ACTE PREMIER
pris goût à la vie de province, j'ai fait des relations superbes. II y a ici une société très aristocratique et très agréable, tu verras : je te présenterai partout, parce qu'on ne va plus se quitter, naturellement. Enfin, bientôt, je t'annoncerai une grande nouvelle ; en ce moment, je ne peux pas, rien n'est décidé.
SUZANNE
Ah!
Je vais te le dire tout de même, je crois que je vais mé remarier... un mariage magnifique, inespéré, auprès duquel mon premier n'aura été qu'un essai, qu'un faible essai. D'ailleurs tu as dû le remarquer, à notre époque, on ne se marie jamais très bien du premier coup. Il faut s'y reprendre.
SUZANNE
JMtes compliments.
' HERMANCE
Je te donnerai des détails demain à déjeuner. Tu déjeunes à la maison, c'est entendu.
Ah ! maintenant, j'ai assez parlé de moi, parlons un peu de toi. Qu'est-ce que tu es devenue ? Tu n'es pas mariée, évidemment, je l'aurais appris. Ta tante vit toujours?
SUZANNE
Dieu merci !
HERMANCE
Et vous êtes venues habiter Pressigny toutes les deux. Tu me vois ravie, ma petite Suzanne, ravie !
SUZANNE
Mais non, je suis venue seule.
HERMANCE
Gomment ?
SUZANNE
Ma tante ne m'a pas accompagnée, elle est trop âgée. Quand j'ai été nommée à Pressigny, je me suis décidée à vivre seule.
HERMANCE
Nommée? nommée... Quoi!
SUZANNE
Receveuse.
HERMANCE
Receveuse? QuV-l-ce que c'est?
SI ZANNE
Receveuse des postes.
HKItMANCE
Par exemple!... (le n'est pas sérieux, n'estce pas?
SUZANNE
Mais si, Pressigny est une seconde classe, c'est un très joli avancement que j'ai eu.
HERMANCE
Ah! bien! si je m'attendais... Alors, c'est toi qui va succéder à Madame Broquet?
Parfaitement. C'est à moi que tu devras t'adresser lorsque tu voudras envoyer une dépêche ou quand tu auras besoin de timbresposte. Et je ne te ferai jamais attendre au guichet; tu sais, tu auras un tour de faveur...
HERMANCE
Mais, c'est épouvantable, ce que tu me racontes-là! Comment ce malheur t'est-il arrivé?
SUZANNE
Quel malheur?