‹ La petite comtesse (volume 3)Chapitre 12 sur 19 · LA FEMME PROPOSE, ET DIEU DISPOSE · texte numérisé non relu

LA FEMME PROPOSE, ET DIEU DISPOSE

Dans cette soirée où la marquise Onesta Giustiniani dirigeait contre le cœur de Michel Gritti une attaque dont le succès répondait mal à son attente, elle obtenait d'un autre côté un triomphe que, sans doute, eUe ne soupçonnait pas. Comme Luca et don José, revenant de chez cette dame, montaient silencieusement Tescalier du palais Dolci, Luca, qui avait détaché avec distraction son poignard de sa chaînette d'or, l'ôta brusquement de sa gaîne, et Tenfonça jusqu'à la garde dans un des blasons de famille qui étaient appendus à la muraille, et qui représentaient une abeille piquant une femme au sein. —» Don José s'arrêta, et, saisissant la main du jeune homme :

— Que veut dire cela ? lui dit*il. Vous pensez à cette femme, Dolci ?

-— Non. José, non, répondit Luca ; je flagelle l'orgueil de ma race.

Le lendemain, don José remarqua une profonde altération sur les traits de son ami 4 C'était le jour fixé

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pour Irur entrée à S*nn-Stcfano. M«nis, par un accord tacite^ les deux jeunes gens parurciit avoir difleré cette résolution. Toutlejour^ Luca évita les regards de don José, et ils ne se parlèrent pas; le soir seulement^ comme ils se proinenaient tous deux dans la galerie^ Luca s'arrêta tout à coup^ chancela sur ses jambes et porta vivement la main à son front. Don José se précipita pour le soutenir :

— Luca^ lui dit-il^ avouez^ avouez que vous aimez cette femme.

— Voilà une persistance qui est de la folie^ Jose^ répondit Doici en souriant : n'avez-vous jamais eu de vertiges? — Et ils se séparèrent pour s'aller coucher.

Au milieu de la nuit^ don José fut éveillé en sursaut par une voix qui l'appelait avec angoisse : il vit Luca DoIci à genoux près de son lit^ le regardant d'un œil égaré : son visage était d'une pâleur effrayante^ et ses lèvres frissonnaient convulsivement.

— Luca ! cher Luca ! s'écria don Jose^ se levant à demi sur son lit^ qu'avez-vous^ bonté du ciel ! — Ypus êtes malade^ dites?

— Malade, non, répondit Luca d'une voix faible: Je ne suis pas malade, je suis frappé de Dieu«

— Vous aimez cette femme, Luca> vous Paimez !

— Je l'aime ! oui — je l'aime ! c'est vrai, José —je l'aime, si ce que je souffre est de l'amour! oh ! j'ai

lutté! croyez-moi, voilà deux jours, longs comme des années, que je lutte — comnie Jacob avec l'ange — - et quelles nuits! quelles nuits! regardez -moi, José : je suis bien changé, n'est-ce pas? tant mieux —cela vous prouve que j'ai souffert. Je suis venu vous trouver parce que ma tête s'en allait. Je suis perdu, voyez-vous : — je vous demande une chose, c'est de me laisser; quittez-moi, quittez cette maison ! quelque chose pèse sur elle et sur moi. — Dieu ! Dieu! qu'estce que j'ai fait pour en venir là! Vous savez, pauvre José! j'ai été élevé par ma mère, une sainte... J'allais avec elle porter des aumônes; j'ai passé mon enfance à cela, et à prier Dieu; j'ai rencontré souvent des femmes que je trouvais belles, car elles ressemblaient aux vierges des églises; je ne les ai pas aimées, non. Eh bien ! j'en vois une qui semble porter tout les vices dans ses yeux, je la vois une fois — et je l'aime... plus que tout, plus que Dieu, plus que vous, José... — quittez-moi — laissez-moi ici Luca s'interrompît, suflbqué par les sanglots : il appuya sa tête brûlante sur le lit de don José, et pleura long-temps amèrement.

