Chez la femme
Nousnousinspireronspourla rédaction de ce chapitre d’un travail plus général de l’un de nous sur le corps thyroïde et l’appareil génital de la femme.
Nombreux sont les troubles génitaux qui se rencontrent au cours de V insuffisance thyroïdienne.
A. Tout d’abord, le développement des organes génitaux de la femme est subordonné à l’orthoihjvoïdÏG. Expérimentalement^ Otto Lanz a montré que la thyroïdectomie précoce, chez la femme, empêche l’apparition des caractères sexuels secondaires, de l’instinct sexuel et de la menstruation. Chez les myxœdémateuses et les crétines, l’absence de règles et l’évolution tardive de la puberté sont habituelles. Meme chez des sujets de 18 ans, de 24 ans, il y a défaut presque complet des seins, pubis dépourvu de poils, absence de menstruation*
m LA PETITE INSUFFISANCE THYROÏDIENNE.
Dans ces cas, le traitement thyroïdien peut contribuer à l’apparition des signes sexuels secondaires et hâter l’achèvement de l’appareil génital.
Dans V hypothyroïdie bénigne, on voit de même des jeunes filles, ayant dépassé l’âge de la puberté, sans être menstruées. Or, on peut observer l’apparition de l’écoulement mensuel, peu de temps après le début du traitement thyroïdien, dès les premiers cachets. C’est un résultat que nous avons observé dans un certain nombre de cas (obésité, arriération cérébrale, strume) et qui peut se rapprocher de l’accélération, parla thyroïdothérapie,de l’évolution dentaire (lors d’arriération des dents) et de l’achèvement de l’appareil testiculaire, retardé chez les infantiles. Il est possible que l’examen direct, s’il est pratiqué, fera constater, comme dans un cas de Mme Gollard-Huard, le développement de l’utérus, à la suite de la thyroïdothérapie.
Comme contre-partie et par exception, l’insuffisance thyroïdienne peut s’accompagner de puberté précoce, comme par une sorte de réaction inverse et excessive de l’ovaire. Il en était ainsi dans le cas de Kendle, concernant une crétine de 9 ans, avec puberté précoce complète (règles à l’âge de 5 ans et 2 mois, caractères sexuels secondaires). L’interprétation que nous adoptons dans ce cas s’appuie sur les effets du traitement thyroïdien; car, en même temps qu’il contribua au développement physique et psychique de l’enfant, il produisit une rétrocession de la puberté.
B. L’hypothyroïdie comporte, chez la femme ayant dépassé l’âge de la puberté, des troubles du
EXPOSÉ CLINIQUE
fonctionnement sexuel, qui correspondent d’ailleurs à des activités différentes de l’ovaire.
1° Dans un premier groupe de faits, il s’agit de femmes dont l’évolution sexuelle a déjà été retardée, ce qui les rapproche des sujets envisagés précédemment. Chez elles, les troubles fonctionnels se manifestent essentiellement par le retard, l'insuffisance, la suspension momentanée, et la suppression des règles. Il y a dans ces cas hypo-ovarie coïncidant avec l’hypothyroïdie, en somme insuffisance thyroovarienne. A l’examen gynécologique, les constatations sont variables (Gollard-Huard). On note :
a) Des dystrophies génitales, sous forme d’utérus pubescent, infantile, de corps utérin infantile, avec col pubère, de troubles de position (sans causes pathologiques locales), antéro et latéro-flexion, antéversion, à rapprocher de la rétroflexion de l’utérus, par manque de développement de sa paroi postérieure, sur laquelle insiste Hertoghe. Dans les cas de ce genre, M. Dalché admet une atrophie de l’ovaire, suivie de l’atrophie thyroïdienne. Déjà antérieurement, Bouilly avait pensé qu’il y avait un état infantile, hypotrophique de l’ovaire, par arriération locale. Expérimentalement, Hofmeister a constaté un état atrophique permanent des follicules deGraeff, chez les femmes thyroïdectomisées. Von Rosthorn a relevé, en thèse plus générale, l’atrophie des organes génitaux, comme suite de l’extirpation du corps thyroïde.
b) A côté des lésions d’insuffisance, d’arriération, d’infantilisme de l’appareil génital, on constate parfois des signes de régression utérine précoce, à
début par le col utérin et d'hyper-involution utérine^ par atrophie régulière de l’organe, réalisant une sorte d’infantilisme qu’on peut appeler tardif, « de retour », de l’utérus. Régression et hyperinvolution représentent la sénescence précoce de l’appareil utérin.
