CHAPITRE PREMIER
LA PESTE n'est PAS UNE MALADIE TOUJOURS ENVAHISSANTE, SES PANDÉMIES SONT TIIÈS-RAUES.
Démontrer que les mesures prophylactiques dirigées de notre temps contre la peste ont été toutes inefficaces et n'ont pu, d'aucune manière, influencer la marche de ce fléau, c'est, j'en ai le ferme espoir, rendre un service considérable à la science sanitaire, en l'éclairant sur la vraie portée de ses moyens hygiéniques en Orient, et en lui donnant ainsi l'occasion de reviser ses procédés, de porter remède aux défectuosités de son système et de chercher des moyens d'action plus pratiques, plus humanitaires, plus sérieux. Mais le but de ce travail ne se borne pas là. S'il porte véritablement sur une base scientifique, s'il a envisagé les faits au seul point de vue de la vérité, s'il les a analysés dans tous leurs détails et s'il en a tiré de justes conclusions, nous devons trouver un ensemble de données uniformes dans
l'histoire de toutes les épidémies de peste que nous avons étudiées.
Si ces fléaux avaient été influencés par les moyens sanitaires, nous les verrions s'amoindrir et se terminer à des époques variables suivant le degré de puissance des moyens hygiéniques. Si au contraire la prophylaxie a été impuissante contre eux, nous avons dû les voir naître, croître et se terminer à des époques presque les mêmes dans des climats identiques. Ces données épidémiologiques doivent de plus coïncider avec celles que contiennent les annales delà science et qui sont relatives aux temps antérieurs. Si les faits mis en lumière ont cette portée, s'ils coïncident entre eux et avec ceux des siècles passés, nous aurons ainsi la preuve à jJosteriori de la justesse de nos remarques. Par exemple, nous ne serons plus étonnés du peu d'extension de la peste malgré la complète inutilité des moyens dirigés contre elle^ si l'histoire nous démontre que le plus souvent il en a été ainsi malgré l'insuffisance ou la nullité des mesures sanitaires. On se fait souvent une idée exagérée du fléau que l'on a à combattre, de sa force expansive, de son génie envahissant, de sa course fatale à travers le monde. On ne réfléchit pas que, pour la peste, comme pour le choléra, pour la suette, les pandémies sont les exceptions, et que l'histoire n'en a enregistré qu'un petit nombre d'exemples dans ses fastes. On ne lit pas attentivement les écrivains qui ont conservé la tradition du passé, on se livre à toutes les inexactitudes d'une idée préconçue sur la force du poison morbide,