Proust. — peste
sujets malades dans les localités indemnes; surveiller les sujets suspects.
On ne devra pas retenir les navires plus de dix jours s'ils n'ont pas eu de malades à bord.
On sait que l'incubation de la peste ne peut dépasser dix jours, qu'elle est ordinairement de quatre à cinq jours.
Dans les localités envahies, il faut isoler les malades, veiller à la propreté de leur corps, à la désinfection 1 de leurs produits d'excrétions, de leurs vêtements; désinfecter les habitations qui seront abandonnées, les brûler si la chose est possible et si leur valeur est médiocre. Surveiller les familles des malades, les mettre en observation une dizaine de jours.
Veiller avec la plus grande attention à l'hygiène générale des localilés, au bon entretien des rues, des égouts, etc.
Faire pénétrer autant que possible celte idée que l'hygiène individuelle joue un rôle de premier ordre.
i. Parmi les agents désinfectants le sublimé occupe le premier rang. 11 agit instantanément en solution au millième. L'acide sulfurique à 1 pour 2.000 détruit le bacille en une minute, l'acide phénique à 5 pour 100 en cinq minutes, le chlorure de chaux à 1 pour 100 en un quart d'heure, le lait de chaux en une heure.
Nous avons longuement envisagé la part importante que certains auteurs accordent aux rats et aux souris dans la dissémination de la peste. Il convient de détruire autant que possible ces animaux à bord des navires comme sur terre. On ne saurait qu'approuver les précautions recommandées à ce sujet par le comité d'hygiène, et l'on trouvera dans la Revue d'hygiène la traduction d'une intéressante revue de Lorigasur cette question
Le succès des mesures prises contre la peste dépend moins encore de la capacité et du zèle des autorités sanitaires que du milieu dans lequel elles opèrent et des dispositions des indigènes.
Là où les précautions sont bien prises, les dangers de transmission sont réduits au minimum : témoin ce qui s'est passé à l'hôpital de Londres, où deux, et sans doute même trois pestiférés dont on ignorait le diagnostic, ont séjourné dans les salles communes, sans qu'il y ait eu de transmission au personnel hospitalier ni aux malades; témoin encore l'immunité remar-
1. Loriga. — « La prophylaxie de la peste au moyen de la suppression des rats et des souris. » Revue d'iiygtène, 1899, Août.
quée des quartiers habités par les Européens à Bombay.
Dans une localité peu importante où Ton peut prendre facilement les mesures rigoureuses, où l'on n'est pas arrêté par des considérations économiques quand il s'agit de détruire tout ce qui prête à la contagion, on arrive aisément, semblet-il, à enrayer le fléau. Le gouvernement russe, qui avait su enrayer la peste à Wetlianka en 1878-1879, a eu le même succès à Anzob, dans le ïurkestan, l'année dernière. Nos médecins des colonies ont su de même arrêter à Tamatave une épidémie qui menaçait de devenir assez importante.
Dans les grandes villes, le problème est plus difficile. Il Fa été tout particulièrement à Bombay, où tout s'est trouvé réuni pour entraver la besogne des commissions sanitaires : ignorance et mauvaise volonté des populations se refusant à déclarer les malades et les décès, à se rendre à l'hôpital, à permettre les mesures de désinfection et même la destruction des rats protégés par le respect des Indiens pour les êtres vivants, densité extrême de la population, etc.
Si les mesures recommandées à Bombay ont été entravées par toutes ces difficultés qui ont fini par amener une véritable émeute, on ne sau-
rait cependant leur refuser toute influence. Quand l'on songe à l'extension prise au moyen âge par les épidémies, on est en droit de penser que, sans ces mesures, on aurait eu plus de 42.483 décès déclarés, et même 60.000 décès, chiffre vraisemblablement exact.
// nous a semblé utile de résumer crime façon sommaire f œuvre du comité de défense de Bombay.
L'une des principales difficultés était la dissimulation des cas et des décès. Pour en triompher on organisa des commissions de recherche (search parties) qui, tous les matins, de 7 à 10, et le soir, de 3 à la nuit, visitaient toutes les maisons de la section.
