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sur L. H. LaronNTAINE ;Ÿ suivie de l’éloge des deux personnages, note mise au jour pircequ’il savoit que Mr. Vicer refuseroit et qu’alors il seroit mpétiteur désigné ; les reproches qu’il fesoit au barreau d c d’avoir toujours été favorisé et la préférence qu’il réc n faveur du barreau de Montréal ? Qui ne songera pas out aux Deux Girouettes, écrit aussi méchamment que misérablement composé pour perdre dans l’esprit public, par l’arme empoisonnée du ridicule,un confrère rempli d’honneur et de talens, dont tout le tort étoit d’être désigné pour occuper l’un des siéges de Montréal, office dont il étoit digne à tous égards? Un instant notre trigaud politique crut toucher au port,mais la nomination de Mr. Bepanp vint lui ravir le tri-corne convoité; ce fut cet échec inattendu qui le porta à se ruer de nouveau sur le juge Gazz, et le docteur O‘CALLAGHAN ne füt, pour cette dernière persécution, que l’instrument complaisant de son chef de file. Personne n’a pu ignorer les tentatives faites par notre amateur d’honneurs et de profits pour evenir Maire de Montréal ; il se croyoit si certain de sa norhinations que, malgré son économie habituelle, il avoit pris une maison de £100 de loyer qu’il avoit jugée assez vaste pour y recevoir Son ExceL- LENCE, alors qu’elle eut visité la ville ; c’étoit là que le démocrate forcené devoit vendre, pour un chapeau, qui n’eut pas été à la O‘Connell, la popularité à laquelle il cherchoit à faire croire. Enfin on ne doit point perdre de vue que ce fut ce caméléon de parti qui établit cette distinction, fatale autant qu’injuste, entre le district de Montréal et celui de Québec ; se flattoit d’implanter une suprématie absurde et déplacée des uns sur les autres, prétendant que les Montréalistes devoient par leurs capacités incontestables dominer sur les Québecquois, et queles derniers n’étoient aptes qu’à recevoir la loi des premiers.
Celui qui vient ensuite du tricornificien que nous venons d’anatomiser est un arracheur de dents, journaliste par occasion, qui vendroit jusqu’à la conscience qu’il n’a jamais eue. Le docteur O‘CazLaëHan, dont le journal ne se soutient qu’à l’aide de subsides privés,et qui a l’esprit de se faire décerner deux cents louis par an, sans compter le prix de ses services parlementaires, a le plus grand intérêt à se liguer avec les aboyeurs cliquocrates ; car,
ils répandent partout que son papier exerce la plus grande influence sur les Irlandois et cette petite rouerie stimule les avances que les patriotes de bonne foi déboursent pour prolonger son existence. Ilest certain que : si l'on connoissoit combien les.enfans d'EriN méprisent cet apostat politique et PET on 224 roit mieux employer son argent. :
* Puis, arrive un avocat imberbe, qui fait son evpieutisnge législatif'en servant d’espion sous d'aussi dignes maîtres. Ovine Per- RAULT a tout ce qu’il faut pour le noble métier qu’il a embrassé: insolent en arrière, lâche en face ; ambitieux à l’intérieur, soumis à l'extérieur ; désintéressé en apparence, avide en réalité ; c’est, à la fois. l’empreinte.de l'astuce, le type de la cafarderie, le clichet de la convoitise. Admis chez notre ORATEUR, aux recommandations duquel:il doit son élection, il semble tout dévoué à sa personne ; tandis que, lorsqu'il revient au milieu des cabaleurs de la petite clique;\il dit, avec le sourire de la dérision :” j'ai vû le grand homme et voila: ce que j’ai pû saisir de ses desseins.” Il est d’autant plus essehtiel à son corps que, tout en aflectant de ne point voir le chef des patriotes, àl'faut bien accréditer auprès de lui un mouchard pour surprendre ses plans.
