III. — Sérothérapie et vaccination
Sérums antipesteux. Vaccin de haffkine.
La découverte du bacille de la peste a permis l'introduction de deux méthodes nouvelles de traitement et de prophylaxie de cette maladie.
La première a pour objet, au moyen de T inoculation de sérum d'animaux immunisés, de guérir les malades, réalisant ainsi pour la peste ce que nous faisons couramment pour la diphtérie depuis les remarquables travaux de Behring et Kitasato et de Roux.
Le sérum antipesteux est fourni par des chevaux auxquels, comme l'ont montré Yersin, Calmette et Borrel4, on fait des inoculations répétées de cultures du bacille. Il convient, pour les inoculations, de s'adresser à la voie intra-veineuse et d'employer des cultures mortes ou même des cultures vivantes. On peut aussi, comme Font conseillé Lustig et Galeotti, obtenir un sérum antipesteux en inoculant aux animaux
1. Yersin, Calmette et Borrel. — « La peste bubonique ». Annales do l'Institut Pasleur, 1895.
la toxine pesteuse isolée au moyen de procédés chimiques.
Si l'idée de la sérothérapie antipesteuse est née et ne pouvait naître que dans ces toutes dernières années, celle de la vaccination antipesteuse, dont nous aurons à nous occuper ensuite, est beaucoup plus ancienne. Elle découlait de cette notion qu'une attaque antérieure de peste confère F immunité vis-à-vis d'une nouvelle atteinte, ou que tout au moins ces nouvelles atteintes sont habituellement légères.
On a voulu dans ces derniers temps contester le fait, et effectivement il a été possible de signaler des exemples de sujets ayant eu plusieurs fois la peste, mais on cite aussi des sujets ayant eu plusieurs fois la variole. Il n'en est pas moins vrai que de tout temps on a su que les sujets guéris de la peste étaient à peu près à l'abri, et l'on a choisi ces sujets de préférence pour les attacher aux hôpitaux et aux lazarets.
Voici comment s'exprime à ce sujet Gosse dans la relation de l'épidémie de peste en Morée en 1827 et 1828 :
« 11 existait en Grèce un certain nombre d'indmdus, soit Turcs prisonniers, soit Chrétiens indigènes, qui avaient été précédemment attaqués de la peste à Constantinople, à Smyrne ou
ailleurs, et qui portaient des cicatrices d'anciens bubons ou charbons comme signe caractéristique de la maladie qu'ils avaient surmontée. Ces gens, connus sous le nom de Mortis, ainsi que nous l'avons dit, étaient employés de préférence comme gardes auprès des pestiférés, ne prenaient aucune précaution en soignant les malades, en entourant les morts ou en maniant leurs hardes, et même couchaient ou mangeaient dans leur voisinage, exposés par conséquent à l'influence de la contagion dans toute sa violence. Malgré cela, on obtint ici comme ailleurs une confirmation de la faculté préservatrice et modificatrice de la première atteinte de peste. La plupart des Mortis échappèrent intacts. Quelques autres ressentirent des douleurs dans les anciennes cicatrices des bubons, sans autres symptômes... Enfin, un petit nombre furent atteints d'accidents graves; l'un exerçait son métier à Spetzia, un second à Calavryta et sept à Argos. Un des derniers mourut. »
On comprend comment, à la fin du siècle dernier et au commencement de ce siècle, divers médecins ont été tentés d'essayer ï inoculation de la peste, comme on avait fait de la petite vérole.
Leurs premiers essais avaient été des plus
malheureux . Ainsi, Cerutti inocula 6 Européens, dont 5 eurent la peste et succombèrent. Dussap en 1810, eut pareils mécomptes en inoculant des enfants égyptiens. Depuis la découverte du bacille de la peste, on a pu renouveler ces tentatives et nous verrons qu'on a été plus heureux.
Le professeur Landouzy1, dans ses leçons sur les sérothérapies, a étudié avec détails la sérothérapie antipesteuse. Nous nous attacherons surtout à faire connaître les résultats des inoculations des dernières années. Nous consacrerons des développements relativement considérables aux inoculations de sérum antitoxique de Lustig et aux vaccinations de Haffkine, qui sont peu connues en France.
A. Sérum antipesteux. — Dès la découverte du bacille, Yersin et ses collaborateurs, Roux, Calmette et Borrel2, se préoccupèrent d'immuniser les animaux contre la peste et de guérir ceux qui étaient déjà mortellement atteints. Ils essayèrent des divers procédés de vaccination, et réussirent à immuniser le lapin au moyen d'inocula-