‹ La Petite impératriceChapitre 28 sur 67 · LIVRE QUATRIEME Eve- Ange-Lys · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME Eve- Ange-Lys

Emmenée^ elle ne sait où

— Venez, venez, hâtons-nous, dit Amand de Sergine. Eve- Ange-Lys répondit :

— Mais, Gaston, je cours, je ne peux pas courir plus vite. Mon Dieu, que cette aventure est extraordinaire !

Ils descendaient rapidement la rue du Faubourg-Saint- Honoré sous une petite pluie, contre un vent qui rebrousse.

Qu'avait-il pu lui dire pour la décider à le suivre ? Quel intérêt, lui-même, avait-il à l'emmener?

Il lui avait dit : « Oui, c'est moi, Gaston Ginérès. Votre ami d'enfance. Ne vous étonnez pas ; toute question serait une perte de temps. Un grand malheur est arrivé. Pour des raisons que vous devez ignorer, M^" Ginérès quitte la maison de M. Ginérès; c'est pour n'y plus rentrer qu'elle en est sortie ce soir. Il y a trois jours, j'étais à Turin; elle m'a écrit, m'a confié ses chagrins; je suis revenu. Jacques Ginérès est mon frère, mais tous les torts sont de son côté; c'est pourquoi je suis avec elle contre lui. Demain elle quittera Paris , mais elle veut

1G4 LA VIE ET Ll MORT D UN CLOWN

vous embrasser avant de partir. Elle m'a dit : « Allez à riîôtel, prévenez Eva, je l'attends. » Ainsi, sortons vite, avant que votre tuteur ne rentre. Demandez un chapeau, un manteau. Madame Ginérès nous attend dans la maison d'une amie, où elle s'est retirée.

Ce papillotage rapide de paroles éblouit, étourdit M"« d'Angélis. Elle ne comprit pas bien, crut qu'elle comprenait. Elle se dit : « Enlin, Gaston est pour moi comme un grand frère que j'aurais; » ajouta : « Pauvre ;^j[me Arabelle ! » fut un peu étonnée quand il la pria de ne pas emmener Rosette, le suivit cependant; et voici qu'elle était à son bras, faisant de petits pas qui se pressent, dans la rue obscure où il pleuvait.

Pourquoi l'emmenait-il? parce qu'il la voulait. Il avait décidé ceci : qu'Éva d'Angélis serait sa femme. Elle avait deux millions, elle était jolie; un ange avec des ailes d'or.

Mais comment pourrait-il l'épouser? N'était-il pas marié? Non, il n'était pas marié. Le plaisant mariage qu'une cérémonie religieuse dans une chapelle de château, à l'étranger! D'ailleurs, plus de cinq ans avaient passé; Rowena, abandonnée, avait dû retourner en Angleterre, ne reparaîtrait pas, était morte peut-être.

Il avait espéré d'abord que M°^^ Ginérès, terrifiée, lui livrerait Éve-Ange-i^ys ; de là son association avec Papiol, et leur plan commun, tout à coup rompu par le terrible incident de ce soir à la Vieille-Redoute.

Maintenant Aladin était pris et Gaston n'avait pas pu sauver M™^ Arabelle. Sans doute il ne serait pas entraîné dans leur sinistre débâcle; mais il se trouvait réduit à ses propres ressources, à sa seule habileté; pour avoir M"« d'Angélis, il fallait qu'il la volât lui-même.

Ce rapt, il l'accomplissait.

Plus tard, ayant la jeune fille en son pouvoir, ayant réussi peut-être à s'en faire aimer, — car il se connaissait élégant et subtil,— il traiterait directement avec Jacques Ginérès, lui disant : « Donne-moi ta pupille et les deux

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