Autour de cette Trinité paradoxologue >se groupent tous les niais, les affamés, les spéculateurs et les intrigans, qui espèrent dans l’adoption de ces nouvelles Idoles. : Parmi les niais se remarque, un médecin boursouffié d’orgueil et dont la nullité est passée en proverbe ; ce propagateur .de la démocratie ne se fesoit pas scrupule de se donner pour le Baron VALLEE, pendant son séjour en France ; le moyen d’avouer qu’on a ouvert la portière. d’une voiture lorsqu’on peut en acheter une pour s’y carrer malgré sa passion pour l’égalité, il a adopté-une livrée, tout en plaisantant ceux qui en reçurent une de leurs ancêtres. C’est le caissier de la troupe, qui met quelques fois sa bourse à contribution ; ilest vrai qu’il y trouve son compte, car on le fait nom: mer Conseiller -de Villg.et.on l’appuie quand il veut faire destituer le capitaine de la Watdh:pour substituer l’un de ses propres frères! Au prémier rang des-affamés se distingue : Louis PERRAULT, imprimeur du Vindicator, l’homme affiche de la clique. Ce digne frère d’Ovine; non mojns tartuffe, non moins lâche et rempant,
on
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empoche sa bonne part des souscriptions patriotiques et compte sur la maladie de la Minerve, dont la succession lui est promise ; en attendant cet héritage, il l’écorne de son vivant autant qu'il peut, présumant qu’en multipliant les saignées il avancera l’entrée en possession du legs universel.
Nous pourrions continuer ces esquisses grotesques et la matière ne nous manqueroit pas si nous descendions jusqu’au fretin cliquocrate. Il faut cependant que tout ait des bornes et nous nous arrêterons ici. En terminant, nous devons plaindre ce petit nombre de jeunes gens qui sont assez simples pour s’imaginer que la petite clique est quelque chose et pour rechercher la bienveillance de ses membres ; qu’ils se désabusent, car, nos intrigans politiques sont trop affairés d’eux-mêmes pour songer nux autres ; il sont trop aristocrates pour élever à leur rang ceux qui n’ont point leur morgue ; ils s’estiment beaucoup trop et n’estiment point assez leurs jeunes compatriotes, q pti a grossiers et appellent pilliers de cabarets, pour les associer/à leurs grandes manœuvres ; l'amour: propre les domine aû point que nous le: avons entendu plus d’une fois dire : ‘ nous pouvons, à nous seuls, maitriser tout le pays et le ployer à notre volonté.”
Qu'on ne se berce point de l’idée que cette foible faction estime Mr. PariNEAU comme il devroit l'être; elle le jalouse, parcequ’elle sent qu’il ne peut l’estimer lui-même ; elle le louange en public, parcequ’elle sait que personne ne souffriroit qu’on le blimât ; elle le seconde en apparence et cherche à l’écraser-en réalité ; elle se sert de son nom, de son influence comme d’un drapeau à l’ombre duquel elle peut marcher à la victoire, parcequ’elle ne peut se dissimuler que, sans ‘un chef de cette renommée, elle retomberoit dans la poussière dontelle n’eut jamais dû sortir. Que: le : triomphe arrive ils seront les premiers à renverser un général qui leur porte ombrage et qu’ils détestent cordialement. On doit se rappeler que lorsque le Lord Ay£MER vint dans cette province, Mr. PaPiNEAU lui donna un-grand-dîner auquel LAFONTAINE et PERRAULT ne furent\point invités ; il falloit entendre alors les clameurs qu’ils poussoient pour ce qu’il appeloient ‘* une aristocratie insoutenable ;” il cherchèrent, après les erreurs du gouverneur AYLMER, à faire un reproche à Mr. Pari-
"NEAU de la civilité dont il avoit fait usage vis-à-vis de ce haut fonctionnaire. Un autre diner fut donné à un honorable personnage d’une des provinces d’en bas ; ce furent encore de nouvelles plaintes de la part de LAFONTAINE, PERRAULT et O‘CALLAGHAN qui n’y furent point conviés ; c’est au point qu’ils avoient résolu de se comporter grossièrement envers l’ORATEUR, lorsque, selon son usage, il les inviteroit pendant la session. N’y a-t-il pas de | quoi sourire de pitié au récit de toutes ces petitesses de la petite
clique !