Ce lendemain, si triste pour les deux pieux enfants, était le jour assigné par la marquise à Blichcl Gritti pour une nouvelle entrevue. Vers la deuxième heure de Taprès-dinée, Gritti entrait dans l'église

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Sainie-Marie-Formose avec une sorte crétonncment de se voir en personne dans un pareil lieu. Peu de moments aprës^ une femme de liaul3 taille^ • enveloppée dans do longs voiles de dcuil^ entrait par une porte latérale ; elle était suivie d'un moine et de deux valets. En prenant de Teau bénite, elle fit voir à Michel^ d'un geste plein de grâce^ ces traits altiers et voluptueux qui lui étaient apparus la veille au soir dans les jardins de la Dolfin,a. Il s'inclina et attendit, appuyé contre un pilier^ que l'étrangère lui apprit, d'une façon ou d'une autre^ quelles suites elle entendait donner à cette rencontre. Car^ dans cette église, Michel se sentait dominé par une invincible gaucherie. Un valet déposa sur les dalles un carreau do velours sur lequel la marquise s'agenouilla à une dizaine de pas à droite de Gritti : en même temps elle lui fit signe de la tête qu'il eût à s'agenouiller de son côté.

— Voilà, se dit Michel, un enfantillage qui touche à sa.fin. Dieu merci. — Et, courbant jusqu'au sol sa fière stature, il posa un genou sur le large bord db son chapeau, tandis qu'avec ce malaise d'un homme d'esprit qui se sent près d'être ridicule, il arrachait un à un les petits pennons de son plumet.

Quand certaines femmes, plus vaniteuses que tendres, abusent de l'humilité d'une passion naissante, il

est rare que l'amoureux qu'elles mortifient sans égards

ne cherche pas sa consolation dans ce mot^ gros de représailles : — Patience ! — Michel Gritti s'occupait déjà de commenter à part lui ce mot vengeur, quand, à un petit bruit sec qui se fit à sa gauche, il détourna machinalement la tête.

Un rosaire était tombé sur les dalles à trois pas de lui. A peine Michel eut-il aperçu ce rosaire, qu'il sentit passer dans tous ses membres et glisser dans ses cheveux, ce fluide particulier qui nous traverse quand nous sommes frappés d'une surprise vive et agréable, et qui laisse après lui une sorte d'énervement voluptueux. Gritti avait reconnu d'un coup d'œil que les grains de ce rosaire, découpés à l'orientale, étaient exactement semblables à celui qu'il avait trouvé dans la bourse du pauvre.

Le chapelet s'était échappé des mains d'une jeune fille qui priait à genoux sur le marbre blanc d'un tombeau : Gritti l'enveloppa d^un regard rapide, sans qu'elle relevât la tête, sans qu'elle ouvrit ses yeux demi dlos dans l'immobilité de sa fervente priè.ie. Bien que Gritti ne pût voir de sa place que le profil de la j(>une fille, il ^di ému de la grâce enfantine qui respirait au coin de sa lèvre entr'ouverte pour prier et pour sourire. Ce candide visage, perdu au milieu des boucles sans nombre d'une chevelure blonde et dorée, avait un charme plein de contrastes. Il semblait qu'un peu de

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mutinerie maligne se mél&t à la pureté d'âme et à l'ardeur de foi qui s'y lisaient. Ce visage pensait comme une vierge, priait comme un ange et riait comme une femme.

À quelques pas derrière la jeune fille se tenait une vieille dame dont la robe noire était semée d'ornements en jais : cette matrone marmottait son chapelet avec cet air de béatitude inintelligente qui caractérise également la routine des dévotes surannées et la digestion des vieillards.

