II. — CHALEUR ANIMALE
L’expérimentation révèle l’influence du corps thyroïde sur la chaleur animale.
A la suite de la thyroïdectomie, la température baisse chez les divers animaux. Pour prendre un exemple, un agneau dont la température était de 38®, 5, opéré par M. Jeandelize, a un abaissement thermique à 33®, 6, vingt-quatre jours après l’ablation des lobes thyroïdiens. La température était tombée successivement à 37®, 36®, 8, 35®. En même temps s’établirent un affaiblissement et une stupidité des plus prononcés, et un état général très grave. Une injection de thyroïdine fit monter la température à 36®, 5. L’animal se remit, devint plus alerte. L’exposition à une forte chaleur contribua à l’améliorer encore. La température rectale s’éleva à 39®, 2. Il est juste d’ajouter qu’un fragment de corps thyroïde n’avait pas été enlevé par l’opération.
Steyrer insiste sur l’accroissement énorme du nombre des calories par l’administration de thyroïde dans le myxœdème. C’est, un fait sans égal dans la pathologie du métabolisme. L’accroissement observé dans la fièvre est insignifiant à côté de celui-ci.
Chez l’homme, il existe toute une série de
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troubles de calorification dont nous avons fourni la description.
a) La forme la plus atténuée se traduit par le refroidissement des extrémités, surtout des pieds, continu, bien qu’avec exacerbation hivernale, qui est souvent inconscient, en particulier chez les enfants, ou subconscient. Le refroidissement, en effet, n’est pas considérable, et le sujet s’est tellement habitué à son symptôme, qu’il ne songe pas à le signaler au médecin, à moins d’une question précise adressée à ce sujet.
b) Un deuxième état est représenté par la frilosité, soit circonscrite à une ou plusieurs extrémités, soit localisée au dos, aux cuisses; soit générale. La sensation est devenue consciente. Le malade s’en plaint. Le frileux, au reste, souffre presque constamment du froid, mais surtout l’hiver. Il s’enveloppe de châles, de manteaux, la nuit de couvertures. On le voit toujours, dans la saison froide, rechercher les sources de chaleur artificielle. Il lui faut des boules chaudes aux pieds la nuit. La température de ses bains doit être particulièrement élevée.
c) Un troisième stade se signale par des frissons, bien observés par Hertoghe dans l’hypothyroïdie bénigne. « Des frissons parcourent le corps, surtout la région dorsale, à certains moments de la journée, vers quatre à cinq heures du soir. » D’autres fois, c’est peu après le repas qu’on les voit éclater, ou dans la première partie de la matinée. Ils durent l’espace d’un éclair ou se prolongent, s’accompagnent parfois d’horripilation, de claquement des mâchoires, de tremblement généralisé; le plus
souvent, ils provoquent un mouvement de rapprochement brusque des bras le long du corps. Les sujets accusent fréquemment une sensation d’eau glacée qui coulerait dans le dos ou les membres.
d) Dans un certain nombre de ces cas, la température centrale est au-dessous de la normale, de quelques dixièmes, souvent davantage la nuit. Et ce refroidissement organique explique peut-être une partie des malaises, que ressentent les hypothyroïdiens pendant la nuit ou au matin.
e) Ces hypothermisés présentent souvent une hyperesthésie exquise au froid (Hertoghe). Le moindre courant d’air leur occasionne des douleurs rhumatoïdes, névralgiformes, qualifiées de lombagos, torticolis, migraines. Ces mêmes sujets font, sous l’influence des refroidissements, des autoinfections banales (coryzas, angines, etc.).
Tous ces symptômes sont monnaie d’hypothyroïdie, comme le prouvent les résultats de la médication. En voici des exemples :
Notre premier malade, rhumatisant chronique, qui était étonnamment frileux, qui supportait dans la chambre où il se trouvait une température de 25 degrés et qui vivait, en plus, comme enroulé dans un paravent de verre, se mit à moins craindre le froid, sous l’influence de la médication thyroïdienne. Bientôt il demanda la suppression du paravent, la nuit il se couvrit moins, et, ultérieurement, lui, qui désirait plusieurs couvertures et un édredon, se contenta d’une couverture légère.
