‹ La peste en Turquie dans les temps modernesChapitre 30 sur 60 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

SOURCES DES RENSEIGNEMENTS, MM. NETTEN-RADCLIFFE ET COLVTLL, VALEUR DE LEURS OBSERVATIONS.

Dans une intéressante communication « sur les quarantaines telles qu'elles sont et qu'elles devraient être (1)», M. Gavin Milroy demandait, en 1858, qu'on éclairât l'opinion publique en mettant sous les yeux des CA«mbi^es anglaises les faussetés et les vices du système quarantenaire de l'époque. Il voulait qu'on indiquât en même temps des moyens de réforme simples et efficaces dans un rapport annuel de tous les faits relatifs aux quarantaines, non-seulement dans les ports de la Grande-Bretagne, mais dans ceux de ses colonies et dans les pays

(1) Quaranline as it is and as il ought to be. Londres, 1858.

étrangers. Il faisait remarquer qu'un grand nombre de documents relatifs à ces questions sont envoyés au ministère des Affaires étrangères ainsi qu'à celui des Colonies, à la Chambre du commerce, et au Conseil privé, et qu'ils auraient besoin d'être rassemblés et publiés chaque année, afm d'attirer l'attention de la partie éclairée et libérale de la nation sur un sujet qui, dans la plupart de ses détails, est un outrage au sens commun et un scandale pour la science médicale. Si M. Milroy a pu, il y a ving t ans, être applaudi en tenant ce langage devant V Association de la Science sociale, ses vœux, quelque bien entendus qu'ils fussent dans l'intérêt de la science et de l'humanité, n'ont été exaucés qu'en minime partie. Les gouvernements sont liés les uns aux autres dans ces questions, ils se doivent des égards, et, à ce qu'il paraît, quelques réticences réciproques. C'est du moins ainsi que je m'explique le silence discret gardé si longtemps et si complètement sur cette matière.

Pourtant, en 1879, un progrès partiel s'est effectué en Angleterre par la force des choses. Nous lui devons la connaissance des documents que nous allons citer ici, et qui empruntent à leur publication officielle un caractère très-important. Nous aurions désiré pouvoir citer, à côté des observations émanées des agents anglais, celles qui furent sans doute inspirées à nos^ consuls à Bagdad, en 4874, 1875, 1876, 1877, et, avant cette époque, par les mesures sanitaires adoptées par l'administration ottomane dans la Mésopotamie. Mais, depuis plus de vingt ans que fonctionne le système quarantenaire de cette

MM. NKTTKN-RADCLIFKK KT (OLVILL.

conliV'o, l(> iHililif fraiH^ais n'a pas uiio snilo fois roçu t'omiuiiniralioii de r()i)inion do sos agonis locaux, ol tout ce que nous savons à ce sujoL nous vient do la source toujours optimiste de Constantinople. N'aurait-il pas été opportun dt> mettre quelquefois, à côté des rapports venus de cette capitale, ceux qui furent sans doute maintes fois inspirés à nos agents consulaires de Bagdad, témoins oculaires des faits épidémiques et des hésitations des autorités locales ?

A défaut de l'opinion de nos consuls de France à liagdad, et après avoir exprimé ici le regret de ne pouvoir donner k cette source d'information toute la publicité qu'elle mérite, arrivons aux documents anglais. M. Nettcn-lladclille, observateur des plus capables et écrivain distingué, attaché d'abord au comité supérieur d'hygiène d'Angleterre, sous l'éminente direction de M. John Simon, indépendamment des travaux remarquables qu'il a publiés sur le choléra, a entrepris, dans ces dernières années, la laborieuse tâche de rendre compte à son gouvernement de tous les faits relatifs aux dernières épidémies de peste. Ce n'est pas ici le lieu de faire l'éloge de ces travaux remarquables par la scrupuleuse investigation des faits, par le choix des documents et par la sûreté de jugement qui les distingue. Tout ce que pubhe notre laborieux collègue est extrait de pièces officielles adressées au Foreign Office, ot citées textuellement. Après avoir rendu compte des épidémies do la Mésopotamie jusqu'en 1877, M. Radcliiïe fait suivre son travail d'un extrait de toutes les

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correspondances ofliciollcs do Bîii^dad, rolaLivcs aux mesures sanitaires adoptées par le gouvernement ottoman dans cette province. Pour bien apprécier l'imporlanco d'une telle publication, il faut savoir que TAngleterro est représentée en Mésopotamie par un agent haut placô bien qu'il n'ait que le titre de consul général. Cet agent, qui est presque toujours un officier de haut grade, détaché de l'armée des Indes, est parfaitement tenu au courant de tous les événements importants de la vaste province où il réside, et il intervient souvent auprès des autorités turques locales, soit à titre officiel et politique, soit à titre amical.

Le développement de la peste dans l'Irak-Arabi était un fait trop important pour que la résidejiœ de Bagdad ne s'en occupât pas sérieusement. Indépendamment des intérêts humanitaires en général, il y avait là une question qui touchait directement la Grande-Bretagne. Son commerce est, en effet, assez actif par Bassora avec les pays baignés par l'Euphrate et le Tigre. Elle exporte entre autres, pour ses propres fabriques, beaucoup de laines et de coton de ces contrées. De plus, les communications de commerce et de pèlerinage sont des plus fréquentes entre les différents ports de l'Inde anglaise (Bombay en particulier) et les échelles du golfe Persique et Bassora surtout. A tous ces titres, on devait s'attendre à ce que le gouvernement anglais prît une grande part à toutes les mesures sanitaires prescrites par le gouvernement turc, et même à ce qu'il intervint quelquefois directement par son influence ou par ses conseils

MM. NETTKN-IIADCLIFFE KT (îOLVILL. l'H

poiii- los provoquer ou les modilicr. Go rôle était autant d'accord avec ses intérêts que convenable à son rôle de grande puissance prenant une part active au soutien do la Turquie et jalouse h juste litre de sa réputation et de sa ])répondérance dans cette partie de l'Orient,

Afin d'aider le résident anglais dans cette tâche à la fois humanitaire et nationale, personne n'était mieux choisi que M. le chirurgien-major Colvill, qui habite Bagdad depuis longtemps, qui connaît la langue du pays, qui en a étudié à fond la géographie et l'hygiène, et qui a publié sur la Mésopotamie des travaux médicaux importants. A défaut de toute publication officielle de l'administration ottomane, on comprendra qu'il est de la plus grande importance de relater ici les faits et les appréciations rapportés par M. Netten-Radchffe relativement aux mesures sanitaires prises en Mésopotamie contre la peste. Nous ne pouvons pas avoir de meilleur guide, dans la première partie de cette étude, que les observations faites sur les lieux mêmes par des personnes aussi bien intentionnées et aussi bien renseignées que MM. le colonel Nixon et le docteur Colvill ; aussi c'est par leur témoignage détaillé et motivé que nous allons entrer en matière (1).

(1) Dans le compte-rendu que nous allons présenter, il n'est fait mention que des mesures mises en application en 1876; mais M. Nettenlladcliffe a soin d'indiquer qu'au fond [suhstantially) ce furent les mêmes moyens qu'on employa en 1874, 1875 et 1877. J'ajouterai, qu'à plus forte raison, ceux employés en 1867 n'en différaient pas sensiblement sous le rapport du mode d'exécution.

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