DIFFICULTÉS ET OBSTACLES
Acceptons pour un uu)uumiL colle hypoLlièse iusoulenablc dans l'élal actuel do la science, à savoir : que la ]>ostc est une maladie dont on peut faire disparaître les germes, et que Ton peut enserrer dans les cordons sanitaires et dans les quarantaines. Cela était-il praticable dans la Cyrénaïque et dans la Mésopotamie? En théorie et sur le papier, je dirais peut-être oui, mais en pratique non. Peut-on désinfecter les nomades de la province do liongliazi ou ceux de l'Irak; a-t-on des moyofis d'action assez puissants pour cela en Turquie? Je répète que non ; la Turquie ne pouvait suffire à cette tâche. Elle n'a pas, comme la Russie, des populations soumises de cosaques, vivant sous un régime uniquement mihtaire et qui se laissent facilement interner dans trois cordons sanitaires. Elle n'a ni une armée, ni une police suffisante, ni les ressources pécuniaires voulues. Quand les germe? de la peste étaient disséminés depuis le voisinage de Bassora jusqu'au nord de Bagdad, quels moyens efficaces assez généraux pouvait-on employer pour les anéantir? Comment limiter le mal et le restreindre par des cordons sanitaires intérieurs partageant presque arbitrairement cette vaste étendue de pays en zones indemnes et en zones contaminées? Comment déterminer les limites de l'immunité d'une part et celles de la contamination d'un autre côté ! La Turquie a fait, je crois, on partie ce qu'elle pouvait faire? chercher avec les moyens insuffisants et défectueux dont elle dispose à empêcher le mal de s'étendre au nord vers le Kurdistan etl'Anatolie, et à l'ouest vers la Syrie. Son tort a été d'essayer et de multiplier
l'applicalioii inutile et purement vexatoire des quarantaines intérieures. Une fois lamaladie déclarée dans une grande étendue de pays, chercher à l'y poursuivre par des moyens restrictifs est une œuvre rationnellement, expérimentalement et socialementimpossible. Mais, répliquera-t-on, pourquoi ne pas chercher à l'étoufler dans son berceau? Pour cela, il aurait fallu avoir dès le début des épidémies des renseignements que l'on n'a pas eus; il aurait fallu aussi pouvoir en profiter à temps et avoir sous la main des moyens d'action très-puissants qui n'étaient pas et ne pouvaient pas être prêts à temps en Turquie.
Je veux maintenant aller plus loin dans cette investigation rétrospective; je suppose qu'au début de l'épidémie de Dagara en 1874, un corps de troupes ait cerné complètement ce district, en échappant lui-même à la peste. La maladie ne se serait-elle pas développée ailleurs, autour et aux environs du cordon? Déjà il est étabh par M. Colvill que la peste se montra presque en même temps à Affij qu'à Dagai-a. Il aurait donc fallu aussi cerner le distric d' Affij. Cela complique déjà la solution pratique du problème. Il y a là des marécages étendus et connus seulement des Arabes qui seuls ont le secret de pouvoir y circuler. Je suppose encore qu'on réussisse à entourer strictement ces deux districts; la contagions'y éteindra faute d'aliment, et la peste y cessera, comme d'habitude, avec les chaleurs de l'été. Vous donnerez alors sans doute la liberté, qu'elles réclament à si juste titre, à ces populations que vous aurez préala-
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blenu'iil clésiiifcctées. Mais vous n'aurez pas changé pour cola Umu- hygiène, leur sol, leurs prédispositions pathologi(lut's. Dans les années suivantes, vous serez obligé d'avoir toujours par précaution les mêmes observateurs et les mémos moyens d'action sous la main. Tout cela peut se faire dans un grand pays bien civilisé, à population clairsemée, dont le peuple serait très-doux et trèssoumis, l'armée très-puissante, le trésor bien rempli, l'administration bien aguerrie, bien active, bien intègre. Cela serait impossible aujourd'hui dans bien des contrées de l'Europe, dans bien des parties de la Russie même, et cela est pratiquement impossible en Orient, même avec l'aide et le concours ou la pression de l'Europe.
L'administration sanitaire centrale de la Turquie a failli, selon moi, en n'établissant pas positivement, dès le début, le diagnostic de la maladie, en voulant en chercher l'origine première, la nature, la provenance éloignée ; voilà son principal tort ; c'est un manque de netteté, je ne dirai pas de franchise. Pouvait-elle agir autrement? Une m'appartient pas de décider cette question; je remarquerai seulement qu'il y a des pressions de toutes sortes en ces matières. Une opinion fortement enracinée finit par devenir un article de foi. On n'examinera jamais assez, en administration comme en matière de science, les principes de ses croyances pour les soumettre au crible de la vérification.
Que s'est-il donc passé dans ces pestes de la Turquie dont nous avons donné un exposé assez détaillé, pour-
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quoi n'oiiL-cllcs pas suivi leur cours, commcnl se sonlelles arrêtées ? Il s'est passé là ce qui se passe dans toutes les épidémies, dans tous ces fléaux que l'homme n'est pas parvenu encore à maîtriser et dont il ne connaît pas le secret. Le mal, après avoir pris naissance en un ou plusieurs points, s'est étendu, s'est développé, est arrivé à son apogée ; puis, comme dans toutes les maladies épidémiqucs, il a diminué et cessé entièrement ou presque entièrement. Ensuite, il a reparu dans la même localité ou dans d'autres voisines l'année suivante. Cola a continué ainsi en Mésopotamie de 1873, 1874 à 1877, 1878. Si l'on n'est pas bien sûr, à l'époque actuelle, que toute manifestation ait entièrement disparu, on sait du moins positivement qu'il n'y a pas eu, en 1878 ni en 1879, de foyers étendus et dangereux. Quelle influence, ou quelle force a fait disparaître la maladie? La même qui l'avait fait naître. Nous ne savons pas plus pourquoi ces fléaux disparaissent, que nous ne savons pourquoi ils apparaissent à certaines époques. Nous ne savons pas encore positivement si nous pouvons limiter leur extension en plaçant des barrières à certains points éloignés de leur lieu d'émergence. Mais nous avons appris, par l'expérience bien positive et répétée des vingt dernières années, que la peste dans l'Empire turc ne s'étend pas toujours au loin, qu'elle est susceptible de n'envahir qu'une localité et de s'y tenir, y accomplissant ses ravages sans s'étendre au dehors. Tous les faits relatifs à l'histoire de la peste en Perse, de 1871 à 1878, démontreront encore cette vérité de lamanière la plus frappante, comme