c) Dans quelques cas, il n’y a aucune lésion appréciable de l’utérus. Les troubles observés sont purement fonctionnels et sont comparables à ceux qu’on trouve, en général, dans la maladie de Basedow, dus, sans doute, comme dans celle-ci, à une sorte d’inhibition ovarienne. Ils se rencontrent chez des insuffisants thyroïdiens, mais, en réalité, atteints concomitamment d’hyperthyroïdie, et réalisant, en somme, le syndrome de l’instabilité thyroïdienne.
Lorsque les lésions sont absentes ou lorsqu’elles ne sont pas très profondes, le traitement thyroïdien est capable de ramener les menstrues à un état plus ou moins régulier, comme dans les exemples personnels suivants.
Une malade de 25 ans, atteinte depuis 12 ans de rhumatisme chronique, a toujours été mal réglée depuis sa puberté, établie à 15 ans. Les règles venaient tous les mois pendant deux ans, mais en si faible quantité qu’elle n’était pas obligée de se garnir. A partir de 17 ans, elles étaient absentes, par périodes pouvant se prolonger jusqu’à 5 mois. L’absence de règles, plusieurs mois de suite, fut l’occasion d’érysipèles de la face dont elle subit 22 atteintes. Elle est soumise en octobre 190G au traitement thyroïdien, qui atténue et fait disparaître les érysipèles. En même temps ^ depuis juillet 1909, les règles surviennent régulièrement
chaque mois. Pendant une suspension de traitement d’octobre 1911 à janvier 1912, les menstrues reviennent chaque mois, mais sont aussi réduites que possible. L’examen local pratiqué par Mlle Vouaux a montré une raréfaction des poils du pubis, une grande lèvre gauche à peine marquée, de petites lèvres réduites à l’état de moignon, une vulve peu colorée, un hymen blanchâtre, un utérus petit, en rétroversion légère, Tovaire gauche douloureux, l’ovaire droit un peu dur et scléreux.
Dans un second cas, il s’agit d’une dame de 30 ans, chez qui les règles survenaient, depuis l’époque de la formation, 4 ou 5 fois par an seulement. Elle vient consulter pour une calvitie à type masculin et présente le syndrome d’instabilité thyroïdienne. Le traitement thyroïdien, appliqué en novembre 1910, transforma la malade. Dès les premiers cachets, les règles apparaissent — et depuis ce temps reviennent tous les mois. Mme Collard-Huart avait noté, à l’examen gynécologique, un petit utérus anté et latéro-fléchi, avec un col petit et déchiré; les dimensions de la cavité étaient de 5 centimètres et demi. — M. Jeandelize a rapporté un cas comparable.
Troisième exemple. Une malade de 31 ans, atteinte d’obésité endogène, présentait autrefois des règles variables. Un mois sur deux, elles étaient abondantes et prolongées; l’autre mois elles étaient retardées, courtes, à peine marquées et douloureuses. A 30 ans, elle devint aménorrhéique, puis un an après, à la suite d’une pleurésie, elle revit ses règles qui durèrent 9 jours.
L’examen gynécologique (CoLLXRD-HuxrîD) fait
reconnaître un utérus petit, très difficile à mesurer à riiystéromètre, présentant 4 centimètres et demi pour sa cavité. Le col est en voie d’effacement. Sous l’influence du traitement thyroïdien, qu’il faut suspendre assez fréquemment etqui a une action sur l’ensemble de l’organisme plutôt que sur l’obésité, les règles reviennent plusieurs mois de suite, pour disparaître à nouveau après la cessation du traitement pendant les vacances. Elles se reproduisent ultérieurement.
On peut rapprocher un autre de nos cas. Chez une jeune fille de 19 ans, réglée à 15 ans 1/2, les règles retardées, parfois absentes, peu marquées, se régularisèrent par le traitement. En plus, l’utérus infantile semble se développer. (Gollard-Huard).
