‹ La Petite impératriceChapitre 37 sur 67 · MONSIEUR FLON SE REJOUIT · texte numérisé non relu

MONSIEUR FLON SE REJOUIT

nous arrive. Surtout, mon chat, ne retire le verrou que si tu connais les personnes.

On avait fini de s'installer autour du tapis. M. Paul, penché vers M. Gustave, lui empruntait deux louis pour ponter; et Raymonde tendait déjà la main vers les cartes.

— Qu'est-ce que tu mets? demanda M. Elysée Percinot.

Le journaliste escamoteur, chez la Maman, était un peu chez lui; et môme on racontait qu'il avait dû l'épouser autrefois, du temps qu'elle jouait à la Bourse.

— Ce que je mets? tout ce que j'ai, dit Raymonde en écartant impudemment les dentelles de son corsage.

— Je tiens! dit M. Gustave.

Cependant, la partie allait commencer sérieusement, et déjà les yeux des filles s'allumaient aux pièces d'or qui sortaient des goussets, quand M. Repluma rentra brusquement, pâle, furtif, avec l'air d'un chien battu qui cherche sa niche.

— La police! dit-il.

Monsieur Flon se réjouit

La police, en effet.

Les deux agents requis par M. Furtin avaient adroitement « filé * la voiture qui leur avait été désignée.

Ils faisaient les cent pas sur la route de Rueil, devant la porte de la Maman, quand arriva le chef de la sûreté.

Un homme et une femme, avec l'air de deux gens qui se cachent un peu, étaient entrés dans la maison, n'en étaient pas ressortis.

Donc, M. Gibon triomphait, grâce à ce matois de Fur-

tin et malgré cet imbécile de Flon; il arrêterait Gaston Ginérès et aurait le mérite de ramener au domicile familial la jeune fille enlevée.

Une seule chose le gênait ; la présence de lady Rowena. Elle lui avait dit : « Je puis aller avec vous, n'estce pas? Songez à l'épouvante de M"« d'Angélis, lorsqu'on arrêtera cet homme, lorsqu'elle se trouvera seule, sans amis, parmi vos agents. » Il lui avait répondu: « Soit, milady, venez. » Mais n'importe, cette grande femme silencieuse , qui marchait à côté de lui, sans gestes , les yeux grands ouverts, l'étonnait, l'inquiétait presque ; il n'avait pas l'habitude de faire des expéditions en pareille compagnie.

Cependant, il montait joyeusement l'escalier, fier, sûr de son fait, le coude sur l'épaule de l'homme au nez pointu , ayant dans toute l'attitude l'impertinence de la réussite. Et ce fut d'un pied négligent et hautain qu'il poussa la porte du salon où se consultaient, en tumulte, toutes les filles et tous les gendres de la Maman.

— Bonsoir, Tripier, dit-il ; tu as du monde à ce que je vois. Oui, oui, on plumait quelques pigeons en famille. Ouvre l'œil. Maman. Je suis bonhomme ; mais, si tu continues, tes affaires se gâteront.

La Maman se confondait en saints, faisait de gros sourires, comme quelqu'un qui veut tourner la chose en plaisanterie, disait d'un air bonne-femme: « Ah! vous, monsieur Gibon, vous n'aimez pas à tracasserie monde,» et songeait, dans le fond de sa pensée, à une pistole de Saint-Lazare qu'elle connaissait fort bien.

Il y avait, vers le fond du salon, un tassement de filles inquiètes et d'hommes à l'air fâché, qui se détournaient.

On est d'honnêtes gens, on est considéré, on est établi; bien que l'on ne coure aucun risque, il est fort contrariant d'être surpris en flagrant délit d'escapade; c'est dans ces moments-là qu'on voudrait être chez soi, dans son lit, fût-ce auprès de sa femme.

Mais M. Gibon, épanouissant son ventre, reprit :

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