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LE DIPLOMATE, JOURNAL DU SOIR

Jeanne-Rose aussi, avec une seule de mes boucles d'oreilles. Mon amant est ministre, à moi, et le vôtre a été ambassadeur chez les sauvages ! Mais il ne faut pas croire que cela se passera comme ça. Anatoline Meyer se iiche de vous, voilà, et elle vous en fera voir de grises, à vous, à votre théâtre et à votre Jeanne-Rose, qui est la maîtresse d'un marchand de charbon! Cela ne m'étonne pas si elle a l'air d'une négresse.

Là-dessus, elle quitta le foyer, redescendit, rêvant papiers timbrés, avocats, juges, — robes noires jugeant des robes roses.

Mais une idée lui vint tout à coup, et, montant dans un coupé de remise, elle se fit condu ire, rue Richelieu, aux bureaux du Diplomate, journal religieux, politique et littéraire, qui avait pour rédacteur en chef Aristide Gavagnol.

Le Diplomate, jouimal du soir

Ce journal-là n'existe plus, heureusement. Il a disparu sous le grand coup de balai, avec d'autres ordures.

Pour se donner grand air, il avait pris ce titre : Le Diplomate, journal du soir, religieux, politique et littéraire.

Religieux? à coup sûr. R insultait quotidiennement à la conscience libre, à la fraternité humaine ; quand les feuilles libérales résolurent d'élever une statue au défenseur de Galas, il publia cette phrase restée célèbre : « Les jugements redoutables de Dieu permirent que Diderot et d'Alembert, ces funestes amis de Voltaire, ne laissassent pas entrer, dans la chambre du philosophe mourant, le confesseur qu'il réclamait; et Voltaire, s'étant jeté sous

le lit dans sa diabolique agonie, expira en portant à sa bouche ses propres excrémenls. »

Politique? certainement, puisqu'il était gouvernemental, quel que fut le gouvernement, puisqu'il était ministériel, quel que fût le ministère.

Littéraire? N'en doutez pas. Une espèce de corbeille interlope où se faisait, au comptant, l'agio des renommées. On y vendait, contre espèces, de la notoriété. Quelque chose comme la Petite Bourse de la gloire.

Etant triple, il avait trois inspirateurs principaux:

Un curé, Tabbé Benoiton;

Un ancien courrier d'ambassade, Lévikreuz;

Un escamoteur spirite, M. Elysée Percenot, qui avait fait un livre sur les tricheries des joueurs : imaginez les Confessions d'un « grec. »

L'abbé Benoiton devait son surnom à cette particularité de sa vie qu'il n'avait jamais résidé, se faisant promptement chasser des cures où on l'installait. Dans une bourgade assez proche de Paris, il fut surpris, de nuit, par un mari jaloux, au moment où, selon la tradition des abbés Marforio, il montait à une échelle de corde; vous avez bien lu : une échelle de corde. Galant anachronisme. Il y eut scandale, puis procès. Mais, en dépit des foudres épiscopales, l'abbé Benoiton s'obstina à garder la robe noire, et sournois, lettré, fin, vivant, spirituel et joli, — l'air d'une souris qui avance la tête, — il conservait ses entrées dans plus d'une sacristie, avait encore Toreille de quelques secrétaires d'évéché.

L'ancien courrier d'ambassade était juif de race, et Croate de nation. « Lévi », c'était la moitié juive; « Kreuz, » la moitié croate. Cosmopolite d'ailleurs, il savait huit ou dix langues, mais parlait mal chacune d'elles, avec l'accent mêlé de toutes les autres.

Il avait été, disait-il, secrétaire intime de M. de Gavour, recevait, de tous les points de l'Europe, des lettres où il y avait de grands cachets, ne les ouvrait que dans les coins, d'un air mystérieux. La vérité c'est qu'il entre-

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