Comme suspension momentanée des règles, par troubles purement fonctionnels, nous avions déjà rapporté antérieurement l’observation d’une femme de 22 ans, atteinte d’urticaire chronique, d’instabilité thyroïdienne avec inégalité de la glande thyroïde et d’aménorrhée. Elle n’avait jamais été d’ailleurs bien menstruée. En général, les règles venaient toutes les six semaines, et elle a été atteinte, il y a 6 ans, d’une suspension des menstrues qui dura 18 mois. Lorsque nous la soumîmes au traitement thyroïdien, au mois de mai 1906, pour une urticaire ayant débuté au 24 janvier, il y avait 4 mois environ (14 janvier) qu’elle n’avait pas eu ses règles. Après l’absorption de deux cachets de 10 centigrammes de corps thyroïde, les règles revinrent.
2^ L’insuffisance thyroïdienne comporte, en se-
cond lieu, une série de troubles, pour ainsi dire opposés aux précédents. Ici les règles sont avancées de longue durée^ et parfois très abondantes. Parfois, se produisent des ménorragies ou même des métrorragies. Déjà Hertogtie avait obtenu par le traitement thyroïdien de très bons résultats dans des ménorragies survenues sans cause appréciable, comme dans celles qui relèvent d’endométrite et d’ovarite, même anciennes, et même dans des hémorragies utérines d’origine cancéreuse. Comment interpréter ces faits? D’après cet auteur, l’action du suc thyroïdien sur les ménorragies, qui se produit lentement, tient à la fois à l’amélioration de l’état du sang et aussi à des modifications utéroovariennes. Administrée trop longtemps, en effet, la médication arrive à produire un syndrome menstruel, symétriquement opposé à celui qu’elle combat et qui se traduit à la fois par un retard et par une diminution notable de l’écoulement menstruel. C’est la reproduction expérimentale de l’aménorrhée par hyperthyroïdie, comme dans certains cas de la maladie de Basedow.
M. Blondel signale de même l’arrêt des métrorragies ou simplement de la menstruation sous l’influence du traitement thyroïdien.
Max Perlsee, de son côté, a rendu normales, par le traitement thyroïdien, des règles ininterrompues depuis six semaines, chez une malade de 48 ans. Elles avaient été si profuses un jour qu’elles rendirent une syncope imminente. Il s’agissait d’un myome sous-péritonéal, de la grosseur d’un œuf de poule.
D’une façon générale, Max Perlsee obtint de très
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bons résultats dans des hémorragies, se rapportant à la ménopause, à des cardiopathies, à des fibromyomes et se produisant aussi en dehors de toute lésion. En ce qui concerne les myomes utérins euxmêmes, déjà Hertoghe reconnaissait à ces productions une origine parfois hypothyroïdienne, qu’il s’agît de petits fibromes interstitiels ou de tumeurs colossales, et pour cet auteur ils sont susceptibles d’être actionnés par le traitement thyroïdien.
Nombreuses sont les observations de menstrues prolongées que nous avons vu céder au traitement, thyroïdien. Dans un cas, il s’agissait d’hémorragies utérines, nécessitant un repos au lit continu depuis plusieurs mois, mais sans s’accompagner de lésions utérines. Dans une observation récente, concernant une jeune fille de 15 ans, les règles se traduisaient par une hémorragie extrêmement abondante, qui nécessitait pour le moins une quinzaine de jours de lit, et qui mettait l’enfant en danger par l’anémie qu’elle déterminait. Il en fut ainsi au mois d’octobre 1910 (règles du 4 au 20), au mois de novembre (règles du 7 au 25), malgré l’emploi de sérum de cheval, d’adrénaline et de chlorure de calcium. En décembre 1910 et en janvier 1911, les règles sont très abondantes et durent <s à 10 jours. Un séjour au bord de la mer, prolongé pendant 4 mois, diminue l’abondance des menstrues, mais nécessite une immobilité au lit de 5 jours et même de 4 jours. La jeune fille nous est amenée au mois de septembre 1911.
11 s’agit d’un sujet de petite taille, avec pieds froids, troubles circulatoires, gonflement des jambes, fatigue facile, chute des cheveux, migraines,
EXPOSÉ CLINIQUE
retard de la dentition. Simultanément, l’enfant était émotive. Elle a un pouls à 108.
Les premiers cachets de 25 milligrammes de corps thyroïde précèdent les règles d’octobre, qui ne sont fortes que le deuxième jour. La jeune fdle se lève le quatrième jour et sort le cinquième. Amélioration de l’ensemble des troubles et en particulier des migraines.