C’est cette cabale diabolique qui a donné lieu aux bureaucrates d’appliquer le nom de Czique à l’universalité du parti populaire. | Ce sont ses membres qui détruisent et pervertissent tout, en proclamant partout qu’ils marchent d'accord avec l’homme le plus recommandable du pays, le seul chef digne de conduire la phalange réformatrice, l’hon L. J. ParINEAU. Si nous avions un conseil à hasarder vis-à-vis d’un aussi grand politique, nous l’engagerions à se défier de ces faux courtisans, qui tendent à détacher de lui tous ses amis, afin d’arriver au but qu’ils se proposent ; CELUI DE LE RENVERSER ; Mais nous présumons qu’il doit être en garde contre de semblables auxiliaires et qu’il doit bien apprécier la mesure de dévouement qu’ils lui portent.
Maintenant que nous avons porté à la lumière l’obscure clique qui depuis plusieurs années cherche à asseoir son empire sur le parti patriote, nous entrerons dans la narration des faits.
Mr. de Bleury, exerçant ses droits de député par ses concitoyens pour donner, avec liberté et indépendance, son avis sur les questions législatives et administratives de la province, se laissa emporter vis-à-vis de l’un de ses collègues, dans l’un des comités de la chambre, à quelques paroles, peut-être bien appropriées, mais assez en dehors des usages parlementaires. Ce collègue, dont la réputation n’étoit déjà que trop bien établie pour recevoir paisiblement de semblables camoufflets, fut poussé par quelques uns de ses amis, qui lui dirent qu’il ne pouvoit laisser passer de pareilles expressions, dlors qu’il se trouvoit revêtu de la tunique législative. Forcé de faire acte de virilité, il préfera choisir l’intermédiaire de ses poings pour recouvrer son honneur !.... C’est certainement une singulière manière de combattre pour un repré
sentant du peuple ; mais chacun a la sienne, et si celle-là n’est pas distinguée, du moins offre-t’elle moins de dangers que toute autre. Honteux, sans doute, de sa pensée et en craignant les suites, il n’ôsa la mettre à exécution en plein jour ni attaquer en face son antagoniste. Il attendit les ombres de la nuit, frappa par derrière et espèra, par un guet-à-pens, arriver avec impunité à la victoire. Mr. de Bleury se mit en défense et roula l’assaillant dant la boue qui devoit être son véritable élément. Lorsqu’il reconnut qu’il avoit eu affaire à un collègue, il eût encore assez de générosité pour lui offrir, malgré son indignité, les moyens de se réhabiliter dans l’opinion publique, en essayant un genre de combat plus digne d’un galant homme.
Ovine PERRAULT, ( car c’étoit lui qui venoit ainsi de se transformer en chétif bully) fut d’abord effrayé des conséquences de l’assaut qu’il s’étoit décidé à commettre. Il se rappela que, depuis qu’il était au monde, il avoit toujours vécu dans l’aversion la plus complette pour l’odeur de la poudre ; qu’il avoit tout mis en usage pour se soustraire aux affaires d’honneur ; qu’il avoit poussé la prudence jusqu’à dénier ses propres écrits et permettre que
Mr. Revans se battit pour lui, dans certaine occasion, sans doute
afin de conserver au Canada les précieux jours d’un législateur en expectative? Il y avoit de quoi perdre la tête! mais on ne pouvoit cependant guère reculer. Après avoir fait agir tous les ressorts qui étoient à sa disposition, il se décida à se rendre sur ie terrein, rassuré par les promesses d'intervention de ses amis. L’intrigue fut bien conduite pour arriver au but qu’on se proposoit et pour laisser tous les honneurs de la bravoure au héros qu’on entendoit introniser à l’esprit chevaleresque. Un ordre d’un Magistrat de Québec, expédié par l’entremise d’un bailli, vint d’abord porter obstacle au départ de Mr. de Bleury ; celui-ci esquiva fort adroitement l’entrave et se trouva sur le champ de bataille aussitôt le nouveau Bayard, qui n’étoit ni sans peur ni sans reproches. Plusieurs membres du parlement s’étoient joints au second d’Ovipe, contre toute règle et pudeur; parmi eux figuroit le fameux docteur O‘CaLLAGHAN, qui, ayant déj” reçu des coups de fouet, comme écrivain, pensoit qu’on pouvoit donner des coups de poings à ses collègues, sans pour cela en
venir aux extrémités. On entoura Mr. de Bleury, on chercha à l’attendrir sur le sort d’un patriote qui pouvoit mourir de la main d’un patriote, on attaqua la générosité de son âme en lui criant : &e c’est donc du sang que vous voulez ! ! !....,”? et celui-ci finit par céder aux obsessions,
A peine cette affaire fut-elle appaisée que le petit PERRAULT se grandit de six pieds et qu’on chercha à tirer parti du courage extraordinaire qu’il avoit montré à consentir à venir sur le terrein, même avec certitude qu’il ne s’y passeroit rien de contraire à son aversion bien prononcée pour ces sortes de rencontres.
