‹ La petite comtesse (volume 2)Chapitre 7 sur 14 · LA FEMME PROPOSE, ET DIEU DISPOSE · texte numérisé non relu

LA FEMME PROPOSE, ET DIEU DISPOSE

Dans cette soirée où la marquise Onesta Giustianiani dirigeait contre le cœur de Michel Gritti une attaque dont le succès répondait mal à son attente ^

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elle obtenait d'un autre côté un triomphe que, sans doute, elle ne soupçonnait pas. Comme Luca et don José, revenant de chez cette dame, montaient silencieusement l'escalier du palais Dolci, Luca, qui avait détaché avec distraction son poignard de sa chaînette d'or, l'ôta brusquement de sa gatne, et l'enfonça jusqu'à la garde dans un des blasons de famille qui étaient appendus à la muraille, et qui représentaient une abeille piquant une femme au sein. — Don José s'arrêta, et, saisissant la main du jeune homme :

— Que veut dire cela ? lui dit-il. Vous pensez à cette femme, Dolci ?

— • Non, José, non, répondît Luca ; je flagelle l'orgueil de ma race.

Le lendemain, don José remarqua une profonde altération sur les traits de son ami. C'était le jour fixé pour leur entrée à San-Stefano. Mais, par un accord tacite, les deux jeunes gens parurent avoir différé cette résolution. Tout le jour, Luca évita les regards de don José, et ils ne se parlèrent pas ; le soir seulement, comme ils se promenaient tous deux dans la galerie, Luca s'arrêta tout à coup,

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chancela sur ses jambes et porta vivement la main à son front. Bon José se précipita pour le soutenir :

— Luca, lui dit-il, avouez, avouez que vouS aimez cette femme.

— Voilà une persistance qu? e'at de la folie, José, répondit Dolci en souriant : n'avez-vous jamt^Ii eu de vertiges?

Et ils se séparèrent pour s'aller coucher.

Au milieu de la nuit, don José fut éveillé en sursaut par une voix qui l'appelait avec angoisse : il vit Luca Dolci à genoux près de son lit, le regardant d'un œil égaré: son visage était. d'une pâleur effrayante, et ses lèvres frissonnaient convulsivement.

— Luca ! cher Luca ! s'écria don José, se levant à demi sur son lit, qu'avez-vous, bonté du ciel ! — Vous êtes malade, dites ?

— Malade, non, répondit Luca d'une voix faible. Je ne suis pas malade, je suis frappé de Dieu.

— Vous aimez cette femme, Luca, vous l'aimez !

— Je l'aime, oui, je l'aime ! c'est vrai, José, je l'aime, si ce que je souffre est de l'amour 1 oh ! j'ai lutté! croyez-moi, voilà deux jours, longs comme des années que je lutte comme Jacob avec l'ange I

Et quelles nuits! quelles nuits 1 Regardez-moi, José : je suis bien changé, n'est-ce pas 9tant mieux, cela prouve que j'ai souffert. Je suis venu vous trouver parce que ma tête s'en allait. Je suis perdu, croyez-vous; —je vous demande une chose, c'est de me laisser ; quittez-moi, quittez cette maison I quelque chose pèse sur elle et sur moi. — Dieu ! Dieu ! qu'est-ce que j'ai fait pour en venir là ? Vous savez, pauvre José ! j'ai été élevée par ma mère, une sainte... J'allais avec elle porter des aumônes ; j'ai passé mon enfance à cela, et à prier Dieu ; j'ai rencontré souvent des femmes que je trouvais belles, car elles ressemblaient aux vierges des églises ; je ne les ai pas aimées, non. Eh bien , j'en vois une qui semble porter tous les vices dans ses yeux, • je la vois une fois — et je l'aime... plus que tout, plus que Dieu, plus que vous, José...— Quittez-moi,

laissez-moi ici

Luca s'interrompit, suffoqué par les sanglots : il appuya sa tête brûlante sur le lit de don José, et pleura longtemps amèrement.

