‹ La "Petite Hermine" de Jacques Cartier, et diverses monographies historiquesChapitre 38 sur 50 · EPISTRE POUR LE CAPITAINE BOURGEON, À M. DE LA ROCOUE · texte numérisé non relu

EPISTRE POUR LE CAPITAINE BOURGEON, À M. DE LA ROCOUE

Comme à celuy, en qui plus fort j'espère, Et que je tien pour père et plus que père, A vous me plain par cet escript léger, Que je ne puy de Paris desloger.

Et si en ay vouloir, tel comme il fault; Mais quoy ? C'est tout : le reste me deff ault. i J'entend cela qui m'est le plus duysant. 2 Mais que me vault d'aller tant devisant? Venons au point: Vous sf-avez, sans reproche, Que suis boyteux, au moms comme je cloche. Mais je ne sçay, si vous sçavez commant Je n'ay cheval ne nuille, ne jument.

Pourquoy, ^lonsieur, je vous le fay sçavoir, A celle fin que m'en faciez avoir.

Ou il fauldra (la chose est toute seure), Que voise ■"' à pied, ou bien que je demeure; Car en finer * je ne m'attend d'ailleurs. Sinon de ceuls lesquels dormiroyent bien. Si vous supplv, le très cher seigneur mien, Baillez assez, mais ne vueillez dormir, Quand Désespoir me veut faire gémir.

Voicy comment bien fort de luy me mocque. O Désespoir, croy que soubz une Roeque, Rocque bien ferme et pleine d'asseurance Pour mou secours est cachée Espérance.

Si elle en sort, te donnera carrière Et pour ce donc recule-toy arrière.

Lors Désespoir s'en va saignant du nez. Mais ce n'est rien, si vous ne l'eschinez. Car aultrement jamais ne cessera De tourmenter le Bourgeon qui sera Tousiours bourgeon, sans raisin devenir S'il ne vous plaist de lui vous souvenir.

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