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tarte peut-être de notre sujet principal ; mais nous avions à cœur de disculper, s'il en étoit nécessaire, Mr. de Bleury sur son vote des subsides et nous l’avons fait avec d’autant plus de scrupules que sa justification devient celle de beaucoup d’hommes que le pays doit encore reconnoitre pour patriotes. Les Canon, les Vanrezson, les Huor etc., sont toujours dignes de l’estime populaire et nous nous flattons d’avoir été, dans cette circonstance. les organes de la saine majorité des habitans de là province, Lorsqu'on réfléchira que tous ces réformateurs ont constamment votés pour toutes les mesures proposées par la majorité patriote, on se convaincra que leur opposition, dans la question des subsides, devoit être le résultat des plus mûres réfléxions et d’une conviction puissante.
Il faut en revenir maintenant à ce qui regarde personnellement Mr. de Bleury et aux persécutions ridicules, pour ne point dire infâmes, dont son vote devint le prétexte.
La petite clique, dont fait partie l’éllustre Perrault, s’empara dé ce fait et chercha à l’exploiter. Les habitudes de Mr. de Bleury n’étoient point de nature à obtenir l’approbation de cette série d’ambitieux qui se disputent l’expectative des places et des honneurs : étranger aux brigues, possédant des goûts de paix domestique, choisissant ses sociétés, ne fréquentant point les lieux de dissipation, appréciant les hommes ce qu’il peuvent valoir et méprisant les intrigants, il avoit cent fois plus de qualités qu’il n’en falloit pour s’attirer la haine de ces cabaleurs. La petite clique
. étoit parvenue à entrainer dans ses erreurs, un patriote de bonne
foi, qui longtemps méprisa hautement cette coterie; mais qui s’étoit laissé persuader que son appui deviendroit un titre glorieux aux hommages populaires ; celui-ci donna tête baissée dans les filets qu’on lui tendoit et son bon sens naturel chevaucha, emporté par le flux d’un libéralisme véritablement illibéral ; c’est du moins la seule manière favorable d’envisager la coopération de Mr. E. E. Ropier dans cette inconcevable machination, et les motifs qui le firent se prononcer contre un collègue avec lequel il n’avoit eu que de relations amicales. 1Îl est à déplorer que l'esprit de politique aussi mal entendu ait conduit un homme du caractère de Mr, Rodier à déserter;, tout-à-coup, les liens de
confraternité, ainsi que cette impartialité proverbiale qui lui avoit acquise l'estime de tous les partis. Il faut dire aussi que chaque mortel a son talon d'Achille et que celui de Mr. Ronier ne présente pas moins de surface qu’un autre. Sa marotte est de se proclamer peuple et cette prétention, chez lui, est dégénérée en idée fixe. Il a poussé cette monomanie si loin, qu’il ne s’apperçoit point qu’il ne l’a adoptée, que pour s’élever au-dessus de celui avec Jequel il croit naïvement se confondre ; le titre d'homme du peuple ne le flatteroit pas autant, s’il comportoit moins de popularité et s’il ne lui procurait une louangeuse renommée qui le distingue encore des autres. Doué d’une facilité heureuse, il peut devenir quelque chose de remarquable ; mais ses succès, au lieu de le stimuler, l’encerclent dans une’ douce confiance en lui même. Ii est descendu, sans s’en douter, jusqu’à la décevante insousciance du joyeux Barbier de Séville, qui fait une dissertation si judicieuse pour se convaincre si : ‘‘ le vin et la paresse se disputent, ou se partagent son cœur.” Nous sommes loin de douter que, lorsqu’il le voudra, Mr. Ronier ne soit à même de justifier l’espoir de sos vrais amis, en reprenant son essort vers les solides doctrines de l’homme politique ; mais nous sommes réduits à désirer vivement que cette bonne volonté s’établisse en son esprit,et nous croirions avoir rendu un service essentiel au pays, si nos amères critiques contribuoient à lui restituer, dans toute sa pureté d'indépendance, un défenseur qui n’est pas à dédaigner. Tel que nous représentons Mr. Ronier, et tel qu’il est en effet, ce devoit-être une cire molle, facile à modeler, sous les doigts de ceux quicomptoient sa popularitécomme un excellent appas pour augmenter leurs forces de son cercle d’admirateurs. Attendons que le prisme soit retiré et nous verrons ce que dira Mr. Rodier, de la société dans laquelle il est entré.
Dans tous les pays du monde on rencontre quelques uns de ces aventuriers, de ces vauriens, rejettés des sociétés paisibles, qui sont prêts à se livrer à toutes les influences, pourvû qu’ils en retirent ou qu’ils en espèrent un avantage personnel. Cet homme se.trouvoit justemeut dans notre province. N’ayant rien de françois, il pouvoit dire, jusqu’à satiété, (comme il se complaisoit à le repêter lui-même), “ point d'argent point de Suisse.”