Ce lendemain, si triste pour les deux pieux enfants, était le jour assigné parla marquise à Michel

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Gritti pour une nouvelle entrevue. Vers la deuxième heure de Taprès-dînée, Gritti entrait dans Téglise Sainte-Marie-Pormose avec une sorte d'étonneinent de se voir en personne dans un pareil lieu. Peu de moments après^ une femme de haute taille, enveloppée dans de longs voiles de deuil, entrait par une porte latérale ; elle était suivie d'un moine et de deux valets. En prenant de l'eau bénite, elle fît voir à Michel, d'un geste plein de grâce, ces traits altiers et voluptueux qui lui étaient apparus la veille au soir dans les jardins de la Dolûna. Il s'inclina et attendit, appuyé contre un pilier, que l'étrangère lui apprit, d'une façon ou d'une autre, quelles suites elle entendait donner à cette rencontre. Car, dans cette église, Michel se sentait dominé par une invincible gaucherie. Un valet déposa sur les dalles un carreau de velours sur lequel la marquise s'agenouilla à une dizaine de pas à droite de Gritti; en môme temps, elle lui fit signe de la tète qu'il eût à s'agenouiller de son côté. -

— Voilà, se dit Michel, un enfantillage qui touche à sa fin. Dieu merci.

Et, courbant jusqu'au sol sa flère stature, il

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posa un genou sur le large bord de son chapeau, tandis qu'avec ce malaise d'un homme d'esprit qui se sent près d'être ridicule, il arrachait un à un les petits pennons de son plumet.

Quand certaines femmes, plus vaniteuses que tendres, abusent de l'humilité d'une passion naissante, il est rare que l'amoureux qu'elles mortifient sans égards ne cherche pas sa consolation dans ce mot, gros de représailles : « Patience ! » Michel Gritti s'occupait déjà de commenter à part lui ce mot vengeur, quand, à un petit bruit sec qui se fit à sa gauche, il détourna machinalement la tête.

Un rosaire était tombé sur les dalles à trois pas de lui. A peine Michel eut-il aperçu ce rosaire, qu'il sentit passer dans tous ses membres et glisser dans ses cheveux, ce fluide particulier qui nous traverse quand nous sommes frappés d'une surprise vive et agréable, et qui laisse après lui une sorte d'énervement voluptueux. Gritti avait reconnu d'un coup d'œil que les grains de ce rosaire, découpés à l'orientale, étaient exactement semblables à celui qu'il avait trouvé dans la bourse du pauvre.

2t8 ONESTA,

Le chapelet s'était échappé des mains d'une jeune fille qui priait à genoux sur le marbre blanc d'uii tombeau : Gritti l'enveloppa d'un regard rapide, sans qu'elle relevât la tête, sans qu'elle ouvrît ses yeux demi clos dans l'immobilité de sa fervente prière. Bien que Gritti ne pût voir de sa place que le profil de la jeune fille, il fut ému de la grâce enfantine qui respirait au coin de sa lèvre entr'ouverte pour prier et pour sourire. Ce candide visage, perdu au milieu des boucles sans nombre d'une chevelure blonde et dorée, avait un charme plein dç contrastes. Il semblait qu'un peu de mutinerie maligne se mêlait à la pureté d'âme et à l'ardeur de foi qui s'y lisaient. Ce visage pensait comme une vierge, priait comme un ange et riait comme une femme.

A quelques pas derrière la jeune fille se tenait une vieille dame dont la robe noire était semée d'ornements en jais : cette matrone marmottait son chapelet avec cet air de béatitude intelligente qui caractérise également la routine des dévotes surannées et la digestion des vieillards.

