JOSEPH LEBON
Joseph Lebon ou Comité de salut public.
« J'étais digne de la mission que vous m'avez confiée. Vous me livrez à mon énergie révolutionnaire, eh bien ! rien ne m'arrêtera; les têtes des aristocrates vont tomber comme la grêle. Je ne laisserai en liberté aucun riche .^ aucun homme d'esprit, qui ne se soit prononcé fortement et de bonne heure pour la révolution.
» Je garde le silence depuis quelques jours. Dites : Tant mieux, c'est que Joseph Lebon travaille fort. Oui, je vous assure, j'y vais d'une jolie manière : il ne se passe pas vingt-quatre heures que je ne dépêche du gibier de guillotine, et tous les scélérats sont expédiés révolutionnairement.
)) On me demande des détails, je n'ai pas le temps. Je suis ici {Arras) depuis quatre jours à faire marcher le tribunal. La guillotine roule à toute force. J'en ai fait expédier aujourd'hui vingt-huit, tant maies que femelles; j'ai fait arrêter un général pour m'avoir traité de gueux et de coquin.
» Je suis arrivé à Cambrai, hier soir, accompagné de
vingt braves. J'espère /r^/rt' le biira à Cambrai, et y inspirer une terreur civique. La guillotine va entrer de suite en activité. Patience, et ça ira d'une jolie manière.
» M.M. les parents et amis d'émigrés et les prêtres réfractaires accaparent la guillotine; o)i est à la queue. Avant-hier, un ex-procureur, une riche dévote, veuve de trois ou quatre chapitres , un banquier millionnaire , une marquise , trois moines et un général ont passé la tête à la chatière et ont disparu du sol de la liberté ! La vertu
et la probité sont plus que jamais à l'ordre du jour
— Mon jury est composé de soixante b à p...; je ne
suis occupé qu'à faire des actes d'accusation ; j'ai organisé à DouUens une commission ardente de sept patriotes ; nous ne dormons point.
» Signé : Joseph Lebon. »
Au moment d'aller au supplice, lorsqu'il fallut endosser la chemise rouge , Joseph Lebon dit : « Ce n'est pas moi qui dois l'endosser; il faut l'envoyer à la Convention ; je n'ai fait que suivre ses instructions et celles de ses comités.
JEAN-BON-SAINÏ-AN DRÈ.
Jean- Bon-Saint- André et son digne collègue Laplanche, prêtre apostat, avaient fini par se lasser des exécutions innombrables, du sang que l'échafaud faisait chaque jour ruisseler à flots en Bretagne et en Vendée.
C'était toujours le même couperet , le même bourreau,
les mêmes égorgeurs : — il n'y avait plus de charme, — 11 fallait du nouveau ou retourner à Paris. Mais retourner à Paris avec un simple bagage de guillotinades et de fusillades , d'incendie et de pillage , c'en était assez pour être suspect de modérantisme aux yeux de la Convention.
Et puis, Carrier avait obtenu une mention honorable pour ses mariages républicains.,. — si on pouvait faire mieux ?
Jean-Bon et Laplanche eurent l'ingénieuse idée d'enrégimenter de pauvres petits enfants ; — ils les dressèrent au maniement du fusil, et quand ils les virent sufilsanmient instruits, ils en firent les exécuteurs de leurs bassesœuvres.
Les prisonniers destinés aux plaisirs de la journée étaient amenés en présence de ces hommes immondes et dénaturés ; on les alignait , et de malheureux petits êtres qui n'avaient pas conscience de leurs acLes étaient obligés de les fusiller et de les achever ensuite...
Jean-Bon et Laplanche appelaient cela : « apprendre na- » Honalement à lire dans le cœur des infâmes ennemis du )) pewple. »
Est-il possible de montrer plus de cynisme et de scélératesse?
Oui. — Dubois-Crancé vase signaler d'une manière plus atroce...