Les règles se reproduisent le 20 novembre à la sortie du lycée. Elle reste levée ce jour, prend le lit le 22 et le 25, et le 24 est debout. L’appétit est meilleur; elle gagne 400 grammes de poids, est moins fatiguée, a plus d’ardeur au travail, elle se trouve améliorée pour l’ensemble des phénomènes.
Un trouble, qui se rapproche de l’abondance des menstrues et qui coïncide parfois avec lui, est l’anticipation des règles. Sous l’influence du traitement thyroïdien, la régulation peut être obtenue. Il en fut ainsi, entre autres, chez une malade très nerveuse, dont les règles avançaient de 7 jours en moyenne et étaient extrêmement abondantes. La médication thyroïdienne diminua très rapidement l’avance des menstrues, qui furent en même temps moins abondantes.
5° A côté des cas d'hypo-ovarie par développement insuffisant, par sénescence précoce de l’appareil génital, qu’influence la thyroïdothérapie ; à côté des troubles d' hyperovarie que supprime de même la médication thyroïdienne, se rangent des faits qui, évoluant au cours de l’insuffisance ou de l’instabilité thyroïdiennes, se manifestent sous une forme variable, appartiennent, avec des alternatives
plus OU moins régulières, aux deux séries précédentes, présentent simultanément, sous réserve de l’explication définitive, des caractères de fonctionnement opposés. Les règles sont retardées et trop abondantes par exemple.
Il y a là une sorte d' instabilité génitale, à rapprocher des autres instabilités locales (intestinale, pilaire, etc., etc.), d’ordre thyroïdien, et sur laquelle la thyroïdothérapie exerce une influence régulatrice.
Nous avons observé une malade de 56 ans, atteinte de rhumatisme depuis treize ans. En outre, elle est frileuse, fatiguée, triste, hyporexique, etc. Par contre, elle est atteinte de tremblements, d’angoisses, avec un pouls s’élevant par l’émotion jusqu’à 152. Les règles avançaient de 8 à 10 jours et étaient peu abondantes. Le traitement utilisé à la dose de 25 milligrammes, puis de 10 centigrammes, a amélioré considérablement le rhumatisme et l’état général. En même temps les règles sont beaucoup plus régulières ; elles se rapprochent de l’époque et de la durée normales.
Une autre malade rhumatisante, venue nous consulter pour du purpura hémorragique, présentait à la fois, depuis l’âge de 12 ans, auquel elle a été réglée : des retards pouvant se prolonger de 10 à 12 jours en moyenne, — jusqu’à 6 semaines au début de son mariage — et des pertes abondantes durant jusqu’à 8 jours.
Elle s’est trouvée améliorée dès le quatrième cachet — et en particulier — en ce qui concerne le rhumatisme, elle ne s’est jamais aussi bien portée depuis 7 ans.
EXPOSÉ CLINIQUE
Le traitement thyroïdien avait été institué le 10 juin 1911. Elle eut ses règles le "27 juin, et tout en ayant pris seulement 15 cachets de 5 milligrammes, ne perdit que 4 jours au lieu de 8. C’est la première fois, dit-elle, qu’elle perd si peu depuis le début de sa puberté. Pour ce qui est des dates, elle revoit le 27 juillet, le 28 août. Les cachets lui manquent pendant les vacances, elle ne revoit pas au mois de septembre. Elle n’a à nouveau ses règles que le 8 octobre. Puis, sous l’influence de la médication, le 7 novembre (elles durent 5 jours) ; puis le 8 décembre. On voit donc dans ce cas, chez cette malade, d’ailleurs très sensible à l’action du corps thyroïde, l’influence vraiment régulatrice du traitement sur deux phénomènes de série opposée : le retard des règles qui répond plutôt à l’hypo-ovarie ; l’abondance d’écoulement, qui répond plutôt à l’hyper-ovarie. Quelle que soit l’interprétation, le fait reste tout au moins acquis. Nous reviendrons un peu plus loin sur cette observation, à propos des pertes blanches.
Autre exemple. — Il s’agit d’une malade de 20 ans, venue consulter dans le service du docteur Brocq pour une pseudo-pelade, consécutive à une fièvre typhoïde, et qui présente, en outre, des troubles d’instabilité thyroïdienne. Au point de vue menstruel, elle est réglée depuis l’âge de 16 ans. Dès les premières règles, elle souffre dans le ventre, au point de se coucher pendant une journée, de se rouler à terre, de pleurer de souffrance. Ses menstrues sont toujours irrégulières, surviennent quelquefois 2 à 5 fois dans le même mois, elle est quelquefois des semaines sans voir. Le sang est très
peu abondant, noir. En outre, il existe, depuis l’âge de 17 ans, des pertes blanches épaisses, tachant le linge, le plus souvent avant les règles.