Une dame d’une cinquantaine d’années, rhumatisante, facilement fatiguée, souffre constamment du froid depuis l’enfance. Elle a les pieds glacés,
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môme en été, ne peut facilement les réchauffer, éprouve dans le dos une frilosité circonscrite qu’elle combat par un supplément d’ouatage de son manteau, applique l’hiver le dos contre les radiateurs, ressent des frissons.
Soumise au traitement thyroïdien par cachets de 0,025 milligr., elle se montre très sensible à la médication, qui, très rapidement, influence favorablement son rhumatisme. Et bien que ce soit le mois de janvier, dès les dix premiers cachets thyroïdiens, elle est moins sensible au froid, se réchauffe mieux, a moins de frissons; au mois de février ( 40^ de cachets), elle peut se passer de bouillotte. Au mois de mai, ayant continué la thyroïdothérapie, elle nous dit qu’elle n’arrive plus à avoir froid; elle travaille avec plaisir la fenêtre ouverte. Tout en ressentant une chaleur agréable, elle n'éprouve plus, par contre, ces bouffées de chaleur dont elle se plaignait auparavant.
Un de nos sujets, femme de 56 ans, atteinte d’un goitre, qui rétrocède lentement sous l’influence du traitement thyroïdien, et d’une chevelure naine, éprouve par le refroidissement un ensemble de phénomènes qu’elle mettait, avant la médication, sur le compte de grippes à répétition. La substance ihyroïdienne la met à l’abri de ces malaises, mais pendant longtemps, ils avaient eu une tendance à se reproduire, lors de la cessation du traitement. D’une façon générale, il lui faut des doses plus élevées du médicament en hiver, et lors de la reprise des froids.
Un autre malade, atteint antérieurement d’iritis rhumatismal, est glacé même en été. A l’entrée
des froids, il éprouve un état de fatigue générale, avec asthénie gastro-intestinale, et troubles du caractère. Il se porte mieux à la suite d’une marche qui le réchauffe, ou dans un appartement bien chauffé. Le traitement thyroïdien, à la longue, le rend moins frileux et simultanément le soulage, pour sa fatigue et ses troubles digestifs.
L’action du corps thyroïde sur la chaleur animale est encore démontrée indirectement par des effets opposés de la médication. Ce sont des signes de thermogénèse excessive qui se manifestent, comme dans les deux cas suivants, soit à la suite de l’emploi erroné de doses exagérées de corps thyroïde, soit par l’ingestion de doses momentanément trop fortes, au début de la médication.
Une malade, rhumatisante chronique et remarquablement frileuse, fut, à la suite de l’ingestion de doses de corps thyroïde prises par erreur (o gr. 75 un jour, 2 gr. 50 le lendemain), en proie à des bouffées de chaleur, à une sensation de chaud insupportable, qui lui faisait rechercher les courants d’air et ne lui permettait pas de tenir en place. Ces phénomènes persistèrent, quatre jours après la cessation du traitement qui avait été ingéré, à ces doses, pendant quatre jours également.
Le second exemple est relatif à une rhumatisante chronique de l’hospice d’Ivry, aménorrhéique, guérie par le traitement thyroïdien d’érysipèles à répétition (v. p. 247).
Au début de la médication, dès que nous doublâmes les premières doses de 0,10 cgr., elle fut prise de chaleurs^ besoin d’air, en même temps que de transpirations, diarrhée, phénomènes qui cédé-
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rent à la suspension du traitement, et ne se reproduisirent plus ultérieurement lorsque, progressivement, nous l’avions ramenée aux doses mal tolérées, et même soumise à des doses supérieures.