Chaque commission comprenait un médecin, une infirmière, un inspecteur, un serrurier, des gendarmes, etc. On passait en revue tous les habitants de chaque maison. Les soupçonnés malades étaient dirigés vers l'hôpital. Cette enquête se faisait avec le plus grand soin. Les personnes qui avaient entouré les malades étaient transportées dans des baraques spéciales (contact camp) où elles prenaient un bain suivi de lotionantiseptique.oùl'ondésinfectaitleursobjets. On les y retenait sept jours. 5373 pensionnaires ont donné 131 cas de peste, soit 4,44 pour 100.
D'autre part, la maison était désinfectée. La désinfection te faisait au sublimé et était suivie d'un lavage à la chaux. On surveillait naturellement la désinfection des latrines, des rigoles, etc.
Quand la maison dans laquelle on notait un cas de peste renfermait plusieurs ménages et était dans un état peu salubre, on évacuait la maison complètement, et, tandis que les membres de la famille se rendaient au « contact camp » , les autres habitants de la maison étaient dirigés vers un « health camp », camp d'assainissement. On disposait d'aménagements pour 30.000 personnes. Avant de rouvrir de nouveau ces maisons, elles étaient désinfectées et surtout bien ventilées. Pour cela, on démolissait une pièce aux deux extrémités, on faisait des trous dans les plafonds, on enlevait les tuiles aux toits, etc. Weir nous apprend qu'il n'a jamais vu un cas nouveau de peste après retour dans une maison évacuée et aérée depuis 20 jours.
Pour donner une idée de l'importance de ces mesures, il suffira de dire que, du lor Février au 15 Mars, on a inspecté chaque jour en moyenne 2951 maisons dans lesquelles on découvrait 106 cas de peste qui étaient dirigés vers l'hôpital ; que, sur 195 décès quotidiens de
pesle, 100 étaient relevés chez des sujets hospitalisés, que tous les jours on plaçait dans les « contact camps » 288 personnes ayant approché intimement des pestiférés ; que l'on procédait à la désinfection de 161 appartements, à l'évacuation de 78 maisons.
Le comité se préoccupa aussi de préserver la ville contre l'importation de peste, en créant des lazarets d'observations pour les voyageurs de terre et de mer. Un service important de surveillance fut de suite établi sur les voies ferrées de l'inde l.
Ces mesures, malheureusement, ne purent être maintenues dans toute leur rigueur, une émeute ayant éclaLé dans la population indigène.
Il est bien intéressant de constater que toutes ces mesures s'étaient déjà imposées, il y a plusieurs siècles, à ceux qui voulaient lutter efficacement contre la peste 2. Elles rappellent traits pour traits celles que prit Gastaldi lors de la peste de Rome.
1. Le gouvernement indien a réuni dans un volume spécial les lois, décrets, règlements généraux et locaux promulgués à l'occasion de l'épidémie. A compilation ot régulations issued by the governtncnt of lndia and local governments in connection with plague. Calcutta, 1898.
2. Netter. — « L'isolement dans les maladies transmissibles», Semaine médicale, 1897, 6 Octobre.
Faut-il en conclure que nous n'avons rien appris en matière de prophylaxie ? Il semble bien inutile de protester contre cette idée. Nos mesures sont certainement plus sérieuses, nos procédés de désinfection plus efficaces.
Nous avons montré dans la première partie de cette étude comment les investigations bactériologiques nous mettent à même de diagnostiquer de très bonne heure et d'une façon certaine les premiers cas de peste, et nous savons que les mesures prophylactiques sont d'autant plus efficaces qu elles sont prises dès le début. L'exemple de l'épidémie de Vienne, si rapidement circonscrite après n'avoir fait que trois victimes, est le meilleur argument.
Enfin, nous disposons de méthodes qui sont nées directement des recherches bactériologiques et qui, sans avoir encore sans doute acquis le degré de perfection désirable, encouragent toutes les espérances. Ces méthodes, qui ont été largement mises à l'épreuve dans ces dernières années, sont l'inoculation de sérum antipesteux, celle du vaccin de la peste, l'une à la fois curative et préventive, l'autre curative.