‹ La Petite impératriceChapitre 30 sur 67 · PISTE RETROUVEE 16Î · texte numérisé non relu

PISTE RETROUVEE 16Î

j'habite : la petite porte du jardin et la grande porte sur l'avenue. J'ai réussi à dépister les ennemis de M°^^ Ginérès. Il n'y a plus rien à craindre, ni pour elle, ni pour nous. Tout à l'heure vous l'emhrasserez et vous lui conterez toutes vos aventures.

Il disait cela d'une voix un peu gaie, comme quelqu'un qui accommode sa parole à la naïveté d'un enfant, et il ajouta :

— Vous n'avez pas peur, au moins, ma chère Éva?

— Oh ! non, dit-elle, mais c'est égal, ce qui arrive c'est bien étonnant.

En réalité, elle avait peur un peu. Elle avait aussi du chagrin à cause d'Arabelle qu'on persécutait. Mais en même temps elle se sentait flattée qu'on la mêlât, elle petite fille, dans de si graves événements.

Le liacre suivait l'avenue de la Grande-Armée, allait toujours plus vite. Gaston Ginérès dit avec un joli rire :

— Vous ne savez pas à quoi je pense?

— Non, dit-elle.

— Eh bien, je pense que nous avons l'air de deux amoureux qui s'enfuient !

Piste retrouvée

Cependant, devant l'hôtel Ginérès, le capitaine Gaillonnet grondait, grognait, aboyait dans une toux tonitruante, et M. Flon, le ventre tout secoué d'émotion, essayait de se faire petit sous ce redoutable foudroiement.

— Brute ! animal ! gâteux! Avons seul, monsieur, vous êtes un tas énorme d'idiots. Un chien sans tête aurait plus de coup d'œil et plus de flair que vous; si je vous donnais à garder la colonne Vendôme, vous viendriez

me dire : « C'est extraordinaire, je ne sais pas ce qu'elle est devenue. »

M. Pion essayait de murmurer quelques humbles excuses : « Ce n'était point de sa faute s'il y avait dans ce quartier des maisons à deux issues et si Gaston Ginérès, entré parla petite porte d'un jardin, avait pu ressortir par une porte cochère qui ouvre sur les Champs-Elysées. Tout le possible, M. Flou, avec les deux autres agents, l'avait fait. Il avait éveillé le concierge. Il avait acquis la certitude que Gaston Ginérès logeait, en effet, dans cette maison. C'était quelque chose de savoir cela. Et M. Flou avait poussé plus loin les investigations ; il avait battu d'arbre en arbre l'avenue des Champs-Elysées, regardé sous le nez les derniers promeneurs. Mais voilà, le Ginérès avait eu quelques minutes d'avance, à cause de la petite porte refermée, et on n'avait pas pu le rejoindre. C'était un habile gaillard qu'on ne « pincerait » pas de si tôt, et qui leur donnerait du fil à retordre. >

— Je crois que vous vous trompez, mon cher monsieur Flon, et que nous le coffrerons cette nuit même.

Qui avait parlé? M. Furtin.

Survenu à pas légers, il souriait par-dessus l'épaule de son confrère, l'œil subtil, allongeant le nez.

— Que dis-tu là, mon fils? demanda M. Gibon, un peu rasséréné par la présence de son agent favori.

— Je dis que j'ai retrouvé le Ginérès perdu.

— Toi?

— Moi-même.

— Comment?

— Toici. J'allais à la préfecture selon vos ordres. Je descendais les Champs-Elysées, en rêvant. J'aime à rouler, le soir, des pensées vagues dans mon esprit.

— Furlin, no perdons point de temps. Vous savez où est l'homme, je l'admets. Mais vous ne le tenez pas, et il peut s'échapper pendant ces paroles inutiles.

— Non, il ne s'échappera pas. Nul besoin de se près

Page 1