Chacun connoit la polémique qui eut lieu au sujet de ce simulacre de duel, les ovations que les amis du Perroquet cherchèrent à lui procurer, les différentes explications et les démentis qui furent donnés par les seconds. Tout cela n’exercera aucune influence sur nos convictions ; parceque nous avons été à même de prendre des renseignemens exacts, que nous avons suivi l'affaire, que nous avons vu les affidavit qui sont entre les mains de Mr. de Bleury, et que nous pouvons dire hardiment : Ovine PERRAULT et les siens furent de lâches fanfarons. Si Mr. de Bleury fut conseillé par ses amis de ne point réveiller l’affaire avec son adversaire, alors qu’on tentoit de la faire passer pour douteuse, que celui-ci ne compte point cependant sur l'impunité d’une seconde rencontre, car il n’est pas plus invulnérable qu’un autre; il n’aura pas toujours des amis pour s’interposer entre une insulte et le préjugé qui veut du sang pour la laver.
Quelque temps après, Mr. de Bleury, envisageant l’intérêt du pays et sa prospérité d’une autre manière que celle de certains hommes qui professent les opinions patriotes, se rangea parmi les patriotes qui vouloient obtenir les réformes par des voies légales et soulager la pénurie générale, produite par le défaut de circulation des deniers publics qui restent dans les caisses. Il fut du nombre de cette minorité qui émit l'opinion de voter les subsides, tout en protestant de leur persistance dans la réforme et de leur attachement aux 92 résolutions.
Pour bien apprécier si Mr. de Bleury eut tort ou raison dans cette circonstance, il s’agit d'examiner quelle étoit sa position, quels furent ses motifs,et quelles suites peuvent avoir les opinions contraires.
Le système représentatif est uue fiction qui associe le peuple au gouvernement et qui donne aux masses une portion de la souveraine puissance. Si le peuple étoit effectivément appelé à pratiquer personnellement le pouvoir qui lui-est dévolu dans la législation et l’admistration du pays, l’exercice de ses droits ne présenteroit aucune irrésolution. . Mais ce n’est pas par lui-même que le peuple dicte ses volontés dans un état constitutionnel ; c’est par l’organe de ses représentans, et cette condition jette l’intermédiaire obligé dans une involution inextricable, dont il ne peut sortir qu’en suivant les impuisions de sa propre conscience. C’est dans ce sens que J.J. Rousseau a dit : “ le peuple anglais croitêtre libre ; il se trompe fort. Ilne l’est que durant lélection des membres du parlement ; sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. (Contrat Social, liv. (II. Chap. 15.) En effet, le peuple anglais, comme tous les peuples soumis au système représentatif, n’ayant le droit d’exprimer ses résolutions que par la bouche de ses représentans, sc dépouille de sa puissance en faveur du mandataire qu’il nomme, et celui-ci/seul devient l'arbitre de son sort. Telles promesses qu’il ait pû faire pour obtenir cette immense marque de confiance, il est le juge de l'interprétation qu’il doit leur donner ; car il se trouve placé, très souvent, dans des circonstances que n’a pû prévoir son mandat. Le peuple est exactement dans la situation d’un homme qui, ayant de grandes affaires d’intérêts à conduire, cherche, parmi les membres du barreau, un avocat à réputation dans lequel il puisse placer sa confiance. Lorsqu'il a fixé son choix, il s’en remet entièrement sur la prudence et les talens du jurisconsulte pour la direction de ses causes, et il attend,avec résignation, le succès de ses efforts. Dans les procédures ordinaires le client ne peut guider son défenseur, car les résolutions à prendre dépendent presque toujours des différentes phâses du procès. Dans la législature, également, l'électeur ne peut dicter à son représentant une marche invariable ; s’il n’en étoit pas ainsi, il risqueroit souvent de mettre ses propres droits en périls, car des événemens imprévus peuvent renverser les prévisions les mieux conçues ct rendre fatal au bien de tous ce qu’on auroit pensé prospère à l'intérêt général. C’est sous ce point de vue qu’il est licite, qu’il doit être permis au dé-
puté de s’écarter quelques fois de la route qui lui fut tracée. S'il le fait par mauvaise foi, dans la vue d’un avantage personnel, ou … par corruption, il est coupable et le mépris de ses constituants doit le frapper ; mais s’il n’a puisé sa résolution que dans ses convictions, s’il a agi en conscience, s’il a crû remplir strictement son mandat, il ne peut être blamé, quand bien même il se seroit trompé lourdement, car l'erreur n’est pas un crime.