L’examen, pratiqué par Mlle Vouaux, montre des seins hypertrophiés, un système pileux peu développé, des grandes lèvres insuffisantes, des petites lèvres normales, un hymen réduit à un filet sur la partie postéro-inférieure droite, assez développé dans tout son pourtour. Le toucher rectal révèle un utérus petit, un peu en antéversion, des ovaires non scléreux, un peu sensibles à la pression.
Sous l’influence du traitement thyroïdien, institué en mars 1911, les règles deviennent plus régulières, plus abondantes, moins douloureuses. Une suspension du traitement, occasionnée par une tachycardie médicamenteuse avec battements de cœur, est l’occasion du retour des douleurs et d’irrégularité des menstrues. La reprise du traitement améliore de nouveau les fonctions génitales.
4*^ 11 y a lieu de considérer isolément les douleurs locales, survenant fréquemment avec violence, chez les femmes, au moment des menstrues, et que le traitement thyroïdien est capable parfois de faire disparaître. Nous avons noté dans diverses observations personnelles que des femmes, qui n’avaient jamais passé sans souffrir leur période menstruelle, ont la satisfaction d’assister à leurs menstrues sans éprouver de souffrances.
Déjà Stinson a obtenu de sérieux avantages du corps thyroïde comme sédatif de l’utérus et des ovaires, dans nombre de syndromes utérins et
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annexiels, avec troubles de la vaso-motricité et de la sensibilité.
Voici quelques-uns de nos exemples: une malade de 124 ans, infirmière du service du docteur Brocq, a des règles extrêmement prolongées et très douloureuses. Elle a été réglée à 15 ans et éprouvait de petites douleurs chaque mois. A 21 ans, elle s’est mariée; cinq à six mois après son mariage — qui n’a pas été suivi de grossesse — les règles sont devenues extrêmement douloureuses. Elle est souvent obligée de prendre le lit. Les douleurs existent au niveau des reins, dans les côtés et de chaque côté du ventre. En même temps, des migraines surviennent à chaque période menstruelle. On se trouve en présence d’un sujet en état d’instabilité thyroïdienne, avec hypertrichose accentuée et battements de cœur. Le traitement consiste en cachets de 25 milligrammes et il est appliqué alors que la malade perd du sang depuis 15 jours. Dès le deuxième cachet, les règles sont arrêtées. Ultérieurement, reprise des règlesle27 octobre, qui cessent le 5 novembre. La période suivante commence le 28 novembre. Elles ne sont ni douloureuses ni prolongées : elles durent 5 jours. Les règles de janvier se passent sans que la malade s’en aperçoive, ce qui ne lui était jamais arrivé depuis la formation. Elle n’a pas même de petites douieurs, qui n’étaient jamais absentes depuis la puberté. Elle s’aperçoit, en même temps, qu’elle est moins nerveuse en ce moment.
Dans un autre cas, concernant une jeune femme venue me trouver à cause d’une canitie précoce, les règles avaient toujours été douloureuses depuis
la formation, qui remonte à 50 années passées. Elle perd en même temps énormément et souffre de céphalée, de fatigue à ses périodes. Ce qui la frappe énormément, c’est de voir — sous l’influence du traitement thyroïdien — s’améliorer ses règles, qui sont à la fois moins fréquentes, et au lieu de survenir toutes les trois semaines, surviennent toutes les quatre semaines. Elles sont moins abondantes et, surtout, elle ne souffre plus en aucune façon, ce qui ne lui était pas arrivé pendant tout le reste de son existence.
Nous avons vu de même une jeune femme dysménorrhéique, anémique, et qui succomba ultérieurement à la tuberculose pulmonaire, chez qui le traitement thyroïdien avait momentanément suspendu les douleurs atroces au moment des époques.
Si nous voulons, dans ces divers cas, interpréter le mécanisme de l’action thyroïdienne, il faut expliquer tout d’abord les douleurs menstruelles.