Cependant, les yeux de la marquise Onesta

avaient suivi ceux de Michel Gritti avec inquiétude. Tout à coup, Michel se leva ; alors, rejetant brusquement en arrière le voile qui couvrait ses traits, elle tendit le cou en avant comme une lionne irritée, et se pencha pour ne rien perdre de la mortelle offense qu'elle prévoyait. Michel releva le rosaire, et, saluant avec une suprême courtoisie, îl le présenta à la jeune fille sans parler. Celle-ci, arrachée à son extase, leva tranquillement sur Oritti ses grands yeux étonnés; mais à peinp eurent-ils rencontré le regard ému et interrogateur du gentilhomme, que l'enfant, étendant vivement les bras comme pour chercher un appui, et, ouvrant ses lèvres pâlies pour bégayer des mots qu'on n'entendit pas, tomba inanimée sur le marbre.

— Jésus! mon Dieu!... s'écria la vieille dame, Giulia! mon enfant ! Giulietta! chère petite ! quel anal lui a pris ? Seigneur î sur la tombe de sa pauvre mère !.. Réponds-moi, Giulietta ! je t'en prie! — Hélas I monsieur, ajouta la vieille dame se retournant vers Gritti, ne pouvez- vous me rendre le service do courir sur le quai ? il y a une gondcxe à nous — la livrée des Contarini — des gens à nous...

tSO ONESTA.

— Pardon, madame, interrompit Michel Gritti, mais ce n'est point là un fardeau pour des laquais : avec votre aimable permission, j'aiurai l'honneur éd porter la signora jusqu'à sa gondole.

Sans attendre de réponse, il enleva dans ses bras la délicate créature ensevelie dans les flots de sa robe blanche, comme un enfant endormi 'dans son berceau de gaze et de dentelle. Puis il sortit de l'église précédé par la vieille tante de Giulia ; car cette petite fille était orpheline, et n'avait de proche parente que la sœur de son père, avec laquelle elle habitait le palais Gontarini.

La marquise Onesta, qui, durant cette scène, avait arraché les fermoirs de son missel, attendit vainement pendant quelques minutes le retour de Michel Gritti; puis elle rentra dans son palais, situé à quelques pas de Sainte-Marie-Formose, et précisément en face du palais de Giulia, qui s'élevait sur l'autre rive du canal.

Gritti, avant de quitter la gondole où il venait de déposer Giulia toujours évanouie , obtint de la vieille dame la permission de se présenter le lendemain chez elle pour s'y informer de la santé de

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sa nièce. Puis il se retira, le cœur rempli d'une joie et d'une agitation extraordinaires, et commença par la ville une promenade rapide et sans but. Il marchait le nez au vent^ se parlant tout haut et éclatant de rire quand il venait à s'en apercevoir.

— C'est clair, se disait-il , c'est bien elle!... il n'y a pas au monde deux rosaires comme celuilà. — Il a fallu toute la vie d'un derviche pour creuser ces délicates arabesques sur ces grains mi^ gnons. — Et, d'ailleurs, cet évanouissement dès qu'elle m'a vu... Pourtant, comment croire que cette petite fille — ma foi I tant pis, mais je ne lui donne pas quinze ans et deux jours, — que cette petite fille rose —je la regardais en la portant, et je n'ai point idée d'avoir vu jamais un teint sembla-* ble, — que cette petite fille rose soit ma lugubre prêcheuse, qui ne parlait que de mourir sur tous les tons... Si c'était une pure espièglerie?... Mais pourquoi se trouver mal, en ce cas ? — Bah ! je deviens idiot; où diable suis*je, ici ?

Tout en se livrant à ces puériles argumentations dont il s'étonnait lui-même, Gritti avait beaucoup marché : la nuit était tombée, et il ne reconnaissait

point le quartier d'assez misérable apparence où il se trouvait. Par un sentiment qu'il est assez malaisé de concevoir peut-être, mais certainement trèsdifficile d'exprimer, le jeune homme éprouva de la joie en se voyant dans un pays perdu : Tinconnu lui plaisait au dehors, au moment où il sentait au dedans de lui une émotion toute nouvelle ; il semble que l'aspect d'objets habituels l'eût emempêché de se livrer aussi franchement au charme étrange de ses impressions.

