‹ La peste en Turquie dans les temps modernesChapitre 45 sur 60 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

IMFFICULTKS ET OBSTACLES INIlf:RENTS AU PAYS; INSOLUBILITÉ DU PROBLÈME DE l'eXTINCTION DE LA PESTE.

Nous nous sommes jusqu'ici occupés des desiderata du diagnostic de la peste et de leurs causes; passons maintenant aux mesures sanitaires, et voyons si celles-ci auraient pu être mieux appliquées et plus efficaces. J'ai déclaré h. plusieurs reprises que je n'avais dans ce livre aucune discussion à élever, ni aucun examen à faire sur le choix des moyens ; que je ne m'occupais uniquement que de leur application; j'ai fait voir, preuves en main, que celle-ci avait été des plus défectueuses. Je veux me demander maintenant jusqu'à quel point, dans l'Empire ottoman, avec ses coutumes, ses mœurs, ses idées invétérées et son culte religieux, les mesures sanitaires décrétées auraient pu être mieux appliquées. Y a-t-il dans les vices d'exécution que nous avons constatés le signe d'une impossibilité radicale ou bien d'une négligence et d'un mauvais vouloir? Y a-t-il défaut complet de moyens, ou manque de capacité et d'activité? Selon moi, il y a les deux causes réunies. On comprend que l'administration

cenli-alo do Conslantiiioplo ne puisse pas révéler certains faits qui fout partie trop intime du système moral ot politique de la Turquie; mais elle aurait pu et dû, selon moi, avec bien des raisons valables, se rejeter sur l'impossibilité de suffire à une tâche à l'accomplissement de laquelle aucun effort humain n'aboutirait. Son grand tort est de dire et de croire qu'elle peut extirper la peste de l'Empire turc. Quelles sont donc les maladies que les hommes ont pu faire disparaître de leurs sociétés? Y en a-t-il beaucoup? La lèpre a-t-elle disparu de l'Europe par l'adoption du système des léproseries ou de tout autre moyen? Nous sommes-nous débarrassés de la syphilis, de la variole, de ladiphthérie, du choléra? L'Amérique ne lutte-t-elle pas aujourd'hui, comme au commencement de ce siècle, contre la fièvre jaune? Pourquoi vouloir que la poste, une des maladies les plus terribles, soit plus facilement domptée que les autres, surtout dans les pays où elle est autochthone à certaines époques? A priori, et d'après toutes les analogies, je le soutiens, ce problème me semble presque insoluble dans le sens rigoureux de l'extinction complète de la peste. L'expérience bien comprise du siècle actuel et des siècles passés dépose en ce sens. La grande faute de l'administration sanitaire turque est d'avoir dit qu'elle avait fait disparaître la peste de 1838 à 1843 des possessions ottomanes, parles mesures quarantenaires et les purifications. Après s'être donné les g-ants de cette disparition, elle se croit tenue aujourd'hui à persévérer dans les mêmes assertions et dans les mêmes pratiques.

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