Les faiseurs de théories gouvernementales mettent toujours en avant la souveraineté du peuple ; mais ils se gardent bien d’en examiner la nature et d’en déterminer l’étendue, parcequ’ils se réservent d’interprêter cette puissances à leur gré. (Cependant, Pexcès dans tout est dangereux, et si l’on attribuoit à cette souveraineté une latitude qu’elle ne doit pas avoir, la liberté pourroit être perdue, malgré ce principe, ou par ce principe même. BeEx- JAMIN-ConsTanT, dont l’autorité ne sauroit être suspecte, alors qu’il s’agit de doctrines libérales, dit : ‘“ Lorsqu’on établit que la souveraineté du peuple est illimitée, ou créé et l’on jete au hasard, dans la société humaine, un dégré de pouvoir trop grand par lui-même, et qui est un mal, en quelques mains qu’on le place. Confiez-le à un seul, à plusieurs, à tous, vous le trouverez également un mal. Vous vous en prendrez aux dépositaires de ce pouvoir, et, suivant les circonstances, vous accuserez tour-à-tour la monarchie, l’aristocratie, la démocratie, les gouvernemens mixtes, le système représentatif. Vous aurez tort; c’est le dégré de force, et non les dépositaires de cette force qu’il faut accuser ; c’est contre l’arme et non contre le bras qu’il faut sévir ; il y a des masses trop pesantes pour la main des hommes. L'erreur de ceux qui, de bonne foi, dans leur amour de la liberté, ont accordé à la souveraineté du peuple un pouvoir sans bornes, vient de la manière dont se sont formées leurs idées en politique. Ils ont vû dans l’histoire, un petit nombre d'hommes ou même un seul, en possession d’un pouvoir immense qui fesoit beaucoup de mal; mais leur courroux s’est dirigé contre les possesseurs du pouvoir et non contre le pouvoir même. AU LIEU DE DETRUIRE, ILS N’ONT SONGE QU'A DEPLACER ! c’étoit un fléau, ils l’ont considéré comme une conquête. Ils en ont doté la société entière. Il a passé forcément d’elle à la majorité ct de la majorité entre les
mains de quelques hommes, souvent dans une seule main. Ila fait tout autant de mal qu'auparavant, et les exemples, les objections, les argumens et les faits se sont multipliés contre toutes les institutions politiques.”
La souveraineté du peuple doit nécessairement subir les modifications auxquelles tous les autres genres de souveraineté peuvent être assujéttis. Les circonstances, la politique, la prudence, la prospérité commune, sont autant de corollaires qui démontrent les restrictions obligées que con. sorte cette puissance. Ce principe est de droit bien plus étroit, quand les pouvoirs du peuple s’exercent par des mandataires ; car, dès que la volonté générale pourroit tout, les représentans de cette volonté générale seroient d’autant plus redoutables qu’ils ne se diroient qu’instrumens dociles de cette volonté prétendue, et qu’ils auroient en main les moyens de force ou de séductions nécessaires pour en assurer la manifestation dans le sens qui leur convient. Ce qu’aucun tyran n’ôseroit faire en son propre nom, ceux-ci le légitimeroient par l'étendue sans bornes de l’autorité sociale. L’agrandissement d’attributions dont ils auroient besoin, ils le demanderoient au propriétaire de cette autorité, au peuple, dont la toute-puissance ne seroit là que pour justifier leurs empiétemens. Les lois les plus injustes, les institutions les plus oppressives deviendroient obligatoires comme l’expression de la volonté générale! Mira- BEAU n’avait pas tort lorsqu’il s’écrioit : ‘* Oui, je le déclare, je ne connois rien de plus terrible que l’aristocratie de six cents personnes, qui, demain pourroient se rendre inamovibles, aprèsdemain héréditaires, et qui finiroient, comme les aristocraies de tous les pays du monde, par tout envahir !”