— Allons! dit-il, je suis égaré, tant mieux î

Il s'accouda alors sur un parapet en ruine , et s'abandonna à la rêverie avec le bonheur naïf d'un écolier qui est arrivé loin de tout œil magistral par les chemins fleuris de l'école buissonnière.

Le ciment qui avait été destiné à unir les pierres du parapet s'en allait par morceaux : Michel prit, avec une grave distraction, un des plus gros fragments, le pétrit un moment dans sa main, puis le laissa tomber au-dessous de lui dans le vide : presque aussitôt, il entendit un son mat, comme '^elui que produit une pierre en tombant sur un feutre.

—Voilà, se dit Michel Gritli en riant, car il était

dans une de ces dispositions oîi Ton a le rire facile — voilà une eau, par ici, qui a une sonorité bien particulière.

Et, comme tout le monde eût fait à sa place, rheureux Michel prit un morceau de ciment deux fois plus gros que le premier, et s'appliqua à le laisser choir dans la même direction. Cette seconde épreuve fut couronnée d'un plein succès: le même son mat se reproduisit avec une intensité double ; mais, cette fois, il était accompagné d'un juron capable d'enfoncer une porte. Gritti éclata de rire bruyamment:

— Est-ce qu'il y a quelqu'un au bord de l'eau? s'écria-t-iL

— S'il y a quelqu'un, répondit une voix que la colère paraissait étrangler, s'il y a quelqu'un! je vais monter te le direl

— Boni répliqua Gritti, dont les rires redoublèrent, ne voyez-vous pas, inconnu chéri, que c'était une plaisanterie?

— Une plaisanterie I reprit la voix qui s'approchait peu à peu; àh! bon! bravo! une plaisanterie! je les aime, mon ami! cela se trouve bien!

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altends-moilà, raoncher.bon ! par les treize cent mille...

— Parbleu ! c'est Vespasiano I s'écria Michel Grilti au moment où la longue silhouette du cavalier apparaissait effectivement au haut des degrés qui conduisaient du quai sur la berge.

— Comment diable ! c'est vous, noble Michel ? dit Vespasiano s'arrêtant court sur la dernière marche...

— Moi-même... Mais que faisiez-vous donc en bas, mon cher ami ?

Vespasiano parut embarrassé et ne répondit point.

— A quel exercice diabolique, reprit Gritti, pouvcz-vous vous livrer dans ce quartier sauvage, et sur cette plage solitaire ?

Vespasiano semblait être en proie à une confusion ineffable.

— Ah çà ! voyons, qu'y a-t-il donc ? continua Grilti ; est-ce que vous venez de commettre un crime là-dessous?

— Noble Michel, répondit 'enfin Vespasiano, rassurez-vous : je pochais.

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— Et dans quelle horrible inleniîon ? dit gaiement Michel.

— Pour tenter do prendre du poisson, uiesscr Michel.

— Qu'est-ce à dire, mon cavalier ?

— C'est-à-dire que je n'ai point soupe.

— Ah çà! voyons, Vespasiano, reprit Michel, qui, fort éloigné de soupçonner la cause véritable de l'embarras de son ami, s'en divertissait beaucoup. Voyons, vous me faites marcher de surprise en surprise ! Qu'un cavalier flanqué d'une rapière aussi considérable que la vôtre s'éloigne de la société des hommes pour s'adonner à la pêche, — cette distraction qui semble réservée aux veuves, — cela ne laisse point de m'abasourdir : mais que, par un cumul inouï, vous pêchiea:, Vespasiano, et ne soupiez point ; voilà qui me pourfend l'imagination d'outre en outre I

— Le moment est venu, noble Michel, répliqua Vespasiano avec solennité, le moment est venu de vous montrer à nu la plaie de ma vie. Sachez, mon ami, que je tire le diable par la queue. Bref, je suis pauvre. — Pas un mot, Michel, ne n 'humiliez pas!

