INEXÉCUTION DES MESURES ORDONNÉES. U
niinalomeul toiito communicalion soit intcrrompuo ontro les deux parties de la ville, chaque soir, de ving t à trente bateaux ronds, portantcluicun une douzaine depersonnes, traversent la rivière à la faveur de l'obscurité, sous mes fenêtres. — La fumigation des maisons fut faite non pas dans le but de les désinfecter, je ne connais pas un seul cas dans lequel cette opération fut exécutée selon les règles de l'hygiène; on la pratiquait seulement pour l'apparence et pour satisfaire aux demandes du conseil de santé de Constantinople. En somme, toutes ces mesures produisirent un sentiment d'irritation dans le peuple, elles l'excitèrent à la résistance, et empêchèrent de dresser une statistique un peu exacte des cas. Je suis persuadé qu'un soulèvement de la population de la ville serait aussi dangereux que la peste elle-même. En effet, les basses classes sont irritées et mécontentes, tandis que les riches ont quitté ou sont sur le point de quitter la ville. »
10 mai 1876. « Les journaux de Constantinople nous ont appris à Bagdad qu'une quarantaine avait été établie à Kourna. J'ai visité, depuis mon dernier rapport, cette localité. La station quarantenaire est sur la rive gauche du Tigre, au-dessus et en vue du village do Kourna. J'y ai compté cinquante-trois baraues de 20 à 30 tonneaux chaque, chargées de grains pour le compte du gouvernement turc. Il y avait aussi quatre steamers. On trouve là, sur la rive du Tigre, un petit marais couvert de végétaux en décomposition, cl, au delà, des champs de riz. Je demandai où se trouvaient les voyageurs et
les laines. On me répondit qu'il n'y avait qu'une douzaine de voyageurs et pas de laines. Le petit nombre de voyageurs s'explique par ce fait qu'ils avaient débarqué ù Amara, sur le Tigre, et que par ITohreiza ils avaient tous gagné soit Bassora, soit Mahomera. Quant aux voyageurs venus par l'Euphrate, avant d'arriver à Koiirna, ils avaient pris par les marais et s'étaient acheminés sur Bassora par plusieurs routes. On ne cherche pas ici à séparer les uns des autres les barques ni les bâtiments ; les équipages communiquent librement ensemble. On peut voir par cela que la stricte quarantaine de Kourna est un non-sens. (Je m'interdis d'employer ici l'expression de M. Colvill.)
« Dans une de mes précédentes lettres, j'ai fait allusion aux risques de soulèvements populaires; depuis lors, il y a eu une émeute dans le quartier de Bagdad situé sur la rive droite. Les gens du peuple protestènint d'abord contre les restrictions du cordon sanitaire qui les empêchaient d'aller sur la rive gauche oii leurs affaires les appelaient; mais la cause déterminante était l'impossibilité d'enterrer leurs morts à Kazemein, à Kerbéla, à Nédjef. A cette occasion, les Chiites attaquèrent les Sunnites ; il y eut combat et il fallut tout un régiment d'infanterie turque pour arrêter l'affaire . Quinze personnes furen l grièvement blessées. Vous remarquerez que j'ai toujours protesté contre les mesures inefficaces qui irritent seulement la population et ne peuvent produire aucun bien. Le gouvernement local et la commission sanitaire commencent à récolter ce qu'ils ont semé ; le peuple a
INKXKOUTION DES MKSURKS ORDONNÉES. VA
(Ml l'DiiscioiU'o do sa force. Aussi, après colto omciitn, a-l-oii été obligé do replacer lo pont sur le fleuve ol d'ouvi'ir les routes. Les seules mesures restrictives eneonî eu vigueur sont les quarantaines établies sur la frontière nord de la province. »
M. Colvill, dans un rapport au colonelNixon, endatedu :^ août 1876, cite les faits suivants relatifs à rinefficacité de la quarantaine sur le Tigre, à Bagdad, en 1874 : « On pourrait croire que, si une quarantaine intérieure avait des chances d'être établie d'une manière rigoureuse, ce serait celle d'un bateau à vapeur sur le fleuve; tel ne fut pas le cas, cependant, quand j'arrivai à Bagdad, en quarantain(\ à bord d'un bateau à vapeur; ily en avait un autre qui y était arrivé peu de temps avant moi et dont les passagers étaient à Bagdad à leurs plaisirs ou à leurs affaires. A bord de mon steamermême, plusieurs juives retournant d'un pèlerinage, et mon propre domestique avec tous mes effets (celui-ci malgré ma défense expresse), trouvèrent le moyen de débarquer le soir même de l'arrivée. »
Les observations de M. Colvill et celles du colonel Nixon sur les mesures quarantenaires décrétées par la Tur([uie contre la peste, prouvent qu'elles n'empêchèrent aucunement l'extension de la maladie [afforded no security ar/ainst the extension of tlie diseasc), et qu'elles aggravèrentles conditions qui aident h son développement l/if'i/ direct/)/ (ujgravatcd the conditions ivhich foster ils prevalencé). Volney écrivait déjà en 1787 que la Porte avaitpublié, peu de temps avant, un éditpour éta-
blir un lazaret à ConsLaulinoplc, h Smyriie, en Crète, à Alexandrie. « Le gouverniîmenl turc a pris ce sage parti, ajoute-t-il, depuis quelques années ; mais la police turque est partout si mauvaise qu'on doit espérer peu de succès de ces établissements. L'année dernière en a fait preuve, parce qu'il a éclaté à Tunis une peste très-violente ajiportée par des bâtiments venus de Constantinople, qui corrompirent les gardes et entrèrent en fraude sans faire; de quarantaine. »