‹ La petite insuffisance thyroïdienne et son traitementChapitre 13 sur 61 · C) SYSTÈME DENTAIRE · texte numérisé non relu

C) SYSTÈME DENTAIRE

L’insuffisance thyroïdienne se manifeste, sous des formes différentes, sur l’appareil dentaire. Elle se traduit en premier lieu par un retard de l’évolution des dents. Cette notion est classique dans le myxœdème.

Le traitement thyroïdien, chez l’homme, réalise . une véritable expérimentation, qui vient éclairer cette question. Kassowitz signale 5 cas vraiment remarquables :

22 mois : 0 dent — 6 mois de traitement : 16 dents; 31 mois : 2 dents — 1 an de traitement : la dentition est achevée ;

25 mois : 4 dents — 5 mois de traitement : 1 1 dents ; 20 mois : 1 dent — 1 an de traitement : 17 dents; 16 ans : restes de dentition ;

— 1 an de traitement : 6 dents de 2<^ dentition;

— 2 ans de traitement : 18 dents.

(‘) Les réactions des glandes salivaires à lïnsuflisance thyroïdienne du myxœdème représentent un argument de idus en faveur de l’hypothèse d’une sécrétion interne des glandes salivaires, hypothèse émise par Pagliai.

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L’arriération dentaire se retrouve dans le crétinisme. Eysselt von Klimpély signale la présence des dents de lait, chez des crétins de 14, 16, 18 ans. Dans un cas, les dents de lait tombèrent par le traitement, pour faire place aux dents permanentes.

Fait intéressant; l’arriération dentaire, soignée par le traitement thyroïdien, chez des sujets qui ne sont ni myxœdémateux, ni arriérés, peut donner de bons résultats, ainsi que le prouvent les observations de M. Dunogier et nos observations personnelles.

Les sujets en état d’hypothyroïdie auraient les dents de la deuxième dentition mal placées (d’après Hertoghe). Pour ce même auteur, elles. seraient exposées à la carie. Cette lésion pourrait s’expliquer, à la vérité, par un trouble de la calcification, et par les auto-infections faciles auxquelles prédispose l’insuffisance thyroïdienne. Mais il ne suffit pas de constater la fréquence de la carie dans l’hypothyroïdie, pour tirer une conclusion valable. Car la carie dentaire, comme l’hypothyroïdie, est fréquente, et pour rapporter la carie dentaire à l’hypothyroïdie, il est nécessaire de démontrer que le traitement thyroïdien a fait rétrocéder la carie dentaire ou en a entravé l’évolution, ce qui n’a point été fait jusqu’à présent. La question reste donc en suspens.

L’influence du traitement s’étant, par contre, fait sentir dans la gingivite expulsive, avec état branlant des dents, on peut envisager ce syndrome comme pouvant être hypothyroïdien.

Il en fut ainsi, en particulier, chez une de nos malades, dont l’histoire a été rapportée par M. Frey

86 LA PETITE lîsSUFFISANCE THYROÏDIENNE.

au Congrès de Clermont-Ferrand. Il s’agissait d’un sujet peu développé, migraineuse, rhumatisante, etc., chez qui les 15 dents, qui lui restaient, branlaient. Sous l’influence du traitement thyroïdien qui la transforma, et à l’exclusion de tout traitement local, les dents se consolidèrent. Nous avons rapporté en outre, dans l’Introduction à nos premières Études^ deux cas de rhumatisme chronique avec gingivite, ébranlement des dents, arthritisme dentaire, dans lesquels le traitement thyroïdien raffermit l’appareil dentaire.

Il est juste de remarquer que, chez la malade du D‘ Frey, lors d’une poussée ultérieure de gingivite, plus légère que les précédentes, il y eut de nouveau un état branlant de dents qu’améliora de même le traitement général. On retrouve d’ailleurs, dans l’histoire de sujets hypothyroïdiens, des épisodes dentaires de ce genre, qui ont disparu pour ainsi dire spontanément, sous l’influence du traitement local seul.