D’après ces doctrines, dont personne ne pourra révoquer en doute la sagesse et la solidité, il doit être donc admis : lo. que la souveraineté du peuple ne sauroit être immuable dans son exercice, par conséquent que ses volontés, exprimées sur un point, sont susceptibles des modifications réclamées par les circonstances. 20. que le peuple ne sauroit prescrire à ses Mandataires une conduite irrévocable, car il leurs hieroit les bras et les rendroit incapables de promouvoir le bien public. 30. que c’est à la prudence du député choisi qu'est entièrement remis l’excr-
cice de son mandat, et que, lorsqu'il en a usé’en bon père de famille, il a fait humainement tout ce que ses concitoyens peuvent exiger. Ç
C’est imbu de ces principes tutélaires que}Mr. de Bleury'a”pris sa détermination dans le vôte des subsides, et il demeure encore certain que, sans les intrigues qui furent mises en jeu auprès de ses constituans, pas un d’eux n’eut pris part aux résolutions qui furent passées contre lui ; bien mieux, tous l’applaudiroient, car il n’a pas cessé un seul instant de mériter leur confiance, il n’a pas une seule minute déserté la cause patriote, et il peut encore défier hautement ses détracteurs d’avoir coopéré autant que lui au bonheur du pays.
Depuis bien des années le Bas-Canada labouroit sous les abus les plus criants et demandoit en vain le redressement de griefs, dont tout justifioit l’insupportable persévérance. La minorité,qui avoit eu le courage de dénoncer cet état de chose, avoit fini par devenir une majorité imposante, et, fatiguée de réclamer sans succès, elle s’étoit déterminée à refuser les subsides nécessaires au gouvernement pour assurer son administration. De semblables résolutions ne s’exécutent point sans cependant produire presque autant de mal sur le peuple que sur les créatures du pouvoir ; car le défaut de circulation des espèces s’étend sur la communauté en général en privant le commerce et l’industrie des encouragemens dont il ont besoin. C'était une cruelle alternative ; de deux maux il avoit fallu choisir le moindre, et le seul espoir de salut consistoit à espérer que le gouvernement de la métropole, finissant par se convaincre de la justice des plaintes des canadiens, se hâteroit d’apporter le remède qu’il avoit en mains. Trois années s’étoient écoulées dans cette cruelle perplexité, lorsque, tout-à-coup, la lumière parût éclairer les gouvernants et l’espoit d’une conciliation vint luire aux yeux des amis du pays. L’ancien gouverneur fut rappelé, ct c’étoit déjà un pas vers le mieux, car sa présence étoit considérée par tous comme un obstacle insurmontable à un rapprochement. Le nouveau gouverneur arrivoit sous les auspices les plus favorables ; il étoit connu comme un Whig incorruptible, comme ayant eu l’occasion d'étudier les Tories d'Irlande et parconséquent de se pénétrer de ambition
insatiable de cette secte dangereuse ; il étoit l’ami du roi populaire des enfans d’Erin, du grand Daniez O‘ConneLc, et c’étoit un titre de recommandation que pas un patriote ne devoit oublier.
Dès les premiers pas que le Lorp Gosronp fit sur le sol Canadien, il marqua une déférence sérieuse aux désirs de la majorité ; déférence qui devoit lui gagner tous les cœurs. Des plaintes avoient été justement proférées sur l’esprit d’opposition de la majorité des conseillers administratifs et, comme il dépendoit du gouverneur de prendre ou non l'avis de ces conseillers, il cessa de les appeler à l’examen des affaires. Il s’empressa de faire l’accueil le plus bienveillant à tous les hommes réputés les plus fervents dans les voies de la réforme, et cette conduite excita la haine du parti opposé. Son discours d’ouverture du parlement, quaiqu’on ait cherché à en dire, est un chef-d'œuvre de prudence, de fermeté, de sagesse et prévisions réformatrices ; on s’en convaincra facilement en relisant les déclamations virulentes que les journaux Tories firent sur cette harangue. Il se fit un scrupule constant de fournir à la législature tous les documens que sa position lui permettoit de communiquer et, en cela, il mit encore une énorme distance avec les procédés usités par son prédécesseur. Un office de judicature vint à vaquer et ce fut un patriote qui l’obtint ; ce füt le propre père des 92 résolutions, qui avaient tant excité la colère des ennemis populaires. Il accéda sans observations au payement des contingens réclamés par la chambre, contingens dont le refus fut cause du manque de session au dernier parlement ; il poussa le scrupule si loin, à cet égard que, même après le refus des subsides, il n’hésita point à faire encore payer les contingens de la session de 1835 à 1836.
