EFFAREMENT^ APAISEMENT
Mais, lo jour, au sommet d'une perche que M. Durand soutenait dans la pocliette de son maillot, il s'écartelait au milieu de l'air, pareil à une grenouille que l'on soulèverait sur uiie longue aiguille.
Effarement, Apaisement
« Tiens, Arabelle ! » Ce fut, au milieu de sa gloire, comme un éclaboussement de boue, en plein soleil, à la face. Elle s'était trouvée, tout à coup, devant un tas d'ordures, remuant et vivant, qui était son passé. Elle eut ce rapide instinct de fermer les yeux, d'essuyer sa robe avec son mouchoir. Et sa voiture, sur un signe, l'emporta.
Autrefois, c'est la tombe qui jamais ne se ferme. Toutes les pensées que l'on a eues, toutes les choses que l'on a faites, sont couchées là dans un sommeil menteur ; soudain, avec des couleurs violettes et des puanteurs de cadavre, elles surgissent, les fautes; et nous sommes tous suivis par des Lazare, que nous n'avons pas réveillés.
Elle rentra, s'enferma, se dit : « Quoi? c'est possible?» Il existait ? il était à Paris, le vagabond du bois de chênes et de tulipiers, le domestique qu'elle allait rejoindre, à pas lents, la nuit, par les corridors, et le long des allées, où le sable crie comme avec des reproches ! Il sortait, après cinq ans, de la trappe où elle l'avait poussé du pied, le voleur de l'argenterie, l'assassin de Sébastien? Ah ca ! il n'était donc pas allé en Espagne ? ou il en était revenu? Pourquoi n'avait-il pas été « garrotté » là-bas? Certes, il méritait de l'être. Et ici, en France, pourquoi ne le mettait-on pas au bagne ? Est-ce qu'il n'y a plus de police pour défendre les honnêtes gens ? Dominique était
un homme redoutable ; pourquoi le laissait-on errer de la sorte, à son aise ? pourquoi était-il libre?
Pourquoi ? Pour qu'elle le rencontrât et fût reconnue par lui. Elle eut le sentiment de l'implacable loi qui, à certaines heures, confronte le coupable avec son crime, conçut la nécessité des présences inattendues.
Ainsi, un long effort de cinq années : des charités qui se cachent, des reconnaissances à qui l'ont fait signe de se taire, une enfant au front de qui elle baisait son innocence ressuscitée; sa haute intelligx^nce vouée au bien, les forces du mal liées et attelées à la vertu, les tentations découragées par un sourire qui les voit à peine, une poussée à la roue du progrès, tout cela n'était rien, ne comptait pas, était comme une poudre envolée qu'on a jetée par les fenêtres dans un grand vent. Au moment Quelle croyait avoir expié enfin, se jugeait hors de la faute et du remords, pendant qu'elle triomphait dans la sérénité d'un orgueil légitime, le passé, le crime s'était dressé hideux, sale, avec un rire, et de l'air d'un voyou qui dit à une fille enrichie, son ancienne compagne : astu fini tes manières, hein ?
Dieu ! l'avoir revu, être exposée à le revoir ! Car enfin, on passe dans la rue, on ne peut pas se dérober à tous les passants. Voleur, meurtrier, saltimbanque à présent . il l'avait tenue entre ses bras ! Elle étouffait ses sanglots avec un mouchoir qu'elle avait dans la main; i3uis elle le jeta loin d'elle, brusquement, par mépris de ses lèvres.
Une pensée affreuse : Dominique, l'ayant reconnue, la poursuivrait peut-être ? Si elle le revoyait souvent, trèssouvent, chaque jour! Qui sait ? il montait peut-être l'escalier, allait pousser la porte sans frapper, s'asseoir, croiser les jambes, dire : « Je t'aime toujours, tu sais. »
Elle, intacte et irréprochable dans la renommée humaine; elle qui traversait les foules avec un geste de bras qui éloigne même les respects et les remercie à peine, elle entendrait tout près d'elle, ici, dans la chambre où sa fille avait dormi, cet hommtî rire, et clic le ver-