— Ce que je vous dis vous étonne. Peu de paroles vous l'expliqueront. Je suis, vous le savez, aux gages de la sérénissîme république comme capitaine. Or, j'emploie à faire le beau joueur chaque quartier de ma pension. Vous avez pu remarquer que je ne joue que tous les mois. Je perds toujours, mais je ne m'en fâche point, estimant à ce prix l'honneur que j'ai de fréquenter votre société. Du reste, cette masure que vous voyez là, au bord du canal, est ma demeure. Maintenant, je souffrirai bien que vous m'offriez à souper pour ce soir; naais ne reparlons jamais de cela, je vous en prie, Michel, — j'en prie Votre Seigneurie.

Gritti, se sentant ému plus qu'il ne le voulait laisser voir, prit le bras de Vespasiano, et lui dit avec une légèreté apparente :

— Eh bien, mais c'est l'histoire de tous les gens de guerre, cela, mon capitaine I II m'en est arrivé tout autant à l'étranger. Mais venez que je vous conte une énormité : confidence pour confidence I seulement, la vôtre est tout honorable, et la mienne, ma foi ! j'en rougis.

— Sang-Dieu, noble Michel, je ne vous crois pas,

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dît Vespasîano, à qui la délicate réserve de Grilli avait rendu le courage et la bonne humeur,

— Un de ces malins, reprit Gritli, je vais probablement me marier.

— Vous marier? que le diable vous emporte I Votre Seigneurie a-t-elle donc trouvé une des treize cent mille?... — Eh I mais, ajouta Vespasiano s'interrompant lui-même et s'arrôtant tout court, les yeux fixés sur l'angle d'une ruelle qui aboutissait sur le quai à une dizaine de pas devant eux, — qu'est-ce que cela?... quel est le païen?,.. Baisseztous! baissez-vous vite, Michel I

Et Vespasiano, les bras étendus, se précipita devant Gritli, le couvrant de son corps. Au môme instant, un coup de feu partit de la ruelle, et une balle de pistolet vint s'aplatir sur le coUelin d'acier du cavalier. Gritti, le voyant chanceler, le saisit

dans ses bras:

— Laissez- moi, laissez-moi donc, vingt- cinq diables 1 vous m'étouflfez, Michel I cria Vespasiano.

Et le coquin se sauve pendant ce temps-là!

Les deux jeunes gens s'élancèrent alors dans la ruelle.

— Jô le vois! cria le. cavalier, j'ai vu le coin de son manteau. Mais venez donc, Michel! le voilà sur le quai, là-bas! il va se jeter dans quelque barque !

— Tenez, cavalier, dit Gritti, n'allons pas plus

loin; qu'il s'échappe I je crois que c'est ce qui peut nous arriver de moins embarrassant.

— Vous connaissez donc le drôle?

— Je le crois. Mais cette affaire est telle, que l'honneur me défend de vous la conter. — Au fait, ajouta-t-il en se parlant à lui-même, je ne m'étais pas conduit en galant homme; et, si le coup vient d'elle, tant mieux, cela me met à Taise.

Vespasiano n'insista point, et ils continuèrent leur route. Ils entrèrent dans la première auberge qui se rencontra, et se firent servir à souper. Gritti commença alors le récit de son aventure avec la signera Giulia Contarini et des événements qui l'avaient précédée ; mais il ne dit pas un mot de la marquise. Le cavalier Vespasiano écouta cette histoire ^vec étonnement et respect, tantôt buvant rasade, tantôt faisant sauter dans s'a main la balle doïxt son hausse-col avait été meurtri. I^es deu?

amis ne se séparèrent qu'à une heure très-avancée

de la nuit.

C'était cette même nuit, si Ton veut bien se le rappeler, que Luca Dolci passait à genoux près du lit de don José, à qui il venait aussi de faire uno confidence d'amour.

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