S'étant offert tour à tour aux constitutionnels et aux patriotes, il étoit resté aux derniers, repoussé par les premiers. La phalange patriotique le méprisoit elle-même ; mais, comme il prenoit soin de vanter son courage et son utilité, quelques lächès et quelques inutiles le tenoient en réserve pour les grandes manœuvres.
Amury Ginon, (tel est le nom de notre aventurier), étoit venu dans ce pays pour y chercher une fortune qu’il avoit vainement sollicitée dans des contrées plus éclairées ; il possédoit assez mauvaise opinion de nos compatriotes et assez bonne de lui même, pour espérer qu’il parviendroit à les séduire et à fonder son avenir sur leur bonhomie. Nous qui connoissons nos braves habitans, nous pouvons détruire ici l’espoir de ce réptile ovipare : qu’il regarde autour de lui, il verra le sourire du mépris sur toutes les lèvres; et il se convaincra, qu’en Canada, il faut autre chose que de l’agüace pour réussir. Nouveau G41-Blas, il a essayé de tous les services : d’abord, obscure et mauvais maitre d’école, il chercha bientôt a entrainer dans une spéculation fatale, l’un de nos compatriotes de Québec, auquel il persuada qu’il possédoit des connoissances propres à l'établissement d’une ferme modèle ; vint ensuite lé projet d’une école d'arts et métiers, celui d’une institution agricole, et une infinité d’autres, toujours imprriticables par l'incapacité du Suisse ; il se seroit rabattu jusqu’au plus chétif emploi dans la bureaucratie, si le gouvernement eût consenti à lui en donner un, et maintenant il se montreroit pétillant constitutionnel pour monter en grade : tacticien, chimiste, géomêtre, mécanicien, physicien, mathématicien, économiste, agrônomé, politique, diplomate, législateur, jurisconsulte, littérateur, copiste, il sait tout, si l’on l’en croit, et n’est propre à rien, si l’on le met à l'épreuve: Le hazard le tira des doigts crochus de la misère, au moyen d’un mariage, qu’il contracta contre le gré des parents de celle qu’il prit pour compagne! Cette union, si on peut l’appeler ainsi, le mit en possession d’une terre, appartenante à sa femme ; mais il paroît que tous ses talens agronomistes ne purent, jusqu’à présent, lui procurer une seule récolte !
Le titre fictif de propriétaire le mit cependant en évidence, et il dirigea ses batteries contre la classe si candide de nos habitans. Il parvint à se faire désigner comme représentant à la convention
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et il se faufila encore plus, à force de bassesses, parmi les intrigants qui formoient la petite clique de cette défunte institution.
: C’étoit lui qui se vantoit d’avoir donné l’élan au mouvement sur
les banques, lors des élections de 1834, et il compta un instant que ces services lui donneroient un crédit d’escompte auprès de la nouvelle Banque Du Peupze. Il y a des gens qui prétendent que, désabusé sur ce chapitre, il ne chanta pas toujours les louanges de cet établissement. Il se flattoit encore d’être parvenu à discréditer le projet de la Banque TERRITORIALE, formée par lhon. Debartzch. : La manie d'écrire qui travaille cet homme, et le besoin d'établir lui:même sa réputation, à défaut de personnes assez charitables ou assez impudentes pour se charger de cette mission difiicile, le porta à faire différentes communications dans les journaux patriotes ; ils souscrivoit ses écrits du pseudonyme de Jean Paul, laboureur, pour se mettre en parallèle, au moins de bien loin, avec le fameux publiciste français, COURRIER ; mais, trouvant ce mode encore trop lent pour son ardente soif de renommée, il imagina un journal manuscrit, intitulé /a Pandore, dont il mendie l’insertion dans la Minerve et l'Echo du Pays, quand ces feuilles manquent de matières intéressantes, ce qui arrive souvent.
Ce Suisse devenoit un digne mercenaire pour la petite clique dans la belliqueuse campagne qu’elle se proposoit de faire contre Mr. de Bleury. C’étoit un homme à tout faire, comme il lui en falloit. Cette alliance n’étonnera guère ceux qui connoissent les membres de cette ridicule coterie, vantant réciproquement chacun de ses sociétaires, dans les colonnes de la JWinerve qui lui sont actuellement ouvertes, et certaine de la réciprocité dans les pages du Vindicator, dont l’éditeur est certainement : Dignus est intrare, in nostro corpore. Mais ce qui est difficile à concevoir, c’est l'engouement dont Mr. E. E. Rodier consentit à se laisser ostensiblement affubler vis-à-vis du versatile Suisse : cela paroitra bien extraordinaire à ceux qui, par goût ou par désœuvrement, parcourent les lieux publics et qui se rappellent d’une scène passée au Café Français, dans laquelle Mr. E. E. Rodier souspoudra son ami actuel d’épithètes tout-à-fait flétrissantes et voulut même lui expédier un certificat d’immoralité pour un autre monde. O tempora ! O mores!