Tout cela n’annonçoit-il point l’aurore d’un beau jour, et devoit-on reculer à songer à la possibilité d’une réconciliation ?..…. Les premières avances avoient été faites par l’autorité administrative, il ne s’agissoit plus que de l’engager à persévérer dans la voie des améliorations. Nous irons plus loin : nous supposerons que cette conduite ne fut point sincère, qu’une arrière pensée présidoit à toutes ces concessions, que le gouverneur ne cherchoit qu’à encercler la représentation nationale pour obtenir les subsides et la décevoir ensuite ; encore étoit-il prudent d’essuyer une.
Dedusd
semblable duplicité avant de la présumer ; encore étoit-il politique de ne fourir, au pouvoir administratif, aucune raison plausible de justifier une trahison.
C’est dans telles circonstances que les mandataires du peuple se trouvoient placés au moment du vote des subsides. Un grand nombre d’entre eux, gens dont on ne peut soupçonner les sentimens de respect vis-à-vis de leurs mandants, le dévouement aux principes démocratiques, la persistance dans les 92 résolutions, Pamour envers le pays, se trouvèrent ébranlés par des précèdens aussi significatifs ; ils songèrent qu’on ne pouvoit raisonnablement exiger que l’exécutif, qui est un pouvoir égal aux autres, fit seul les avances ; qu’il existoit des griefs dont il ne pouvoit actuellement faire disparoitre les traces, puisque leur appréciation dépendoit du Parlement britannique, devant lequel les requêtes avoient été présentées ; qu’enfin il étoit intéressant de faire sortir £140,000 des coffres, afin que, se répandant dans la province, ils y apportassent une prospérité longtemps désirée.
‘Nous ne ferons point ici le procès de ceux qui pensèrent autrement, car personne, plus que nous, ne respecte la liberté des opinions; seulement, nous aurions désiré quetout le monde eûteu ce sage scrupule ; notre tâche alors eut été de beaucoup diminuée ; nous n’eussions eû à répondre qu’à un aventurier, qu’à des caméléons politiques, et nous nous fussions renfermés dans les faits propres à les dénoncer au bon-sens public. Sans doute que d’autres motifs pouvoient prévaloir ; reste à savoir s’ils étoient aussi puissans que ceux qui guidèrent la minorité, et, quand ce probléme nous sera démontré, il n’en demeurera pas moins constant que la minorité, comme la majorité, a agi avec conscience, qu’ainsi le blâme ou les reproches deviennent une injuste opression.
* La majorité se fondoit d’abord sur les 92 résolutions et, tout en en interprétant l’esprit dans son sens, elle en tortura la lettre. Peut-elle faire un crime à la minorité d’avoir suivi ses traces ? Non, elle ne s’est pas rendu coupable d’une abbération aussi palpable de Pesprit humain et, ce qui doit éclairer tous les hommes
impartiaux, C’est que ni Mr. Papineau, ni les autres membres in-'
fluens du parlement, ne s’abaissèrent jusqu’à prendre part aux
itie
Ed
manœuvres dirigées contre la minorité et de préférence contre Mr. de Bleury ; elles sont toutes le fait d’intrigans politiques et la honte n’en doit retomber que sur eux.
Les 92 résolutions disposoient qu’il ne seroit accordé aucun subsides que sous des conditions posées en principes ; ceux qui votoient pour accorder 6 mois de subsides mutiloient ces invariables résolutions, tout aussi bien que ceux qui demandoient les subsides entiers ; c’étoit du plus au moins ; mais ce n’en étoit pas moins une atteinte formelle à la loi sainte. On a eu beau sasser et resasser la question, on n’a fait que tourner autour d’un dilemme dont la conclusion est toujours la même.
