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LA ROBE DE NOCE ET LE VOILE

— C'est moi, répondit la voix de Rosette. •— Entrez, dit Eve-Ange-Lys.

La femme de chambre entra avec un air où il y avait de l'étonnement aussi.

— Quelqu'un demande à parler à mademoiselle.

— A moi ?

— Oui, mademoiselle. Un monsieur.

— C'est impossible. Quelle heure est-il ?

— Onze heures.

— Avez-\ous prévenu M™« Ginérès ?

— Madame est sortie à la tombée de la nuit. Madame n'est pas encore rentrée.

— Eh! bien, prévenez mon tuteur.

— Monsieur est au cercle, comme tous les soirs.

— Je ne peux pourtant pas recevoir un étranger, toute seule, à pareille heure! Qui est-ce enlin? Il a dit son nom?

— Oui, mademoiselle. C'est à cause de son nom que je ne l'ai pas renvoyé tout de suite ; il dit qu'il s'appelle Gaston Ginérès , j'ai pensé que c'était un parent de Monsieur.

— Gaston ! dit Eve-Ange-Lys en frappant des mains, toute joyeuse.

Elle sauta vivement du lit.

— Gaston! il est donc revenu de voyage ? Oh ! comme il y a longtemps que nous ne nous sommes vus. J'étais toute petite, il était déjà grand garçon. Oui, oui, c'est quelqu'un de la famille. Rosette, et vous avez bien fait de le recevoir. Priez -le de m'attendre, je a'Ous suis, je descends tout de suite.

Naturellement, M. Jacques Ginérès, qui parlait peu de son frère, avait laissé ignorer à sa pupille les tristes aventures de Gaston. « Gaston voyage, avait-il dit, il reviendra peut-être, b Et elle était toute contente qu'il fût revenu, se faisant une fête de revoir son camarade d'autrefois, qui devait être un homme à présent.

Et comme c'était un homme, elle eut un peu de coquet-

terie. Elle s'assura qu'en dormant elle n'avait pas trop fripé sa robe, éleva devant la glace une bougie allumée, fit bouffer de la main ses cheveux légers qui volèrent, ne se trouva pas laide et descendit en courant pour ne pas faire attendre Gaston.

Les contentements de M. Cihon

Dans le petit café situé en face de l'hôtel Ginérès, — une salle carrée, maussade, aux tables de marbre gris, au plancher saupoudré de sable jaune, — il n'y avait plus, à cause de l'heure avancée, qu'un seul consommateur; mais celui-là pouvait compter pour plus d'un, car c'était M. Gibon, gros comme denx et buvant comme quatre.

M. Gibon, décidément, avait une idée fixe : empoigner Aladin et Gaston Ginérès. Ges deux hommes-là, il les lui fallait. Les policiers ont de ces caprices ; le choix du gibier est un des plaisirs de la chasse.

11 avait lancé M. Furtin aux trousses de Papiol; M.Flon avait été chargé de surveiller l'hôtel Ginérès, autour duquel Amand de Sergine, tôt ou tard, viendrait rôder.

L'homme au nez pointu et l'homme au joli ventre — bien qu'il les eût querellés le matin — n'étaient pas des maladroits. Ges deux apprentis seraient bientôt deux maîtres ; M. Gibon aimait à encourager la jeunesse.

Donc ils ne tarderaient pas à donner quelque bonne nouvelle à leur digne chef, la nouvelle d'une piste probable, peut-être mémo la nouvelle d'une arrestation; et M. Gibon avait placé son centre d'opéralions dans le petit café, en face de l'hôtel.

Ayant vidé, après trois mazagrans, quatre carafons

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