‹ La Petite impératriceChapitre 39 sur 67 · MONSIEUR FLOX SE REJOUIT · texte numérisé non relu

MONSIEUR FLOX SE REJOUIT

Cet incident avait troublé la fête. C'est en vain que la Maman proposa de reprendre la petite partie , offrit de faire venir à ses frais trois bouteilles de Champagne. Il y eut une fuite, d'un commun accord ; emmitouflées de burnous, les femmes s'échappèrent, pendues à des bras de redingotes, selon des conventions antérieures; tout un rapide tumulte descendit les marches, dépassa le seuil, s'éloigna en quête de fiacres nocturnes ou d'auberges hospitalières. Et la Maman, dans sa désolation solitaire , considérait son salon blanc et or, splendidement éclairé, l'alignement des chaises, qui pourtant ne pouvaient pas jouer toutes seules, supputait les dépenses de son inutile souper, songeait que la petite Anatoline lui avait cassé une lampe de porcelaine.

Sur l'un des canapés de moquette, M. Repluma, ivremort,— car il avait, après le souper des autres, vidé tous les fonds de bouteille, — M. Repluma ronflait.

Elle lui dit :

— Canaille, tu t'engraisses à mes dépens ! L'autre aussi me gruge, mais il est joli; d'ailleurs, il ne vaut pas mieux que toi. Tout le monde s'entend pour me faire du chagrin. Toi, lui et la police. Me voilà propre, avec douze sous dans mon porte-monnaie!

La digne femme était tombée sur une chaise, à côté d'une console où il y avait une cave à liqueurs. Elle se jugeait victime des hommes et des choses. Elle était désolée. Elle saisit un flacon d'anisette, but à même, longuement; en même temps elle essuyait avec un mouchoir en tas ses gros yeux rouges où il y avait des larmes.

Un long soupir, le soupir d'une âme surchargée d'angoisse, lui fit lever la tête. Elle vit dans un coin du salon, près de la porte d'entrée, une femme assise, en robe noire, immobile, qui regardait.

C'était lady Rowena. Elle était restée là. Pourquoi? Parce qu'elle y était. Ce lieu-là ou un autre, instinctivement, lui était indifférent. Elle ne concevait qu'une

chose, c'est qu'on n'avait pas retrouvé Gaston Ginérès, et qu'Eve-Ange-Lys, pauvre fille, s'en était allée avec lui.

Les lamentations de Madame Tripier

La Maman dit :

— Tiens, qu'est-ce que c'est que cette femme-là. Elle n'a pas soupe ici. D'où sort-elle? Jolie, mais l'air trop sérieux, avec des yeux de somnambule. Tout en noir. Des façons de femme comme il faut. Connais pas. Qui diable m'a fichu cette femme-là dans ce coin?

Elle se leva, se rapprocha de lady Bellenden, continua d'une voix plus haute :

— Eh bien, ma petite chatte, qu'est-ce que vous attendez? Vous n'avez donc pas eu peur comme les autres? Je comprends, vous êtes arrivée pendant la bagarre; vous veniez chercher un monsieur qui était ici. Parti, ma belle. Tous des lâcheurs.

A ces paroles, et sous le regard de la Maman qui lui descendait de la tête aux pieds comme une salissure, Rowena tressaillit, se remit debout, marcha vers la porte.

— Je suis entrée avec les hommes de la police, ditelle, parce que je m'intéresse à l'afFaire qui les amenait. Quand ils sont partis, j'étais si troublée que je n'ai point fait attention à leur départ. Je me retire. Je les rejoindrai. Je vous demande pardon.

La Maman se dit : « Bon, encore une mouche, mais très-chic celle-là. Polie, une voix douce, et l'air si honnête! Vrai, on lui donnerait de bons vieux sans condition. Où diable M. Cibon peut-il en trouver de pareilles? » Et comme elle avait un grand respect pour

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