Cependant les yeux de la marquise Onesta avaient suivi ceux de Michel Gritti avec inquiétude : tout à coup, Michel se leva; alors, rejetant brusquement en arrière le voile qui couvrait ses traits, elle lendit le cou en avant comme une lionne irritée, et se pencha pour ne rien perdre de la mortelle offense qu'elle prévoyait. Michel releva le rosaire, et saluant avec une suprême courtoisie, il le présenta à la jeune fille sans parler. Celle-ci, arrachée à son extase, leva tranquillement sur Gritti ses grands yeux étonnés ; mais à peine eurentils rencontré le regard ému et interrogateur du gentilhonmie, que l'enfant, étendant vivement les bras comme pour chercher un appui, et, ouvrant ses lèvres pâlies pour bégayer des mots qu'on n'entendit pas, tomba inanimée sur le marbre.

-— Jésus ! mon Dieu ! s'écria la vieille dame, Giulia !

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mon enfant ! Giulietta ! chère petite ! quel mal lui a pris ! Seigneur ! sur la tombe de sa pauvre mère ! Réponds-moi, Giulictta ! je t'en prie ! — Hélas! Monsieur, ajouta la vieille dame, se retournant vers Gritti, ne pouvez-vous me rendre le service de courir sur le quai ; — il y a une gondole à nous — la livrée des Contarini — des gens à nous...

— Pardon, Madame, interrompit Michel Gritti, mais ce n'eî?t point là un fardeau pour des laquais : avec votre aimable permission, j'aurai Thonneur de porbîr la signera jusqu'à sa gondole. — Sans attendre de réponse, il enleva dans ses bras la délicate créature ensevelie dans les flots de sa robe blanche, comme un enfant endormi dans son berceau de gaze et de dentelle. Puis il sortit de Téglise, précédé par la vieille tante de Giulia. Car cette petite fdle était orpheline, et n'avait de proche parente que la sœur de son père, avec laquelle elle habitait le palais Contarini.

La marquise Onesta, qui, durant cette scène, avait arraché les fermoirs de son missel, attendit vainement pendant quelques minutes le retour de Michel Grîtti, puis elle rentra dans son palais, situé à quelques pas de Sainte-Marie-Formose, et précisément en face du palais de Giulia, qui s'élevait sur l'autre rive du canal.

Gritti, avant de quitter la gondole où il venait de déposer Giulia toujours évanouie, obtint de la vieille

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dame la permission de se présenter le lendemain chez elle pour s*y informer de la santé de sa nièce. Puis il se retira^ le cœur rempli d'une joie et d'une agitation extraordinaires^ et commença par la ville une promenade rapide et sans but. Il marchait le nez au vent^ se parlant tout haut et éclatant de rire quand il venait à s^en apercevoir. — a C'est clair — se disait-il — c'est bien elle ; — il n'y a pas au monde deux rosaires comme celui-là. — Il a fallu toute la vie d'un derviche pour creuser ces délicates arabesques sur ces grains mignons. — Et d'ailleurs cet évanouissement dès qu'elle m'a vu... pourtant^ comment croire que cette petite fille — ma foi ! tant pis^ mais je ne lui donne pas quinze ans et deux jours^ — que cette petite fille rose — je la regardais en la poiiant^ et je n'ai point idée d'avoir vu jamais un teint semblable, — que cette petite 'fille rose soit ma lugubre prêcheuse, qui ne parlait que de mourir sur tous les tons : — si c'était une pure espièglerie... mais pourquoi se trouver mal, en ce cas I — Bah ! je deviens idiot; où diable suisrje, ici ?

Tout en se livrant à ces puériles argumentations dont il s'étonnait lui-même, Gritti avait beaucoup marché : la nuit était tombée, et il ne reconnaissait point le quartier d'assez misérable apparence où il se trouvait. Par un sentiment qu'il est assez malaisé de cou-

tlO CONTE VENITIEW.

cevoir peut-être, mais certainement très-difficile d'exprimer/ le jeune homme éprouva de la joie en se voyant dans un pays perdu : Tinconnu lui plaisait au dehors, au moment où il sentait au dedans de luj une émotion toute nouvelle ;'il semble que ^aspect d^objets habituels Teût cmpilché de se livrer aussi franchement au charme étrange de ses impressions. — Allons ! dit-il — je suis égaré — tant mieux ! Il s'accouda alors sur un parapet en ruines, et s'abandonna à la rêverie avec le bonheur naïf d'un écoîier qui est arrivé loin de tout œil magistral par les chemins fleuris de Técole bui^sonnière.

