‹ La Petite impératriceChapitre 11 sur 67 · JOURNAL DU SOIR · texte numérisé non relu

JOURNAL DU SOIR

matiques suffisamment vraisemblables ; avec son escamoteur, qui avait appris l'orthographe en corrigeant les lettres de ces. dames ; aidé, en outre, par un essaim de pauvres diables naguère courtiers d'annonces ou courtiers d'assurances, qui allaient, venaient, furetaient, se glissaient dans les antichambres, rapportaient des nouvelles, Aristide Gavagnol, ayant M. Repluma pour gérant et don Thaddéus pour duelliste, faisait un journal parfaitement stupide, mais très-scandaleux, et par conséquent très-lu !

Les timides et les méchants formaient en cejemps-là un public considérable.

p]t lui, redouté des sacristies à cause des indiscrétions de l'abbé Benoiton; ménagé par les ambassades à cause de ce « grand furet » de Lévikreuz ; choyé dans les théâtres, grâce aux sorcelleries amicales d'Elysée Percenot, — haï dans les coins, méprisé à voix basse, mais publiquement adulé, — presque riche, d'ailleurs, — il jouissait de tout le contentement que peut donner un tas de petites vanités satisfaites.

Vraiment, à force de porter la tête haute, il avait un peu grandi, ce nain.

D'ailleurs, quelques inconvénients çà et là. Il y a des gens qui entendent mal la plaisanterie, qui ont l'épiderme de l'honneur très-sensible ; et parfois les rancunes sont brutales. On parlait tout bas de certaines voies de fait que Gavagnol avait subies stoïquement. Qu'eiit-il objecté à ces violences fâcheuses? Il y a des nécessités dans la vie des filles et des écrivains publics. Un soufflet sur la joue, un baiser de vieux sur la lèvre, c'est fort dur, sans doute; mais, vous comprenez, c'est le métier qui veut ça.

Les langueurs de M. Repluma.

Quelques chaises autour d'une table oblongue, au tapis vert, taché d'encre, encombré de journaux. Rien de plus. Un plafond bas. Des murs tapissés de gris sale. Deux fenêtres donnant sur une cour vitrée.

C'était le matin, un peu avant l'heure oîi se fait le journal.

Il n'y avait encore que deux personnes dans le bureau de rédaclion : Don Thaddéus, engraissé, élargi, démesuré, érigeant plus haut encore son extraordinaire toupet d'ébène ; et M. Repluma, maigri, terni, éteint.

Vous n'auriez pas reconnu le digne professeur de jeu, jadis si bien en point et qui souriait d'un air si honnêtement satisfait. Il s'abandonnait, face ridée, à la peau flasque, avec une lèvre qui pend, et des yeux gris, sans flamme, où de petites veines crevées ont fait des stries rouges, et d'où coule, incessamment, une larme un peu jaune. Parfois il levait vers le plafond un regard mélancolique comme un soupir! Il y a de ces langueurs rêveuses dans les yeux des vieux ivrognes.

M. Repluma, gérant, soupira et dit :

— Je suis plein de nostalgie. Je n'aurais pas cru avoir une âme aussi accessible aux tristes chimères. L'habitude de ne pas avoir de remords me permettait d'espérer que je ne connaîtrais pas les regrets. Vaine confiance. J'ai des spleens qui m'étonnent. Ma vie est une huître qui bâille.

Don Thaddéus, ayant constaté d'un coup d'œil que les cheveux de M. Repluma étaient d'un blanc de neige, répondit :

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