‹ La Petite impératriceChapitre 58 sur 67 · VIOLA SILENCIEUSE · texte numérisé non relu

VIOLA SILENCIEUSE

culc, — il dit à M. de Moligny, avec qui, cette nuit-là, il avait soupe :

— Nous sommes dans l'enceinte du pesage.

Viola silencieuse

Qui donc allait-on guillotiner?

Plusieurs jours auparavant, après quelques heures passées dans la cage, M°^^ de Soïnolï avait dit à Papiol :

— Un ingrat? Non, certes. Trois fois non. Vous êtes charmant, partez.

Papiol sauta sur l'espagnolette, ouvrit la fenêtre, dégringola.

C'était le soir, dans un jardin. Entre les branches, pas d'étoiles. Gà et là, des buissons noirs. Une allée qui s'en va entre des rosiers éteints par la nuit.

— Mon fils ! dit M. Amaryllis en serrant Aladin dans ses bras, furieusement.

La Pucelle était là, derrière eux, attendant d'être embrassée à son tour.

Papiol dit :

— Oui. Tu es un brave homme. Ce que tu as fait, c'est raide, mais c'est très-bien. Bonsoir, la Pucelle. Tu sais, sois jalouse. Remarquable, la duchesse! Nous en recauserons. Par où sort-on d'ici?

Il regardait à droite, à gauche, animal qui cherche une issue.

Il reconnut Viola, assise au pied d'un arbuste.

— Ah ! diantre ! dit-il.

Elle leva la tête, regarda Papiol, ne le reconnut pas. C'était une âme morte; elle ne haïssait même plus, pour avoir trop aimé.

294 LA VIE ET LA MORT d'uN CLOWN

Mais le cheval, qui ne la quittait jamais, eut un hennissement qui se fâche. La femme avait oublié, la bête se souvenait peut-être.

Ce cri aurait pu donner l'éveil ; M. Amaryllis s'élança du côté de Puck, lui comprima les mâchoires, et, se tournant vers Aladin :

— Nous sommes venus pour t'aider. Si l'on te poursuivait, nous arrêterions les agents. La Pucelle les étranglerait et Chiffon les mordrait. Toi, va-t'en, file, disparais.

— Oui, dit l'autre, M. Amaryllis reprit :

— Les bois, c'est profond et c'est noir. D'ailleurs, tu es protégé par la dame de là-haut. Elle retiendra les hommes de police. Enfonce-toi sous les branches. Cache-toi. Attends le jour. Trouve une gare. Monte dans un train. Il y a des frontières. Sois sauvé!

— Voilà de l'argent, dit la Pucelle.

— Une idée 1 cria M. Amaryllis avec un cri assourdi. Monte sur le poney. Au fait, je l'avais amené pour cela. Puck, c'est une locomotive à quatre pattes. En selle, mon fils ! Il n'a pas de fers aux pieds, parce que le maréchalferrant ne voulait plus faire crédit. Tant mieux, le galop ne fera pas de bruit; choisis les routes sablées. Mais va donc, va-t'en donc! tu devrais déjà être à Bruxelles.

— J'ai de bonnes jambes, dit Papiol.

Cependant, il enfourcha le cheval, qui se laissa faire avec complaisance.

M. Amaryllis prit la bête par la bride, enfila l'allée de rosiers, ouvrit une grille de bois.

— Aladin! embrasse le vieil homme qui ne t'a jamais fait de mal. Tu es libre, tu es un grand artiste; cela suffit. Je t'aime et je suis heureux.

Le vieux clown s'en retourna, pendant que le galop du cheval sonnait sourdement sur le sable de la route. ^ Il dit à la Pucelle :

— Parti, on ne le guillotinera pas.

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