Ce qu’il faut mettre encore en relief, c’est que chez la malade aux 15 dents branlantes, l’examen radiographique des phalanges avait démontré un état sénile, à rapprocher de l’état, qu’on peut considérer également comme sénile, de l’appareil dentaire.

d) ESTOMAC

Des troubles stomacaux peuvent ressortir à l’insuffisance thyroïdienne. On le conçoit, étant donné l’influence du corps thyroïde sur l’appareil muscu-

EXPOSÉ CLINIQUE

laire, sur le système nerveux, sur les systèmes vaso-moteur et glandulaire, en général.

Nous avons insisté sur l’action favorable des préparations thyroïdiennes, au point de vue du fonctionnement de l’estomac dans notre travail sur la neurasthénie, à propos d’un sujet de 50 ans, frileux, fatigué, incapable de travailler le matin, rhumatisant, etc., qui, ayant consulté successivement tous les spécialistes pour les affections de l’estomac, avait recueilli les diagnostics de nervosisme stomacal, hyperchlorhydrie, dilatation d’estomac, etc. Or, le traitement thyroïdien à petites doses, avait amélioré son état gastrique, en même temps que le reste de ses fonctions, et lui avait permis de digérer sans peine toutes les catégories d’aliments.

Trois ans plus tard, ce sujet, qui en réalité était en état d’instabilité thyroïdienne, prit une maladie de Basedow avec lobe droit pulsatile, que Kocher lui enleva. Or, l’hyperthyroïdie basedowienne avait réalisé, chez le malade, une autothérapie portant sur le froid, la fatigue, les troubles d’estomac. Le malade pouvait à nouveau digérer, sans malaise, tous les aliments.

Dans un autre cas, un sujet de o8 ans, atteint d’une pelade localisée, grand, nerveux, souffrant de son estomac depuis trois ans, a été amélioré par le traitement thyroïdien à petites doses, et a pu se livrer à une véritable acrobatie stomacale sans inconvénient.

Hertoghe note, à maintes reprises, dans ses observations, les troubles dyspeptiques, qu’il vit de même céder à la médication thyroïdienne.

*S8 LA PETITE IiNSUEFISANCE THYROÏDIENNE.

Verstraeten et Vanderlinden, considèrent que la glande thyroïde est indispensable à la digestion gastro-intestinale.

e) INTESTIN

L’insuffisance thyroïdienne comporte divers troubles intestinaux. Les uns, telle la constipation, se rattachent directement à l’hypothyroïdie. Les autres n’ont avec elle qu’un lien indirect : tels, la diarrhée, la syknokénose, l’entérite muco-membraneuse, les hémorrhoïdes. Nous nous occuperons surtout ici de la constipation.

A. — CONSTIPATION THYROÏDIENNE

1° Il existe une constipation hypothyroïdienne comme le démontrent divers arguments :

a) Son existence habituelle dans le myxœdème humain et à la suite de la thyroïdectomie expérimentale.

b) Les effets, dans la constipation, du traitement thyroïdien sur lesquels nous allons revenir.

c) La production de la diarrhée par thyroïdisme alimentaire.

cl) La présence de la diarrhée au cours de la maladie de Basedow.

De ces divers caractères, qui autorisent à ranger la constipation parmi les troubles d’hypothyroïdie, le plus intéressant est fourni par les résultats du traitement. La question, à ce point de vue, doit être envisagée en ce qui concerne la doctrine, et en ce qui concerne les faits. Au point de vue doctrinal,

EXPOSÉ CLINIQUE

le traitement thyroïdien répond à un certain nombre des conditions exigibles pour acquérir une valeur pathogénique. Il agit d’une façon immédiate, continue, progressive, constante, toujours égale à elle-même, transformatrice, dans nombre de cas de constipation, ainsi qu’on peut en juger, en lisant la thèse de notre élève M. Minoret, sur 27 observations de constipation soumises, sous notre direction, au traitement thyroïdien.

