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LES CONFIANCES D UN VIEUX CCEUR

nous étions de braves gens. Pauvres et bohèmes, nou9 faisions des libéralités royales avec notre cœur, qui était tout notre avoir. Vous, pourquoi n'êtes-vous pas banquiers—et non banquistes,— bonnetiers ou charcutiers? Vous vendez de l'art comme on vend du lard. « Et avec cela, monsieur? » voilà ce que vous avez l'air de dire quand vous avez sauté^de trapèze en trapèze. « Risquons ma tête, c'est pour la quête. » Je le constate avec horreur : votre tréteau n'est qu'un comptoir. C'est pourquoi je vous parais ridicule, moi qui pousse l'enthousiasme des artistes et de l'art jusqu'à la vertu suprême, comme Perkins le Grand, et qui le pousserais jusqu'au crime, comme le grand Grimaldi! A côté de nos pères, nous étions des pygmées, mais nous sommes des géants auprès de vous, petits ! Sij'ouvrais, comme un grand oiseau fait de ses ailes, les basques de mon frac bleu, je pourrais vous en couvrir tous, et, vous emportant avec moi, vous êtes si peu de chose qu'à chacun de vous qui tomberait je ne m'apercevrais pas de ma charge diminuée !

Le vieux bonhomme avait grandi. Sa perruque orgueilleuse remuait dans l'air. Ses loques d'azur, autour de lui, frissonnaient comme les plumes d'un aigle étrange qui va prendre son vol, et pendant qu'il parlait, les autres, voulant rire et n'osant plus, considéraient avec un dédain humilié ce grotesque vieillard, burgrave des baraques foraines.

Mais la grandeur, même ridicule, ennuie. On le railla, on le chassa, en se disant : « C'est extraordinaire tout de même! » Et lui, à qui ses propres paroles avaient révélé sa valeur, s'éloigna fièrement, avec une sorte de contentement amer de ne pas employer ces hommes, artistes a jamais déchus, au salut de son Aladin.

Il fallait le sauver pourtant. Le bourreau, cela existe' la guillotine, cela est vrai! On coupe la tête aux gens lorsqu'ils sont condamnés.

Insensé plus qu'à demi, il courut de tréteau en tréteau^

dit à l'hercule : « Viens, tu es fort; » dit au sauteur : t Viens, tu es agile. » Mais ni le sauteur ni l'hercule ne voulurent l'entendre. Alors le pauvre vieil homme, seul au milieu de la foire qui commençait à allumer ses quinquets, reconnut enfin que personne ne lui viendrait en aide. Il se laissa tomber sur l'herbe , au pied d'un arbre de l'allée, brisé, écrasé, ayant peine à soutenir sa tête, où ses yeux pleins de larmes lui paraissaient trèslourds.

Là-bas, près de la cascade, sous deux lampes qui reluirent tout à coup, un tréteau très-étroit lui fît l'effet d'un échafaud, et un homme qui montait de l'intérieur avait une tête qui se baissait, d'une façon sinistre, comme pour tomber.

Derrière M. Amaryllis, une voix dit ces mots :

— Monsieur, c'est vous qui, tout à l'heure, parliez d'Aladin, dans la baraque qui est là, en face?

Il se retourna, vit une jeune femme aux joues rouges, en armure de carton d'acier.

— Oui, c'est moi, dit-il.

Elle reprit :

— Je vais vous expliquer. Je suis la Pucelle; j'aime Aladin. C'est une chose qui arrive : bien longtemps on a voulu aimer beaucoup de gens, et tout à coup, on aime quelqu'un, sans le faire exprès. Il est si aimable, Dunois! Il a l'habitude de battre, je ne dis pas; mais les bras qui battent comme cela sont les bras qui embrassent le mienx. Des hommes pareils à lui, je n'en ai jamais rencontré. Pour le tirer des grifïes de la justice, j'ai fait tout le possible; j'ai accusé la grande dame et le seigneur au bonnet pointu. Mais bah! ce sont des malins, les juges. Aussi, quand je vous ai entendu parler à L'Epicier, je me suis dit : « Voilà un homme qui s'intéresse au beau Dunois, il faut que je cause avec lui. » Vous savez, je suis une pauvre fille. Une pas grand'chose. J'ai eu beaucoup d'amants, et si je n'en ai pas eu d'autres, c'est que les autres n'ont pas voulu. Je

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