A ce point de vue, on peut tenir compte d’un travail de Mme Tobler, qui porte sur 700 observations de dysménorrhée. 254 cas concernent une dysménorrhée primitive, 466 une dysménorrhée secondaire. 522 de ces cas se rapportent à des nullipares. Pour pénétrer dans la pathogénie de la dysménorrhée, Tobler a tenu compte d’un certain nombre de considérations : la fréquence chez ses malades de pertes abondantes et surabondantes (222 fois sur 240 cas), l’influence favorable de la grossesse dans 64 pour 100 des cas, la coïncidence, dans plus de la moitié des cas, de constipation et de dysménorrhée. L’auteur pense qu’on ne peut
EXPOSE CUiMOUE.
expliquer la dysménorrhée ni par des causes mécaniques, ni par des causes inflammatoires, et fait intervenir les troubles circulatoires. L’excitation menstruelle aggrave périodiquement, d’après elle, les hyperémies passives pelviennes, en les doublant d’une congestion active. Si l’utérus est hypoplasique, les phénomènes douloureux ne seront que plus marqués, en raison de la distension exagérée de la musculature utérine. L’influence circulatoire peut être admise et, à ce point de vue, on peut rappeler la conception de Rapin (de Genève) qui range la dysménorrhée dans les angioneuroses, à côté de l’urticaire. Etant donné la concomitance fréquente de dysménorrhée et d’autres douleurs, étant donné la rapidité parfois très grande dans l’amélioration du trouble douloureux, sous l’influence du traitement thyroïdien, et aussi ses variations, nous sommes portés à supposer, du moins pour les cas de dysménorrhée chez les femmes à organes génitaux normaux (6 pour 100 des cas, Holden), que le trouble circulatoire ou vaso-moteur, substratum de l’hyperalgésie menstruelle, siège peut-être au niveau du centre nerveux utéro-ovarien, ce qui rapprocherait la dysménorrhée (migraine du petit bassin), de la migraine commune, de l’asthme et de l’entérite muco-membraneuse, dont les origines sont au niveau de centres migi-ainogène, asthmogène et entérogène. Si l’on admet nue théorie périphérique, on pourrait accepter ’hypothèse de Theilhaber pour la dysménorrhée intermenstruelle. Il fait intervenir la contracture de l’anneau musculaire entourant l’orifice interne de Futérus.
Quoi qu’il en soit, le traitement thyroïdien agit, en effet, ici, comme dans la migraine ou dans les spasmes.
5° Un autre symptôme génital mérite d’être envisagé dans ses rapports avec le fonctionnement thyroïdien. Nous voulons parler de la leucorrhée. Celle-ci reconnaît des origines différentes. Elle est liée soit à des infections endogènes, soit à des infections exogènes. Parfois il s’agit d’un trouble purement sécrétoire et, à ce titre, lié au tempérament. Le corps thyroïde, ayant une action sur les auto-infections et sur le tempérament, doit, a priori intervenir, par ses perlurbations, dans la production et la persistance de la leucorrhée. Utilisé à titre thérapeutique, le corps thyroïde doit faire disparaître le symptôme ou contribuer à sa disparition. C’est ce que nous avons vu dans quelques cas.
Une malade de 24 ans est devenue obèse à la suite d’une grossesse, suivie de phlébite des deux jambes (il y a 5 ans), qui l’a maintenue JO mois au lit, pendant lesquels elle a pris chaque jour 5 litres au moins de très bon lait. Elle est migrai' neuse, nerveuse, constipée, a un pouls à 96, — de l’exophtalmie légère, des mouvements nystagmiformes. Le fait que nous désirons mettre en relief, c’est que, depuis l’enfance, elle était atteinte de pertes blanches. A diverses reprises elle fut conduite, pour ce trouble, chez le médecin. Signalons incidemment que, réglée à 15 ans, elle l’était très irrégulièrement et restait parfois 5 à G semaines sans voir. Depuis 1907, à la suite de sa deuxième
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grossesse, ses époques se sont régularisées, elle voit pendant 4 jours et perd beaucoup.
Sous l’influence du traitement thyroïdien, commencé au mois d’avril, elle s’améliore progressivement, au point qu’elle déclare, à la fin de juin, ne s’être jamais si bien portée. Elle accuse une véritable résurrection. Mais un des phénomènes dont la disparition l’a le plus surprise, c’est la cessation des pertes blanches, surtout marquées chez elle, avant et après les règles. D’ailleurs elle a été menstruée le 28 juin, 29 juillet, le 29 août, elle n’a éprouvé ni douleurs aux reins, ni migraine.
