OBSERVATIONS ANTÉRIEURES
LMilorré dos cadavres dans leurs propres tentes. On ne tenait aucun compte exact du nombre dos arrivants, on n'avait aucun soin des voyageurs. Le médecin sanitaire ne pouvait veiller à tout, et il n'avait pas sous la main le personnel voulu. Il était presque seul, et sans aucun moyen efficace de maintenir l'ordre parmi quatre à cinq cents pèlerins souvent peu endurants. Les aliments, achetés par des intermédiaires, étaient fort chers. Cette agglomération considérable do quarantenaires était un foyer d'infection. Cette quarantaine n'ompècha pas du reste le choléra de pénétrer en Turquie, par cette route; car il parut à Kizzil-Roubat (village de 800 habitants, sur la route de Khanéguine à Bagdad). Pendant dix jours, il y mourut de l'épidémie 0 à 6 personnes par jour ; malgré cela, la quarantaine do la Diala (1) fut maintenue, et on n'en établit aucune entre le village infecté et Bagdad. »
Los conclusions de M. Colvill sont que, pour établir une quarantaine dans ces pays, il faut prendre toutes les précautions possibles pour la rendre efficace et non voxatoire et nuisible. « Une telle mesure, mal entendue, peut être la source de bien des maux, non-seulement parce que les maladies se propagent rapidement dans ces masses agglomérées d'individus souvent très-pauvres et malpropres; mais parce que les droits élevés de quarantaines perçus, ainsi que les prix exorbitants des denrées alimentaires, font aux pèlerins l'eiïet
Rivif-iv qui passe ;"i Khanéguine,
lîiG LA PESTE EN TURQUIE.
d'une vérilablc extorsion. » Il ajoute que les Turcs, même les plus intelligents, ne comprennent pas les inconvénients de ce système. Eniin il termine ses observations parla révélation suivante : « La composition du service sanitaire ottoman dans la province de Bagdad est très-curieuse. Il y a dans chaque poste un nombre égal de fonctionnaires turcs et d'agents européens , les premiers ayant toujours un grade supérieur aux derniers. Le gouvernement a l'intention de supprimer les employés turcs. »
Le docteur Bellevs^, médecin distingué de l'armée des Indes, en se rendant de Perse à Bagdad, en juin 1872, fut retenu à la quarantaine de Khanéguine, qu'il décrit dans les termes suivants : « Notre prison était un grand caravansérail, où se trouvaient trois ou quatre bandes de pèlerins malheureux, à demi affamés, qui se rendaient à Kerbéfa. Leur saleté et les haillons dont ils étaient couverts étaient la vraie peinture de la pauvreté et de la misère. En quittant ce triste spectacle pour nous installer dans le logement mis à notre disposition, nous fûmes témoins de choses encore plus dégoûtantes. Depuis bien des années, ce réduit n'avait pas été balayé et le sol était recouvert de toutes sortes de malpropretés. Il nous était impossible de rester dans ce lieu, et je demandai à voir le médecin de la quarantaine. — Il est mort depuis dix jours de la fièvre, répondit le gardien, et son successeur n'est pas arrivé (1). »
(1) From the Indus to the Tigris. London, 1874.
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A propos (le ces mêmes quaniiitiiiiios turques, il ne sera pas sans utilité de rappeler ici une appréciation de M. Fauvel, alors médecin sanitaire de France à Gonstantinoplo : « Dans le principe, la pensée qui a déterminé l'administration sanitaire ottomane à créer la ligne de quarantaine turco-porsanc a été surtout, il faut en convenir, une pensée fiscale appuyée sur les restes mal éteints d'une vieille antipathie nationale... Quoi qu'il en soit, certains fonctionnaires turcs ne dissimulaient pas leur espoir d'augmenter les revenus de l'administration en établissant sur la frontière de Perse une quarantaine très-Hgoureuse. Si vous espérez, ai-je dit au fonctionnaire musulman qui préside notre Conseil, augmenter les revenus de votre administration par des mesures rigoureuses, détrompez-vous, il n'en serait pas ainsi (i ). »
\1) Recueil- des travaux du Comité consultatif d'hijyihie publique, (ome II, pages 43, 4i et 50.