‹ La peste en Turquie dans les temps modernesChapitre 32 sur 60 · MESURES HYGIÉNIQUES · texte numérisé non relu

MESURES HYGIÉNIQUES

laiil là à la quaraiilaiiio ; à Técril, pour prendre les mêmes mesures contre les voyageurs se dirigeant vers Mossoul : mêmes moyens à liiredjeic, Déir, Abu-K6mal, Abu-Maria, et Tadmor sur l'Euphratc et les routes du désert de Syrie (1). »

En addition ii ces mesures locales, une quarantaine de quinze jours fut décrétée dans les ports ottomans contre tous les arrivages de Bassora et de Fao, localités (jui ne délivrèrent depuis lors que des patentes brutes. Le conseil de santé égyptien prescrivait en môme temps une quarantaine de même durée contre tous les arrivages du golfe Persique et du littoral sud de l'Arabie.

Vers le milieu de mars, deux nouveaux médecins furent envoyés à Bagdad pour y aider à l'application des mesures sanitaires. D'après un rapport de Gonstantinople, daté du 29 mars, quinze grandes baraques de roseaux avaient été élevées à l'extérieur de Bagdad, chacune pour recevoir dix pestiférés (2) ; on annonçait aussi

(1) Quand la nouvelle de la réapparition de la peste en Mésopotamie fut rerue à Damas, les autorités de cette ville établirent un cordon à Domner, la dernière station dans le désert avant d'arriver à Damas, pour faire subir une quarantaine aux voyageurs. Ceux-ci durent donc passer deux fois par la quarantaine, une première fois en sortant de la Mésopotamie, une seconde fois en entrant dans le pachalik de Damas.

(2) Dans un rapport adressé à Bombay, i'i la date du 30 mars 1876, M. {'olvill écrit : « Un hôpital temporaire a été élevé à l'extérieur de Bagdad, sur la rive droite, pour les voyageurs sans domicile qui pourraient être attaqués de la peste; mais, avant-hier, un fonctionnaire turc eut l'étrange idée d'ordonner le transport forcé d'un habitant de Bagdad atteint de peste dans cet hôpital. Cette mesure a été cause d'un exode général, et près de la moitié de la population de ce côté du fleuve (tous Arabes) s'est enfuie dans le désert. »

([lie (l'aulrcs baraques seraient construites au besoin. Les maisons en pierre devaient être lavées à la chaux; les habits qu'on no pouvait brûler et qui avaient été exposés à l'infection devaient être aussi lavés ; les latrines et les égouts devaient être désinfectés par le sulfate do fer et le charbon. On donna ordre de fermer les bains publics, les parades militaires furent suspendues, les soldats de la réserve furent envoyés dans leurs foyers. Une quarantaine contre les arrivages de Bagdad fut établie à Kourna, au continent de l'Euphrate et du Tigre.

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INEXÉCLTION DES MESURES ORDONNÉES, LEURS INCONVÉNIENTS GRAVES. ÉMEUTE A BAGUAU,

A propos do risolement des cas de peste, le docteur E.-D. Dickson, membre du conseil supérieur de santé de Constantinoplo, écrivait aussi le 29 mars 1876, sans doute d'après des renseignements fournis par l'administration turque : « Tous les malades des classes indigentes ou habitant de petites maisons, mal ventilées, sont transportés dans les baraques et là sont traités par le médecin de la municipalité, sous l'inspection de la commission médicale. A ce service, sont attachés un intendant, un pharmacien, un cuisinier et plusieurs infirmiers. Deux chirurgiens et un infirmier sont spécialement chargés du traitement chirurgical des anthrax et des bubons. Les médicaments sont donnés gratuitement à tous. La municipalité et les agents de la police prêtent aide et assistance à ce service en toute occasion. Les baraques en roseaux qui ont été occupées par les pestiférés ou par leurs elfets sont ensuite détruites par le feu. » Nous verrons ci-après que ces excellentes dispositions ne furent pas appliquées, et, dès à présent, nous disons

que M. Dickson aurait dû dans sa noie ne pas donner à entendre que ces mesures avaient été appliquées, mais bien spécifier qu'elles étaient seulement en projet.