On peut supposer dans ce cas que la leucorrhée menstruelle était un trouble sécrétoire, qui, bien que remontant très loin en arrière, a cédé au traitement thyroïdien, lequel a eu, d’ailleurs, une influence très vive sur l’ensemble de la santé de la malade. La leucorrhée, dans ce cas, fait partie des leucorrhées neuro-arthritiques du D' Richelot. L’origine arthritique et fluxionnaire des pertes blanches a été récemment défendue par M. Mascarel (du Mont-Dore). Il note l’alternance, chez le même sujet, de leucorrhée, de bronchite, d’asthme, de catarrhe nasal.
Dans un autre cas, la pathogénie des pertes blanches doit être différente. Chez la malade à instabilité génitale, dont nous avons parlé plus haut, un accouchement avait été suivi, il y a 7 ans, au bout de 6 à 7 mois, par une métrite hémorragique, soignée à l’hôpital Broca, dans le service du professeur Pozzi. On ne l’opéra pas, par suite d’une affection cardiaque qu’on lui reconnut. Les pertes sont comme du blanc d’œuf, parfois glaireuses et
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empèsent le 'linge. Elles s’étaient arrêtées pendant le traitement à l’hôpital Broca et ont reparu par la suite. Sous l’influence de la médication thyroïdienne, qui, comme nous l’avons vu, a transformé la malade et a régularisé l’appareil utérin, la leucorrhée a de même disparu.
Autres exemples. — Une dame de 59 ans, au moment de ses règles, avait des pertes abondantes et, pendant la durée du mois, des pertes blanches en grande quantité. Les symptômes, dont elle se plaignait en outre, se réduisaient à un état neurasthénique. Le traitement, institué par cachets de 1 0 centigrammes, a modifié complètement l’état de la malade à partir d’une trentaine de cachets. Les règles ont été moins abondantes, n’ont pas été sui- \des de fatigue, et la leucorrhée, qui remontait à 8 ou 10 ans en arrière, a disparu.
Chez une jeune fille de 18 ans, atteinte d’adénites tuberculeuses non suppurées, remontant à plusieurs années en arrière, le traitement thyroïdien, appliqué depuis 8 mois, a produit une transformation du sujet, des ganglions, et a agi sur une leucorrhée ancienne
La malade avait été réglée à 16 ans, à la suite d’une émotion. Pendant une année auparavant, elle souffrait dans le ventre, tous les mois environ, à la même époque. Les règles ne sont pas douloureuses, surviennent avec deux jours d’avance, sont très peu abondantes, formées de sang rouge et durent deux à trois jours au plus. Depuis l’âge de P2 ans, elle présente, d’une façon constante, des pertes blanches, constituées par un liquide jaunâtre, glaireux, tachant beaucoup le linge et l’empesant.
EXPOSÉ CLINIOIIE. 165
Deux mois après le début du traitement thyroïdien, les pertes blanches ont considérablement diminué.
En résumé, la leucorrhée se rattache parfois au mauvais fonctionnement de la thyroïde et est susceptible de se transformer par la thyroïdothérapie. M. Dalché avait déjà admis une leucorrhée, ayant une origine polyglandulaire.
6° Il y a lieu maintenant d’envisager l’inlluence de l’insuffisance thyroïdienne sur les grossesses, ce qui est la contre-partie de l’influence étudiée plus haut des grossesses sur le corps thyroïde.
Les sujets en état d’insuffisance ovarienne précoce sont peu fécondes^ en général, et lorsque la dysovarie est plus tardive et consécutive à l’insuffisance thyroïdienne, le résultat est exactement le même. Par contre, sous l’influence du traitement thyroïdien, qui améliore l’état général et favorise le fonctionnement utéro-ovarien, une grossesse peut survenir chez des femmes stériles depuis de longues années. Hertoghe a fourni des cas de ce genre. J’en ai observé moi-même un cas chez une asthmatique, guérie par la médication et chez qui l’asthme s’était installé, de façon continue, à la suite de la mort de son enfant. A un autre point de vue, Hertoghe insistait sur les fausses couches récidivantes des dysthyroïdiennes, en dehors de la tuberculose et de la syphilis. Elles obligent à laisser les malades dans un repos complet, pour leur permettre de mener leur grossesse à terme. Peut-être y a-t-il, dans ces cas, hyperovarie ou hypersensibilité utérine.
m LA PETITE lîsSUFFISANCE THYROÏDIENNE.
