.
— Pour la conduire dans une île déserte, où ce cher époux la perdit d'une façon assez bizarre. Un oiseau lui avait volé, pendant son sommeil, un sachet de sandal ; en poursuivant ce maraudeur, Pierre de Provence s'égara, et ne sut plus retrouver sa belle Napolitaine.
— Je me souviens encore de cela; mais que devint-elle ensuite?
— A force d'errer par le pays, en cherchant toujours Pierre, elle aborda dans cet îlot, et y bâtit un hôpital pour recueillir les étrangers. Dieu sait s'il en vint, qu'elle soi^a de ses mains blanches; en la voyait toujours afler de son hospice au port, dans Tespoir d'apprendre des nouvelles de Pierre ; enfin, un pèlerin li» fut apporté mi jour presque mourant : c'était cekii qu'elle attendait, et que Dieu, touché de ses larmes, rendit à sa tendresse; inutile d'ajouter que les parents de Pierre ratifièrent le mariage, et que les deux époux vécurent complètement heureuK.
— Sais-tu, dit Sylvine gaiement, pourquoi mes souvenirs d'enfance m'ont rapporté cette vieille légende?...
— Non! à moins que son île t'ait rappelé l'héroïne!...
— Ce n'est pas cela, Georges ; mais, en y pensant, il m'a semblé que cette histoire offrait avec la nôtre une étonnante ressemblance. Comme Maguelonne, je t'ai perdu et retrouvé pour toujours, je l'espère!...
— C'est ce que le chevalier Roze t'affirmera demain!...
— Quoi, c'est demain que finit la quarantaine?... •— Tu ne t'en doutais pas, j'en étais bien certain.
— Comme ces jours ont passé vite I
— C'est bien ce qu'il me semble aussi! J'étais comme toi ce matin^ je craignais de me tromper; mais les gardes de la santé m'ont parlé au bord de l'étang, et m'ont remis ce pli imbibé de vinaigre, où le brave chevalier m'annonce qu'il vient pour assister à notre délivrance et me remettre la répcjnse que le commandeur de Laugeron a reçue de S. A. R. le Régent.
— Ainsi demain sera un jour bien heureux pour tous, et bien glorieux pour toi ! Je devrais désirer de le voir déjà, et cependant, cher Georges, le regret du temps que nous venons de passer ensemble, te l'avouerai-je, diminue et trouble ma joie. Puisse le reste de notre vie s'écouler dans la même solitude, le même calme et la même félicité !.*»