Le 12 avril, le conseil supérieur de santé de Constantinople télégraphia de nouvelles instructions à Bagdad pour l'isolement et la désinfection des localités atteintes, pour le renforcement des cordons sanitaires, et il prohiba l'exportation des chiffons de toute sorte de la Mésopotamie. Le 18 avril, M. Colvil atteste que ces dernières instructions obligèrent le gouverneur général d'interrompre les communications entre toutes les villes et les villages et aussi entre les deux parties de la ville de Bagdad, séparées Tune de l'autre par le Tigré. « Il n'y eut d'exception que pour les fonctionnaires et les personnes d'une position élevée. » Les mêmes instructions prescrivirent à Tinspecteur sanitaire l'emploi des fumigations et l'isolement de toutes les maisons dans lesquelles la peste avait paru, en mettant des sentinelles à leur porte. Des ordres furent, en outre, donnés par le grand vizir pour l'évacuation des prisons, pour le logement des troupes hors des casernes, pour le campement des prisonniers hors de la ville, sous des tentes, pour le nettoyage et la désinfection des prisons et des casernes.

Le conseil supérieur de santé envoya ensuite un médecin en mission à Diarbékir pour surveiller cette ville ainsi que celle de Mossoul au point de vue del'éclosion de la peste. En outre, des ordres furent donnés pour qu'on n'empêchât pas l'exportation des laines de la Mésopotamie et pour qu'aucun essai de désinfection n'eût lieu (à cause

INEXÉCUTION DES MESURES ORDONNÉES. ILi

(le la futilité des moyens employés à cet ellel, dit M. (lolvil), mais pour que chaque cargaison fût accomi;ncc d'un certificat indiquant sa provenance (I).

Ces dilTérentcs instructions, comme on le remarque déjà sans doute, furent émises après que la peste se fut développée et avant qu'on eût une idée exacte de l'é- Icndue de sa dissémination. Autant elles étaient à charge aux localités indemnes, autant leur efficacité était douteuse dans les localités infectées. Les restrictions que CCS instructions imposaient furent un des motifs pour lesquels la population s'appliqua à dissimuler l'existence de la maladie et à rendre ainsi inefficaces les mesures (jui auraient certainement pu contribuer à arrêter les progrès du fléau. Parmi ces mesures, il faut citer particulièrement le prompt éloignement des malades des classes pauvres de leur logement, quand cela était praticable, et leur séquestration dans des baraques bien ventilées ou dans d'autres abris préparés dans ce but; ou bien (quand l'éloignement des malades de chez eux n'était pas possible) les secours donnés k domicile, les facilités de la ventilation, et la diminution de l'encombrement.

(I) M. Colvill observe à ce sujet que dans les localités marécageuses attaquées par la peste on n'élève pas beaucoup de moulons. Le peu de laine qu'on en retire est expédiée de là dans des sacs dans les différentes villes où les femmes et les enfants l'emballent définitivement pour l'exportation. Nous citerons plus tard le rapport de VOfficier médical du Conseil privé d'Anyleterrc qui motiva sans doute cet ordre en apparence si extraordinaire (voir notre Histoire de la peste en Perse dans les temps modernes) .

l ie LA PESTE EN TURQUIE.

Mais co soiiL les observations du consul général anglais à Bagdad, le colonel Nixon, et de M. Colvill, qui fournissent le commentaire le plus instructif et le plus net sur l'application et l'efficacité des prescriptions quarantenaires que nous venons de citer; aussi nous les énumérons ici par ordre de date. Le 22 février 1876, le colonel Nixon observe : « Je ne suis pas en mesure d'affirmer qu'il y ait nécessité d'établir des cordons sanitaires à Técrit et à Kifri ; mais il parait que tout cordon établi par l'administration des quarantaines sera inutile contre la contagion, parce que les habitants s'évaderont comme ils l'ont fait l'an passé, et cela aura pour efl'et de diminuer et d'entraver les communications sans arrêter la diiïusion de la maladie. »

