SCÈNE PREMIÈRE
LEBARDIN, PAGENEL, SUZANNE, DELPHINE
Au lever du rideau, Pagenel, Lebardin et Delphine sont assis autour d'une petite table. Suzanne verse le café.
PAGENEL, à Suzanne. — La moitié d'une tasse, je vous eu prie, la moitié me suffira.
SUZANNE. — Comme ça?
PAGENEL. — Conur.e ça.
LEBARDIN". — Tu n'aiiues donc plus le café, maintenaoït ?...
PAGENEL. — Si... mais depuis ce matin, je ne suis pas très bien portant... J'ai de vagues douleurs aux articulations...
LEBARDIN. — Dcs iliumatismes ?
PAGENEL. — Là... au genou... {Et en dant la jambe.) Aïe! Oui, c'est au genou droit.
DELPHINE. — Il va falloir vous ranger, mon pauvre ami.
LEBARDIN. — Et ne plus venir à Paris que tous les deux mois... Ah! ah!
PAGENEL, à Lebardin. — Toi, par exemple, tu es étonnant. Tu as dix ans de moins.
LEBARDIN. — N'est-ce pas?
DELPHINE. — Parce que M. Lebardin a toujours été sage, taudis que vous, vous êtes un coureur.
SUZANNE, à Lebardin, lui versant du café. — Assez ?
LEBARDIN. — Nou... uou... eucore une fois, fei vous voulez bien... (Avec tendresse.) Si vous voulez bien...
Il lui prend la main gauche et la lui baise.
suzANN'E. — Voyons, soyez raisonnable.
PAGEKEL. — Tiiche de te tenir un peu •devant le monde, sapristi !... Comment ! \"ous ne vous êtes pas quittés depuis hier au soir et ça ne suffit pas ?
LEBARDIN. Nou.
DELPHINE. — Bravo ! Et d'ailleurs, noue allons vous laisser, les amoureux... J'ai envie d'aller voir les éléphants aux Folies-Bergère...
LEBAJiDiN. — Bonne idée... On dit qu'ils sont magnifiques...
DELPHINE. — Superbes.
PAGENEL. — Après les éléphants, nous rentrerons, voulez-vous, chère amie?
DELPHINE. — Vous me mènei'ez bien prendre une tasse de chocolat. Vous savez bien que je ne peux pas me coucher sans avoir pris une tasse de chocolat. Expliquez ça comme vous voudrez.
SUZANNE. — Mais, venez donc la prendre ici.
DELPHINE. — C'est ça!...
PAGENEL. — Je ne demande pas mieux... (.i Lthardin, en riant.) Ça t'embête ça...
LEBARDiN. — Je suis enchanté, au contraire, enchanté...
DELPHINE. — Alors, je vais m'habil- 1er... quoique nous ayons le temps... Ce n'est que dans une demi-heure, les éléphants.
SUZANNE, à Delphine. — Votre chapeau est dans ma chambre, je croie...
Elles sortent toutes les deu.x à droite, deuxième plan.