CHAPITRE Y
SUITE DE l'examen RELATIF A l' APPLICATION DES MESURES SANITAIRES.
Ce sont les mesures restrictives que nous avons eues principalement en vue jusqu'ici, en commentant le rapport du docteur Arnaud. Les objections que nous avons faites aux conclusions optimistes de ce distingué confrère portent nécessairement aussi sur les autres moyens qu'il a employés. Ces moyens sont reconnus tous bons en principe et choisis avec le plus grand tact ; mais ils tombent malheureusement sous le coup des mômes objections que nous avons élevées contre rcfficacité des mesures restrictives. Ils ont été mis en œuvre à une époque trop tardive pour qu'ils aient pu agir réellement avec efficacité et modifier la marche de l'épidémie. Il ne nous reste donc, pour être complet, qu'à mentionner ici en détail toutes ces mesures, dont rénumération mérite d'être faite avec soin. Mesures de désinfection appliquées par M. Arnaud: « Remise par l'autorité, aux habitants, de quelques vêtements et des aliments pour toute la durée de l'assainissement du foyer pestilentiel. Abandon par chaque individu, sortant du village ou du
t8 LA PESTE EN TURQUIE.
campement, de toutes ses vieilles hardes; lavage de celles qui, on bon état, pouvaient encore être d'un certain usage. Lotions sur le corps avec l'eau savonneuse ou l'eau vinaigrée. Distribution de vêtements à ceux qui en manquaient totalement. Incinération de tous les objets susceptibles ayant appartenu à des pestiférés, lavage soigné des maisons, leur aération aussi complète que possible, avec badigeonnage intérieur et extérieur à la chaux. Quelquefois fumigation de ces locaux. Dans les campements, incinération des tentes qui avaient contenu des malades, ou immersion de deux jours dans la mer, ou bien fumigation et lavage à l'eau douce. Ce système, ajoute M. Arnaud, n'a pas toujours fonctionné comme nous le désirions, et il nous a été difficile, dans ce]'tains campements, de l'exécuterdans toute sa rigueur, l'autorité ne mettant point à notre disposition tout ce qui était indispensable (1). »
La commission porta en même temps ses soins sur l'état hygiénique déplorable de la ville de Benghazi ; elle inspecta les rues et l'intérieur des habitations; les immondices et les chiffons furent brûlés; on procéda ensuite au lavage et à l'aération des pièces; les rues furent aussi convenablement nettoyées. Les mêmes mesures trouvèrent leur application à Derna, à Merdje et ailleurs. Laval s'était aussi préoccupé d'instituer des mesures restrictives et hygiéniques contre la peste. A Merdje, il voulut faire évacuer les malades sous des tentes, mais le
(1) Pages 58 et 59.