IDYLLE, DRAME
ciennes joies. Qui les eût vus, les eût pris pour deux jeunes êtres unis dès les premiers jeux, s'étant appelés jadis « mon pe(it homme et ma petite femme, » déjà fiancés, bientôt époux.
Gaston reprit :
— J'étnis très-grand, je n'étais pas sérieux. Vous, sept ans; moi, quatorze. Mais vous étiez, ma foi, plus raisonnable que moi.
— Il est vrai, dit-elle, que vous étiez bien gamin.
— Rappelez-vous, c'est moi qui vous ai appris à faire de petits canons avec des branches de sureau.
— Oui, on retire la moelle d'abord, on met une balle de liège à l'un des bouts; de l'autre côté on pousse avec une baguette de bois, et ça fait pouf! J'avais toujours très-peur au moment où le coup partait.
— Je prenais un air guerrier, mais, au fond, je crois que le bruit du canon m'épouvantait aussi. Puis, je vous ai enseigné la manière d'élever les rossignols, et, un jour que le fermier de mon père nous en apportait un nid...
— Cinq petits, sans plumes, très- vilains , avec de grands becs, et qui criaient !
— Ce jour- là vous fûtes si contente que vous m'avez sauté au cou ! A propos, continua Amand de Sergine, vous n'avez pas remarqué une chose? Tout à l'heure, quand nous nous sommes revus, nous ne nous sommes pas embrassés.
11 se rapprocha d'elle, familièrement, avec l'air rieur et un peu bonhomme d'un grand frère ; il voulut la prendre par les épaules, l'attirer vers lui.
Elle se leva, gênée.
— Gaston, c'est mal, nous sommes là, disant des folies, pendant que M°^« Arabelle se désole. Oh ! je vous prie, dites-lui que je suis arrivée; qu'elle vienne! Je veux l'embrasser, puisqu'elle souffre.
Il s'était levé aussi, il était devant la porte, il repoussa ses cheveux d'un geste qui se décide, et, regardant bien en face Eve-Ange-Lys étonnée :
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— Mais cela est donc possible, lui dit-il, que vous n'ayez rien compris?
— Compris, quoi donc? demanda-t-elle.
— Que je vous aime et que je vous ai emportée! Eve- Ange-Lys recula, cria :
— - Arabelle ! où est M™« Arabelle ?
— Eh! le sais-je? et que m'importe? Ce que je sais, c'est que vous êtes là, vous, plus jolie et plus pure que les rêves des anges, et que vous m'écouterez ! — puisque je vous parle à genoux.
Elle comprit tout, mais vaguement, comme la parfaite innocence peut comprendre le mal. Elle s'épouvanta du piège où elle était tombée, conçut la solitude, le silence, la nuit autour d'elle; et, balbutiant: « Oh! mon Dieu! Gaston! Gaston, que me voulez-vous? » elle se tenait toute tremblante dans un coin de la chambre, se réfugiait derrière un rideau.
Mais il restait loin d'elle, à genoux.
— Je veux que vous n'ayez pas peur et que vous ne me haïssiez pas! Ce que j'ai fait, c'est mal, très-mal; je vous ai attirée dans un mensonge ; mais il ne faut pas me détester à cause de cela. Je voulais vous voir, vous parler. Revenir dans la maison de mon frère, ce n'était pas possible, car, vous ne savez pas, je suis brouillé avec lui, depuis longtemps. Et je vous aimais! Cela non plus, vous ne le saviez pas, que depuis mon retour d'Italie, — depuis plus de cinq mois, — je vous suis partout, je vous guette, j'essaie de vous parler avec les yeux; que je souftre quand je ne vous ai pas vue depuis une heure, que je souffre encore bien plus quand je viens de vous voir; qu'enfm, vous êtes ma vie et que je mourrai si vous ne m'aimez pas. Voilà ce que vous ignoriez aussi. Quels moyens avais-je de vous l'apprendre , puisque votre porte m'était fermée par la rancune de mon frère ? Aloi*s j'ai tenté une chose coupable. Jacques était sorti, ]yjmo Ginérès ai'était pas à la maison. Je suis entré, je vous ai menti, je vous ai emmenée. Mais ne trem*