On a dit aussi, pour justifier les sentimens de la majorité : que
la publication des instructionsdonnées au gouverneur devoit chan-
ger les dispositions bienveillantes des mandataires du. peuple. Mais cette assertion ne détruiroit pas encore les opinions de la minorité ; car le Lord Gosford, en communiquant ces instructions au parlement, avait dit : “ qu’elles ne changeoient rien à l'interprétation qu’il leur avoit données et à chacune des déclarations qu’il avoit faites lorsqu’il avoit rencontré pour la première fois la législature de la province.” Après une semblable expression,ne devoit-on pas supposer que rien ne.viendroit troubler l’harmonie qui s’étoit établi entre l’exécutif et le représentatif? S’il en étoit autrement, il faudroit dilacérer le cœur humain et ne plus croire à la possibilité de la conscience parmi les hommes. Nous avouons, pour notre part, que nous ne voudrions point admettre une semblable prévision, car nous craindrions qu’on ne nous crut capable d’un tel excès de fourberie.
Mais, n’y avoit-il pas un autre résultât à craindre dans le merche adoptée par la majorité, et cette alternative ne suffisoit-elle point pour justifier la minorité ? On avoit tout à espérer des sympathies du Lord Gosford avec la cause de la réforme ; du moins les recommandations d’O‘Connell le fesoient présumer. -Ona beau dire, ce n’est pas des représentations adressées à la métropole qu’on doit attendre la suppression des griefs, car ces plaintes sont contrebalancées par d’autres qui leur sont toutes contraires, et chacun des partis réclame le bon droit. C’est aux renseignemens fournis par l’envoyé royal que le monarque et ses ministres
Pam mem mo ed
se fient d'avantage, et le Ministère Britannique, n’ayant d’exis-
tance que par le levier d’une majorité dans le parlement impérial,
les membres de ce corps, que nous avons constitués nos juges,
prêteront plus d’attention aux rapports des ministres qu’à nos
plaintes réitérées. Falloit-il alliéner le cœur d’un administrateur,
dont la bienveillance étoit acquise au pays, en lui refusant notre
confiance ; falloit-il lui donner à penser que les mandataires du
peuple canadien n’entendoient aucune concesssions avec le pou-
voir ?... Cela se concevroit, si ces mandataires avoient derrière
eux tout un peuple prêt à se lever comme un homme ; mais ce “|
n’est point ici le cas. Eh! quand bien même une aveugle colère
populaire menaceroit d’envahir le pays, ne seroit-il pas encore du
devoir des conseillers du peuple d’épuiser tous les moyens, avant
de précipiter leurs clients dans l’horreur des révolutions ? j Fasse le ciel que l’avenir ne vienne point déssiller les yeux de b
la majorité en déployant, de la part du gouvernement, une sévé-
rité qu’on pouvoit éviter. Nous savons que le remède à tous les
maux est une résistance désespérée ; mais nous savons aussi que
ce remède entraine à sa suite les fléaux les plus désastreux, et e
nous sommes bien aises que notre ami,le membre du comté de
Richelieu, n’ait pas un jour à s’entendre reprocher d’avoir provo-
qué de semblables événemens. Loin de nous l’idée de faire
préssentir à nos compatriotes une époque de calamité ou de les
pervertir par l’arme fantastique de la peur! Nous ne sommes point
de ces âmes qui poussent aux troubles pour fuir le danger et re-
venir ensuite profiter du sang de milliers de concitoyens ; nous ne
sommes pas de ces êtres qui parlent sans cesse de combats, afin
d’y exciter les autres, et seroient les premier à se mettre à couvert
aux jours du danger. Si jamais la patrie se trouvoit en péril, elle
nous trouveroit aux premiers rangs de ses défenseurs, elle pour-
roit peut-être nous compter au nombre de ses martyrs ; mais,
plus nous sommes forts de la conscience de notre courage, plus
nous devons chercher à ne point prostituer une noble cause, plus
nous avons droit de proscrire les provocations inutiles, plus nous
sommes aptes à réclamer des nôtres, la prudence qui assure la
victoire, ou du moins qui la rend légitime. L Nous avons été entrainés dans une longue digression qui s’é-