Le ciment qui avait été destiné à unir les pierres du parapet s'en allait par morceaux : Michel prit, avec une grave distraction. Un des plus gros fragments, le pétrit un moment dans sa main, puis le laissa tomber au-dessous de lui dans le vide : presque aussitôt il entendit un son mat, comme celui que produit une pierre eu tombant sur un feutre. — Voilà, se dit Michel Gritti en riant — car il était dans une de ces dispositions où Ton a le rire facile — voilà une eau, par ici, qui a une sonorité bien particulière. — Et, comme tout le monde eût fait à sa place, l'heureux Michel ont un morceau de ciment deux fois plus gros que le premier, et s'appliqua à le laisser choir dans la même direction. Cette fteconde épreuve fut couronnée d'un

plein succès : le même son mat se reproduisit avec une intensité double ; mais cette fois il était accompagné d'un juron capable d'enfoncer une porte. Gritti éclata de rire bruyamment : — Est-ce qu'il y a quelqu'un au bord de l'eau ? s'écria-t-il.

— S'il y a quelqu'un, répondit une voix que la colère paraissait étrangler, s'il y a quelqu'un ! je vais monter te le dire !

— Bon ! répliqua Gritti, dont les rires redoublèrent, ne voyez-vous pas, inconnu chéri, que c'était une plaisanterie î

— Une plaisanterie ! reprit la voix qui s'approchait peu à peu, — ah! bon! bravo! une plaisanterie ! je les aime, mon ami ! cela se trouve bien ! attendsmoi là, mon cher bon ! par les treize cent mille !...

— Parbleu ! c'est Vespasiano ! s'écria Michel Gritti au moment où la longue silhouette du cavalier apparaissait effectivement au haut des degrés qui conduisaient du quai sur la berge.

— Comment diable ! c'est vous, noble Michel ? dit Vespasiano s'arrêtant court sur la dernière marche ..

— Moi-même, mais que faisiez-vous donc en bas, mon cher ami ?

Vespasiano parut embarrassé et ne répondit point.

— A quel exercice diabolique, reprit Gritti, pouvez-

«1t CONTE VÉNITIU:^.

VOUS VOUS livrer dans ce quartier sauvage . et sur cette plage solitaire ?

Vespasiano semblait être en proie à une confusion ineffable.

— Ah ! cà, voyons, qu'y a-t-il donc î — continua Gritti — est-ce que vous venez de commettre un crime là-dessous ?

— Noble Michel, répondit enfin Vespasiano, rassurez-vous, je péchais.

— Et dans quelle horrible intention ? dit gaiement Michel.

— Pour tenter de prendre du poisson, messer Michel. . — Qu'est-ce à dire, mon cavalier?

— C'ost-à-dire que je n'ai point soupe.

— Ah ! cà — voyons, Vespasiano, reprit Michel,qui^ fort éloigné de soupçonner la cause véritable de rembarras de son ami, s'en diverlissait beaucoup. Voyons, vous me faites marcher de surprise en surprise : qu'un cavalier flanqué d'une rapière aussi considérable que la vôtre s'éloigne de la société des hommes pour s'adonner à la pêche — cette distraction qui semble réservée aux veuves — cela ne laisse point de m'abasourdir : mais que, par un cumul inouï, vous péchiez, Vespasiano, et ne soupioz point ; voilà qui me pourjTend l'imagination d'outre en outre !