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i- On savait que Mr. de Bleury différoit d’opinion avec quelques n. uns de ses collègues sur le vote des subsides, aussi fut-on attentif ar au discours qu’il prononceroit à ce sujet. Ce discours eût.le nt malheur d’être assez patriote pour qu’on ne puisse révoquer en le doute les sentimens de persévérance de son auteur, et assez bien : nt , « raisonné pour produire quelques sensations. La petite clique n- s’émut péniblement, car : ‘ nul n’a de mérite qu’elle est ‘ses à ‘amis !” Jean Paul, ou plutôt le Suisse Girop, qui se trouvoit dans ar | les galeries, (car il avoit eu l’art de se faire appeier à Québec afin et in d’y ronger quelques os des contingens prélevés sur le peuple par es ses défenseurs), commença son rôle par murmurer pendant l’oraite son du député du comté de Richelieu, et par applaudir au triomns UE) phe de la foible majorité. N’était-il pas essentiel de faire croire ne que le peuple se mêloit de quelque chose ? ns Le moment parüt opportun pour venger l’Ovide canadien du 18, peu de succès obtenu par son insolite montre de courage ; car le re- public sembloit être d’uneincrédulité désespérante sur cet article. re, Mr. de Bleury avoit, en outre, quelque chose qui devoit grouper 8, | autour de ses ennemis de nouveaux auxiliaires : il avoit assez ui | estimé les obligations que lui imposoient ses devoirs profession-
nels pour prendre la cause de Mr. LeBcanc DE Marconnay, e ex-éditeur de la Minerve, dans la poursuite qu’il s’étoit vu cone traint d’exercer contre l’imprimeur de ce journal, le sieur Luncer n Duovernay, afin d’obtenir payement d’une année de salaire. Les es ' patriotes de la trempe de la clique, à ce qu’il paroit, aiment bien n
à occuer les gens, mais n’entendent guère les payer. Cette cir- V constance. devenoit un crime aux yeux de la petite clique, car elle aussi détestoit cet éditeur, qui n’avoit pas voulu se dégrader } jusqu’à devenir l'instrument aveugle de ses fureurs, et qui avoit t ôsé écrire, dans le numéro du 22 octobre 1835, ‘ qu’il auroit le - courage de démasquer les intrigants politiques.” Le patronage de Mr. de Bleury devenoit un grand délit à l’imagination étroite , de l’imprimeur de la Minerve, qui probablement vouloit que personne ne se chargeât de la défense d’un étranger. La Minerve, en conséquence, se trouvoit très disposée à servir les trames de
Mais, puisque nous en sommes sur la Vinerve, il ne sera pas
inutile, avant d’aller plus loin, de nous appesantir sur son lourd propriétaire. Lupcer DuverNay est peut-être l'individu le plus sot, comme le plus isolément confiant en son mérite personnel, qui existe dans l’Amérique-Britannique. Ouvrier des plus ordinaires, le patronage et les sacrifices de quelques patriotes lui mirent une imprimerie en main. À peine se vit-il au dessus de la sphère où ses connoissances pratiques pouvoient Péléver, qu’il s’imagina être bâti pour quelque chose de plus et s’engoua de son propre personnage. Une conduite active et réservée eût pu justifier. autant qu’assurer sa prospérité ; il aima mieux singer le gentleman et se livrer à la dissipation; on ne lui en feroit aucun reproche si ce travers n’atteignoit que lui, et s’il ne déshonoroit le pays, en décevant tous ceux qui comptent sur son exactitude transactionnelle. Ses espérances de prospérité n’étoient point un rêve; longtemps il fut l’imprimeur le plus occupé de Montréal et, s’il eût eu le bon esprit de profiter du bon vent, l’existence future de sa famille ne seroit pas aujourd’hui le plus triste des problèmes. Notre compagnon typographe décrassé, dédaigna le composteur et la surveillance de son établissement, pour lancer sa .carrure dans les intrigues politiques ; là, il ne fut pas plus heureux qu’ailleurs, car on le joua, on le berna, avec une facilité toute particulière ; sans compter ce qu’on le jouera et ce qu’on le bernera encore. N’ayant pû être admis dans l'intimité des premiers du pays, il s’est constitué le très humble serviteur de la petite clique, qui s’en sert, parceque son journal est un moyen de publicité que nos habitans croient émaner de beaucoup plus haut. Le hazard est venu donner à ce bœuf, cherchant à imiter la grâce instinctive de l’éléphant, une célébrité qu’il n’a pas manqué de faire mousser de tous côtés. Un article inséré dans sa feuille, et dont l’auteur devoit rester inconnu, lui vallut une persécution de la part du Conseil Législatif et, comme la même mesure atteignit aussi Mr. Tracey, écrivain patriote du plus grand mérite, les ovations qui furent faites à ce dernier durent naturellement ricocher sur son compagnon d’infortune. Luce, qui avoit passé son temps à boire du champagne et à se gorger dans la prison, aux dépends du trésor de la province, partagea les honneurs du triomphe et de la médaille décernés par ses concitoyens à Mr. Tracey.