Déjà auparavant, dans une première note, nous avions rapporté 61 cas, dans lesquels le traitement thyroïdien a été dirigé avec succès contre la constipation. Depuis nous en avons observé des centaines de cas, dont voici deux exemples :

a) Il s’agit, dans le premier cas, d’une malade de 17} ans, de l’hospice d'Ivry, retenue au lit depuis 17 années, pour du rhumatisme chronique. Sa constipation était très ancienne. Et non seulement la malade était obligée d’avoir recours à des procédés variés, pour exciter son intestin, mais, en outre, il était nécessaire d’aller à la recherche des matières fécales. Sous l’influence du traitement thyroïdien, mis en pratique à partir de septembre 1909, et dès le 20® cachet de 0,025 milligr., la malade put aller seule à la garde-robe, sans médicament ni aide, tous les jours. Après avoir été soumise au traitement thyroïdien pendant un an environ, il lui fut possible de suspendre la médication, d’autant que l’ingestion du corps thyroïde, même espacée, lui donnait plusieurs garde-robes le jour même, et parfois une tendance à la diarrhée. Elle continue à avoir depuis octobre 1910 une selle

à peu près quotidienne. Son intestin restait réglé en décembre 1912.

P). Le second cas concerne un enfant de 12 ans 1/2, atteint de constipation, depuis l’âge de 2 ans, et souffrant en outre, dès l’âge de 2 ans 1/2, d’entérite muco-membraneuse, à crises survenant en général deux fois par an, avec glaires et sang; il avait failli, à propos d’une de ces crises (1908), être opéré dans le service du prof. Berger, pour de l’occlusion intestinale.

L’enfant, qui présentait des pieds toujours froids, des mains bleues, une dentition mauvaise, des sourcils peu fournis, fut soumis le B' février 1909 au traitement thyroïdien, à la dose de 08'’,025 milligrammes par cachet, 5 cachets par semaine. Dès les premiers jours du traitement, il se produisit une amélioration delà constipation. Ultérieurement des doses plus fortes furent nécessaires : Os',10 par jour, car, en avril 1909, un cachet de 0°' , 10 tous les 2 jours donnait un résultat insuffisant. Pendant toute la durée du traitement, qui fut prolongé pendant plus de 18 mois (octobre 1910) avec interruption en août et septembre 1909, l’intestin fonctionne régulièrement. Tous les jours, à midi et demi, après le déjeuner, il avait une selle moulée. Depuis cette époque, le traitement est suspendu ; l’intestin reste bien réglé. L’enfant n’a plus présenté, depuis plus de deux ans, de crises d’entérite et s’est développé admirablement. Sans médication, il continue à avoir une garde-robe quotidienne (septembre 1911).

2" La constipation thyroïdienne ne diffère pas de la constipation essentielle, commune, banale. Aucun

EXPOSÉ CLINIQUE

signe objectif, en effet, ne permet actuellement de différencier la constipation thyroïdienne, qui se traduit par les caractères habituels de la constipation : diminution de fréquence des selles, rareté, dureté et sécheresse des matières fécales. Si, avec Hertz, on admet une constipation par « défécation » insuffisante, le cas, que nous avons cité en second, rentrerait dans le groupe fixé par cet auteur. La constipation thyroïdienne se rencontre dans les deux sexes, et à tous les âges, depuis le plus reculé jusqu’au plus tendre.

Ce qui, en somme, permet, avant tout traitement, de supposer une constipation thyroïdienne, c’est : La coexistence de la constipation avec d’autres symptômes ou syndromes, de dysthyroïdie ;

L’apparition de la constipation au moment de certains paroxysmes d’hypothyroïdie ;

5® La fréquence même de la constipation thyroïdienne.

3® La constipation thyroïdienne est fréquente, et peut-être la plus fréquente des constipations.

Ce qui le prouve, ce sont : a) les résultats du traitement qui, à priori, a des chances de réussir dans presque tous les cas de constipation essentielle.

b) C’est la coexistence, avec la constipation dite essentielle, d’autres troubles de dysthyroïdie, que l’analyse permet de retrouver chez les constipés. La constipation coïncide en effet avec le rhumatisme chronique, la migraine, l’asthme, les dermatoses, la neurasthénie, le neuro-arthritisme thyroïdiens.

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