— Le moment pf»t venu, nobleTMichel, répliqua Ves-

omuTA. sii

pasîano avec solennité^ le moment est venu de vous montrer à nu la plaie de ma vie. Sachez^ mon ami^ que je tire le diable par la queue. Bref Je suis pauvre. — Pas un mot, Michel, ne m'humiliez pas. — Ce que je vous dis vous étonne. Peu de paroles vous l'expliqueront. Je suis, vous le savez, aux gages de la sérénissime république comme capitaine. Or, j'emploie à faire le beau joueur chaque quartier de ma pension. Vous avez pu remarquer que je ne joue que tous les mois. Je perds toujours, mais je ne m'en fâche point, estimant à ce prix l'honneur que j'ai de fréquenter votre société. Du reste, cette masure que vous voyez là, au bord du canal, est ma demeure. Maintenant je souffrirai bien que vous m'offriez à souper pour ce soir : mais ne reparlons jamais de cela, je vous en prie, Michel, — j'en prie votre seigneurie.

Gritti, se sentant ému plus qu'il ne le voulait laisser voir, prit le bras de Vespasiano, et lui dit avec une légèreté apparente :

— Eh bien ! mais, c'est l'histoire de tous les gens de guerre, cela, mon capitaine ! Il m'en est arrivé tout autant à l'étranger. Mais venez que je vous conte une énormité : confidence pour confidence, seulement la vôtre est tout honorable, et la mienne, ma foi ! j'en rougis.

— Sang-dieu, noble Michel, je ne vous crois pas

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— (Ut Vespasiano, à qui la délicate réserve de Gritti avait rendu le courage et la bonne humeur.

— Un de CCS matins, reprit Crittije vais probablement me marier.

— Vous marier ! que le diable vous emporte ! votre seigneurie a-t-elle donc trouvé une des treize cent mille... — Eh ! mais, ajouta Vespasiano, s'interrompant lui-même, et s'arrétant tout court, les yeux fixés sur Pangle d'une ruelle qui aboutissait sur le quai à une dizaine de pasdevant eux. — Qu'est-ce que cela?..*. Quel est le païen ?... Baissez-vous ! baissez-vous vite, Michel ! — Et Vespasiano, les bras étendus, se précipita devant Gritti, le couvrant de son corps. Au même instant un coup de feu partît de la ruelle , et une balle de pistolet vint s'aplatir sur le colletin d'acier du cavalier. Gritti, le voyant chanceler, le saisit dans ses bras : Laissez-moi, laissez-moi donc, vingt-cinq diables I vous m'étouffez, Michel ! cria Vespasiano. Et le coquin se sauve pendant ce temps-là !

Les deux jeunes gens s'élancèrent alors dans la ruelle.

— Je le vois ! cria le cavalier, j'ai vu le coin de son manteau, mais, venez donc, Michel ! le voilà sur le quai, là-bas I il va se jeter dans quelque barque !

— Tenez, cavalier, dit Gritti, n'allons pas plus loin :

qu'il s'échappe : je ci^ois que c'est ce qui peut nous arriver de moins embarrassant.

— Vous connaissez donc le drôle î

— Je le crois. Mais cette affaire est telle que l'honneur me défend de vous la conter. — Au fait, ajoutat-il en se parlant à lui-même, je ne m'étais pas conduit en galant homme ; et, si le coup vient d'elle, tant mieux, cela me met à l'aise.

Yespasiano n'insista point, et ils continuèrent leur route. Us entrèrent dans la première auberge qui se rencontra, et se firent servir à souper. Gritti commença alors le récit de son aventure avec^la signora Giulia Contarini et des événements qui l'avaient précédée ; mais il ne dit pas un mot de la marquise. Le cavalier Yespasiano écouta cette histoire avec étonnement et respect, tantôt buvant rasade, tantôt faisant sauter dans sa main la balle dont son hausse-col avait été meurtri. Les deux amis ne se séparèrent qu'à une heure très-avancée de la nuit.

C'était cette même nuit, si l'on veut bien se le rappeler, que T^uca Dolci passait à genoux près du lit de don José, à qui il venait aussi de faire une confidence d'amour.

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