L’insuffisance thyroïdienne, lorqu’elle n’est pas améliorée du fait même de la grossesse, entraîne des conséquences touchant le développement de Vœuf, Otto Lanz, en enlevant le corps thyroïde à des poules, a constaté qu’elles produisaient des œufs tout petits et en nombre moindre que les poules normales. Par contre en injectant du corps thyroïde aux poules castrées, il obtenait deux fois plus d’œufs que chez les témoins ovariectomisés. Des chevreaux, provenant de chèvres thyroïdectomisées par Spolverini pesaient à leur naissance un kilog. de moins que les chevreaux nés de la chèvre contrôle, o moururent sur 4. Ils étaient dans un état de faiblesse telle qu’ils n’avaient même pas la force de téter un peu de lait. Fait particulier, le chevreau né de la chèvre thyroïdectomisée avait du sang moins riche en complément hémolytique, que sa mère et que le chevreau contrôle né de mère saine.
Pour revenir à la stérilité chez la femme, M. Dalché admet aussi qu’elle peut dépendre de l’insuffisance thyro-ovarienne et conseille, dans ces cas, d’utiliser l’opothérapie ovarienne et thyroïdienne.
En résumé^ à n’envisager que l’influence de l’insuffisance thyroïdienne sur le fonctionnement ovarien, 011 note : qu’il existe le plus souvent parallélisme des insuffisances thyroïdienne et ovarienne constituant un syndrome d’insuffisance thyro-ovarienne. ( — , — ).
Mais à l’insuffisance thyroïdienne peut répondre de l’hyper-o varie; il s’établit alors une instabilité
EXPOSÉ CLINIQUE
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thyro-ovarienne par sous-fonction thyroïdienne et sur- fonction ovarienne ( — , +).
Dans ces deux formes le traitement thyroïdien est applicable et exerce une action d’excitation ou de régulation sur le fonctionnement ovarien.
M. Siredey conclut de même aux bons effets du traitement thyroïdien dans ces cas, alors que l’extrait ovarien avait été antérieurement utilisé sans succès.
Autres remarques : l’appareil génital fournit un nouvel exemple du mélange d’infantilisme et de sénilisme., qui se réalise à propos des divers tissus ou organes. Lorsqu’un appareil s’est mal développé, il fonctionne imparfaitement et s’use plus vite.
Chacun des troubles que [Mme Darcanne et M. Duprat ont réunis dans le syndrome : puberté tardive, ménopause précoce, est justiciable de la médication thyroïdienne, ce qui implique bien que le syndrome dans sa totalité en dérive également.
Divers symptômes que nous avons étudiés : métrorragie, dysménorrhée, leucorrhée, inaptitude à la grossesse, ont été signalés dans le neuro-arthritisme. Les bons effets du traitement thyroïdien dans ces divers troubles, qui sont souvent associés chez un même sujet, ne contredisent pas cette notion. Ils permettent au contraire d’identifier, de plus en plus, les accidents de l’arthritisme avec ses poussées congestives, ses poussées sécrétoires, ses phénomènes douloureux, ses troubles trophiques et ceux de l’instabilité thyroïdienne. On voit alors, peu à peu, le terme vague de neuro-arthritisme se précisant au niveau de chaque appareil, et le trai-
LA PETITE lîs^SUEFlSANCE TIIYROÏDIENA'E.
tement thyroïdien, qui agit contre l’arthritisme en général, agir également contre les accidents utéroovariens du neuro-arthritisme.
Cette notion vient jeter de la lumière sur l’influence défavorable de V hérédo- arthritisme . Le peu de fertilité, les hémorragies fréquentes de ces sujets, expliquent que l’arthritisme thyroïdien soit peu propice aux grossesses.
On comprend d’autre part, de par les rapports thyro-ovariens, que, sous l’influence des grossesses répétées, s’établissent des états tels que la sénilité précoce locale ou générale, le myxœdème, sans parler de la maladie de Basedow.
Pour en finir avec ce chapitre, il convient de relever, à côté des cas fréquents qui résultent des réactions réciproques des troubles du corps thyroïde et de l’appareil utéro-ovarien, d’autres formes peutêtre plus nombreuses encore, dans lesquelles se manifeste la participation des troubles des diverses glandes endocrines.