III. — APPAREIL DIGESTIF
a) APPÉTIT
L’insuffisance thyroïdienne s’accompagne de diminution d’appétit, d’absence d’appétit, d’ignorance du sentiment de la faim. L’enfant ne prend de nourriture qu’à force de supplications. Il choisit entre les mets qu’on lui sert, ne mange que les plats sucrés ou les friandises et déteste en général le pain.
L’adulte mange par raison, mais ne s’assied jamais à table avec plaisir.
Trois notes que nous avons consacrées à cette question, montrant en outre l’influence du corps thyroïde sur la faim, ont bien mis en lumière la notion de l’anorexie hypothyroïdienne.
Les exemples suivants montrent l’action du corps thyroïde sur l’appétit alimentaire. Notre premier malade, dès le 8® cachet d’extrait thyroïdien, a ressenti un appétit plus marqué. Il mangeait davantage aux repas, et goûtait entre ses repas, contrairement à ses habitudes. Quand il ingéra des doses fortes de produit thyroïdien, son entourage le croyait atteint de ténia. — Une jeune fille de 12 ans, qui mesurait 1 m. 24 et pesait 25 kilos, n’avait jamais connu la faim. Sous l’influence de
64 cachets de 10 centigr. de corps thyroïde, elle aA ait récupéré non seulement un appétit d’enfant ou même de grande personne, mais elle avait, — disait sa mère, — un appétit d’ogresse. Pendant ce temps, le poids s’éleva de 4 kg. 400, la taille augmenta de 4 cent. 1/2. — Chez un jeune homme de 16 ans, 4 cachets de 0 gr. 025 de poudre thyroïdienne, doublèrent l’appétit et entraînèrent une augmentation de poids de 500 grammes. L’ingestion de 6 nouveaux cachets produisit un appétit féroce, inusité. Le jeune homme mange comme un ogre, — nous dit sa mère, — et cette fois-ci il engraisse de 4 livres dans la semaine.
Von Klimpély a observé une augmentation considérable de l’appétit chez les crétins soumis à la médication thyroïdienne. Il y a désœdématisation d’abord, puis engraissement des sujets.
Une observation récente de Tarrius, montre que l’anorexie mentale peut trouver sa guérison dans l’emploi de l’opothérapie thyroïdienne. Si, dans ces cas, le mécanisme est complexe, et s’il n’est pas permis de rattacher absolument au trouble de l’appétit les phénomènes mentaux qui l’accompagnent, on peut, tout au moins, admettre que l’éveil de l’appétit a modifié l’état mental du sujet. Son poids a passé de 18 kilos à 56 kilos, de novembre à mai.
Siegmund a décrit chez les hypothyroïdiens une faim morbide pour le sucre^ traduisant un besoin immodéré de cette substance. Le traitement thyroïdien fait disparaître ce trouble.
La soi/ est souvent diminuée chez les hypothyroïdiens. De l’ingestion insuffisante de liquides, il
EXPOSÉ CLINIQUE
résulte de Voligurie. Le traitement thyroïdien augmente fréquemment le besoin de boire, et simultanément la diurèse.
Par opposition, il faut signaler la polydipsie, indépendante de toute glycosurie, que nous avons relevée, en particulier chez les enfants migraineux. Il s’agit d’un phénomène d’hyperthyroïdie, susceptible d’être réglé par la thyroïdothérapie à petites doses.
b) GLANDES SALIVAIRES
Mikulicz a décrit, en 1892, une affection caractérisée par un gonflement symétrique des glandes lacrymales, suivi le plus souvent d’une tuméfaction également symétrique des glandes salivaires.
Ce syndrome peut être dissocié et ne porter que sur les glandes salivaires. Par contre, il n’est pas impossible que le gonflement des glandes salivaires, et particulièrement des parotides, s’effectue pour compenser une insuffisance thyroïdienne. L’hypertrophie des parotides est très visible chez un myxœdémateux incomplet, dont nous avons rapporté l’observation avec photographie. Elle était de même très marquée, chez un myxœdémateux que l’un de nous a observé, dans le service du D' Faisans avec M. Barthélemy. Un sujet, présenté par MM. Joseph et ï.de Jong, avec hypertrophie de toutes les glandes salivaires, était également un infantile, comme M. Apert en a fait la remarque. M. Apert lui-même a publié un cas personnel, et pense que le syndrome comporte, outre l’hypertrophie des glandes salivaires et des glandes lacrymales, un
84 LA l'ETlTE INSUFFISAA'CE THYROÏDIEjNNE.
retard de 'Ja croissance et l’atrophie de la glande génitale.
Nous avons noté, d’une façon transitoire, chez une malade atteinte de migraine thyroïdienne, et ayant suspendu .depuis plus d’un an le traitement thyroïdien, un gonflement parotidien transitoire qui fut successivement bilatéral et qui avait fait poser tout d’abord le diagnostic d’oreillons (^).