‹ La Petite impératriceChapitre 5 sur 67 · LES DEUX MACHOIRES DE L ETAU · texte numérisé non relu

LES DEUX MACHOIRES DE L ETAU

— Qu'ai-je donc à craindre de la guerre? dit-elle.

En ce moment, un valet en livrée, qui portait un plateau de rafraîchissements, venait d'entrer dans la serre.

— Dominique, dit Gaston Ginérès, offrez une glace à M"^ Arabelle de Villaudric.

Les deux mâchoires de l'était

Dominique ? Oui, Papiol.

Rien de plus simple : on boit, dans une taverne, avec des domestiques ; on dit : « Ah ! ah ! vous donnez donc un hal^ ce soir ? Je voudrais voir cela de près, un hal du grand monde. Il y a bien quelque vieil habit de valet ? Prêtez-le moi ; je vous aiderai.» Et Ton entre, spectre en livrée.

Là, dans cette serre parfumée, où pénétraient, avec des boufîées d'air nocturne., les bruits si proches des danses, des musiques, des rires, de toute cette joie qui était comme le sourire de sa gloire, là, pétrifiée et l'œil révulsé d'horreur, Arabelle regardait Dominique , debout devant elle, et qui riait.

Brusquement, elle secoua ses cheveux, comme voulant se dégager le front d'une étreinte, et courant vers la porte, cria :

— Que me veut-on? Est-ce que je vous connais? Mais Gaston Ginérès était debout à l'entrée de la serre,

et Papiol, saisissant Arabelle par un de ces beaux bras nus dont il connaissait la peau fraîche, la ramena vers un siège au milieu de toutes les fleurs.

— Reste là. Si tu veux, tu peux appeler. Qu'est-ce que j'ai à craindre, moi? Si tes invités viennent ici, eh bien, je leur conterai une histoire. Ils ne me croiront pas?

40 LA VIE ET LA iMORT D UN CLOWN

Allons donc! Les gens croient toujours ce qui est vrai, surtout quand cela ressemljlc à une calomnie; et puis, je ne me gênerai pas, parLlcu! pour t'embrasser devant le monde.

Elle s'enfonçait le visage dans ses bras, dans ses genoux, comme voulant fuir sous les étolfes.

— Ah ! tu m'as laissé, tout seul, la nuit, dans le champ ! « J'en ai assez, de ce garçon-là. Un domestique, c'est très-bien ; mais un banquier, c'est mieux : délivrons-nous du domestique. » Et tu m'as ilanqué à la porte avec une recommandation pour le bagne. Puis, tu t'es dit : « Voilà qui est fait. Ne pensons plus à cela. Est-ce que ça se retrouve, un valet? Est-ce que ça ressort de la boue, ces gens-là? Le bois de tulipiers, la petite mansarde audessus de l'écurie, des rêves tout cela. » Donc tu m'as jeté dehors comme on se débarrasse d'un mauvais livre que l'on s'est amusé à lire; et maintenant, tu es très-contente, tu es môme très-honnete. Pour être plus loin de moi, tu t'es réfugiée dans la vertu. Eh bien, moi, j'arrive, et je saute à pieds joints dans ta vertu et dans ton contentement. Mille tonnerres! me voici. Tu sais, tu me plais, tu as engraissé. Eh! relève donc la tête. Regardemoi. Je dois être fort bien sous votre livrée, madame.

Ce qui reste d'une statue de reine, tombée d'un dôme de palais dans la rue, parmi les fanges, c'était ce qui restait, sous l'œil fixe d'Arabelle, de ses rêves et de ses grandeurs.

Quoi! elle ne se redresserait pas? Elle ne fuirait pas cette hideuse présence!

Papiol lui tenait les mains et, penché vers elle, voulait la forcer à le regarder en face.

Mais Amand de Scrgine s'était rapproché.

— Dominique, dit-il, vous êtes brutal. Les choses les plus dures peuvent se dire d'une façon très-douce, et il ne faut pas, en apparence du moins, abuser insolemment de la victoire.

Oh! comme clic se sentait bien prise dans un piégc

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