Le 1" mars 1876, M. Colvill écrit : u J'ai déjà, dans des occasions antérieures, fait savoir, et je le répète encore aujourd'hui, que les quarantaines étabhes dans cette province sont non-seulement inutiles, mais que, donnant lieu à une agglomération considérable d'individus dans de mauvaises conditions sanitaires, elles tendent à favoriser le développement de la maladie qu'elles sont destinées à arrêter. » J'ajouterai à cette remarque de notre éminent confrère, qu'il y a quarante ans, quand la Turquie voulut mettre en pratique certains règlements quarantcnaires très-sévères, lord Palmerston adressa b lord Ponsonby, alors ambassadeur à Constantinople, les observations suivantes : « Quant aux règlements proposés, votre Excellence s'elTorcera, par tous les moyens possibles, de faire sentir au gouvernement turc.

INKXKCUTION DES MliSURES ORDONNÉES. IH

(jii'il LMiiiièchei-ciil plulùl, el truiic maiiicro plus uflicace, U) développemenl do la peste en introduisant la propreté cl la ventilation dans la ville et les faubourgs de Constanlinoplc, que par les mesures restrictives violentes proposées, et qui vont jusqu'à vouloir supprimer tout lien de famille. 11 est certain que la peste est rendue très-grave, si elle n'est pas engendrée de toutes pièces, par l'absence de propreté dos rues, par le manque d'une ventilation suflisanlc et d'un drainage convenable du sol voisin des habitations. Si le gouvernement turc voulait bien prendre d'abord des mesures vigoureuses pour corriger ces maux, toutes les causes de la peste diminueraient en même temps, tandis que les mesures proposées aujourd'hui ne peuvent avoir que de grands inconvénients et ne peuvent produire que des souflrances sans nombre. »

Le 16 mars^ M. Colvill appela de nouveau l'attention du gouverneur général de la Mésopotamie sur la nécessité d'éviter l'établissement des quarantaines : (( Gomme j'en ai l'expérience, dans cette province, la quarantaine est seulement une agglomération d'individus très-sales, sans aucune précaution hygiénique. En établissant des quarantaines dans différents points autour de Jkigdad, on fera cesser les travaux de l'agriculture et renchérir les aliments, ce qui deviendra une cause puissante de maladies. »

Le 18 avril, à propos des instructions ci-dessus citées du conseil supérieur de santé de Constantinople, M. Colvill écrit encore : « Ces ordres, aussitôt qu'ils se-

ront promulgés, auront pour résultat de diminuer de beaucoup la déclaration des cas de peste; car aucune famille ne voudra voir sa maison cernée et gardée. Là où il y aura des malades et des décès, on les cachera sans aucun doute. 11 n'est pas nécessaire de faire remarquer l'inutilité de la défense des communications entre les villes et les villages dans un pays corrompu comme celui-ci, l'exécution de ces ordres étant laissée aux mains d'une soldatesque dont les gages n'ont pas été payés depuis plus de quatorze mois... Toutes les quarantaines que les Turcs voudront établir ici allumeront seulement la flamme et exciteront le développement de la peste. »

Qu'on le remarque bien, M. Golvill ne se pose pas ici en adversaire décidé des quarantaines, il fait seulement ressortir qu'il ne les croit pas utiles à Bagdad et aux environs, et qu'il craint même qu'elles ne soient dangereuses pour la santé publique. A la même date, il observe qu'il y a eu révolte avec effusion de sang dans un quartier de Bagdad; les magistrats, dans l'arrondissement desquels des maisons avaient été cernées, ont donné leur démission, et le gouverneur général a fait comprendre à Constantinople qu'il était dans l'impossibilité de maintenir l'exécution de pareilles mesures.

26 avril. « Les mahométans chiites, ne pouvant plus transporter leurs morts à Kerbéla, Nédjef et Iman- Mouça, enterrent leurs parents dans leurs propres maisons et en cachent le décès. Il y a à cela un danger réel, car, dès que les restrictions seront levées, les corps seron exhumés sans aucune précaution sanitaire. Quoique no

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