‹ La Petite impératriceChapitre 14 sur 67 · MONSIEUR FURTIN ET MONSIEUR FLON · texte numérisé non relu

MONSIEUR FURTIN ET MONSIEUR FLON

un manteau vénitien. Il a l'air d'un singe de la foire. Elle se leva, fit boufler sa robe, dit :

— Ah! mais j'espère, pour le coup, que tu vas éreintcr les Folies-Marigny !

— Oui, si tu réussis.

Elle étoffa, en se regardant dans la glace, le large nœud de ses brides, se trouva jolie, sourit, baisa au front la tête glabre de Gavagnol, sortit par la petite porte dérobée, étonnant les couloirs et les escaliers obscurs d'un éclatant passage de jeunesse et de joie; elle avait, ne songeant à rien, pas même à mal, le rire d'une enfant qui s'en va vers quelque fête.

Monsieur Furtin et M. Flon

La Préfecture de Police, noire, laide, vile, avec un air à la fois brutal et sournois, occupait tout le fond de la place Dauphine.

En ce temps-là, la police parisienne apparaissait à l'esprit comme une espèce d'énorme crabe allongeant par toute la ville ses milliers de pinces, mais ayant là, dans cette obscure bâtisse, son centre abdominal, où toutes les laideurs et toutes les fanges s'ingéraient, s'agglutinaient, se décomposaient comme par une longue digestion, pour être enfin évacuées dans ces hideux déversoirs : les dépôts, les prisons, les bagnes.

Avec ses hautes maisons, vieilles, toujours couvertes comme d'une poussière, avec ses étroites fenêtres chassieuses, la place avait je ne sais quel air d'hostilité bourrue, de solitude maussade; elle ressemblait à une grande cour de prison ; on n'était pas bien sûr que les

gens qui logeaient là eussent le droit d'en sortir à leur gré.

La double courbe des maisons s'achevait vers les quais dans une étroite ouverture, avec la forme d'une embrassade qui empoigne.

Un fiacre s'arrêta devant l'entrée principale de la Préfecture. M^"^^ Ginérès descendit, vctuc de noir, très voilée, rapide, et demanda à un agent qui était de planton:

— Le cabinet de M. Cibon ?

M. Cibon était un personnage célèbre. Quelles étaient précisément ses fonctions, c'est ce que le public en général ignorait. Chef de la sûreté? On lui donnait quelquefois ce titre. Secrétaire intime du préfet? Peut-être. Personne ne savait au juste. Ce qui est certain, c'est que, depuis quatre ou cinq ans son nom avait été mêlé à l'histoire des plus hardies et des plus habiles arrestations. Le flair de M. Cibon était proverbial; il était de la race de ces grands policiers pour qui les gens du monde éprouvent une admiration mêlée de quelque mépris et qui inspirent aux malfaiteurs une haine respectueuse.

En réalité, très-utile et justement redouté. Quand le bruit se répandait dans le Paris interlope des repris de justice que M. Cibon gardait le lit pour cause de goutte ou de catarrhe, les vols, les attaques nocturnes, comme à un signal, se multipliaient. Remue-ménage confiant des souris pendant le sommeil du chat.

Ce qui avait commencé sa réputation, c'était la double prise qu'il avait faite, en Allemagne, d'un faussaire contumace et d'un forçat évadé.

M. Cibon, c'était le capitaine Gaillonnet.

Lourd d'esprit comme de corps, c'avait été jadis un agent subalterne, employé aux grosses besognes; il n'avait que deux qualités réelles : sa grosse face de fantoche, comiquement fâchée, et son perpétuel catarrhe qui lui donnait une contenance; mais il était de ceux qui grandissent avec leur fortune. On le crut subtil , il le

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