VUE
Les hypothyroïdiens présentent certaines particularités notables, au niveau de l’œil et de ses annexes. Ils ont l’œil enfoncé, le regard terne, éteint, atone, sans vie, comparable parfois à un œil de verre. En outre, ils présentent parfois du gonflement de la paupière, surtout marqué à la paupière inférieure, une raréfaction du sourcil, surtout marqué à la partie externe (signe du sourcil). Chez les enfants, il n’est pas rare d’observer de la blépharite ciliaire.
Parmi les troubles oculaires qu’on observe chez eux, certains ont pu être hypothétiquement rattachés à un troubte thyroïdien, d’autres dépendent manifestement d’un mauvais fonctionnement de la thyroïde, par un mécanisme d’ailleurs plus ou moins simple.
Nous ne saurions sans réserve rapporter à l’hypothyroïdie les manifestations oculaires congénitales que Demets (d’Anvers) attribue à cet état : malformation de l’œil ou de ses annexes, rétinite pigmentaire, strabisme congénital, cataracte zonulaire, albinisme, héméralopie. Car il ne suffit 'pas de constater tous ces troubles chez les hypothy-
LA PETITE IiNSl)EFISA^'CE THYROÏDIENNE
roïdieiis. Il faut, ou les reproduire expérimentalement par thyroïdectomie chez les femelles en gestation, ou les modifier par le traitement.
De môme le complexus symptomatique, observé par Stocké, et qui consistait en une injection prononcée des conjonctives bulbaire et palpébrale, avec légère sécrétion, un aspect particulièrement brillant des cornées, un peu de chute des paupières supérieures, du picotement de la chaleur avec sécheresse des paupières, de la photophobie, enfin la rougeur et la proéminence des papilles, ne peut sans conteste être rattaché à la dysthyroïdie, tout en s’observant chez les hypothyroïdiens, car l’épreuve du traitement n’a point été faite.
Parmi les troubles dus légitimement à l’insulfisance thyroïdienne, il faut signaler l’hémianopsie bitemporale (GouRFEm-WELT) , mais elle est due, en réalité, à une hypertrophie du grand lobe de la glande pituitaire, hypertrophie compensatrice de l’altération thyroïdienne.
On peut encore faire dépendre de l’intoxication thyroïdienne certains cas d'héméralopie acquise, qui dépendent d’habitude d’une perturbation hépatique, car Hertoghe a vu s’améliorer l’héméralopie par le traitement thyroïdien chez des sujets thyroïdiens, et ce symptôme alterner, dans des familles, avec d’autres symptômes thyroïdiens.
Un certain nombre de travaux intéressants, mais qui demandent confirmation, montrent l’action du corps thyroïde sur les opacités du corps vitré, avec myopie extrême (Breuer, Uthoff), aA ec irido-choroïdite (Adler), par hémorragies (Zani-
EXPOSÉ CLINIQUE. 227
boni). D’une façon générale, sur 16 cas d’affection de l’uvéeavec troubles du corps vitré, Adler a noté dans 5/4 des cas une amélioration de la vision, une diminution de la densité des opacités.
Percy Dunn a obtenu des résultats par le traitement thyroïdien dans la kératite interstitielle, qu’il considère comme un trouble nutritif, même chez chez les hérédo-syphilitiques. Les ulcères de la cornée seraient aussi, d’après cet auteur, influencés favorablement par la thyroïdothérapie. Enfin il a obtenu le soulagement rapide et la guérison dans deux cas d'iritis rhumatismale.
Best a constaté, chez une femme de A2 ans, deux ans après l’opération d’un goitre, une série de symptômes d’athyroïdisme, auxquels vint s’ajouter un décollement de la rétine à gauche. Sous l’influence de l’opothérapie thyroïdienne, l’épanchement rétro-rétinien se résorba remarquablement vite, en même temps que se dissipaient les autres symptômes de cachexie strumiprive. L’auteur en conclut que le décollement de la rétine fut ici un effet de l’athyroïdisme.
En ce qui concerne la cataracte, que Demets rattache à l’insuffisance thyroïdienne, l’ablation des parathyroïdes chez le rat a permis à Erdheim de produire des opacités cristalliniennes. Nous ne connaissons pas d’observation de cataracte arrêtée ou améliorée par le traitement thyroïdien. Dans un des cas d’Adler qui comporte une amélioration de la vision, il existait, au début du traitement, une cataracte polaire postérieure de l’œil gauche. Le traitement ne put empêcher la production d’une cataracte polaire postérieure de l’œil droit.
m LA PETITE INSUFFISANCE THYROÏDIENNE.
On voit, par ces quelques faits, que la question des rapports de l’œil avec la glande thyroïde mérite d’attirer l’attention des spécialistes.
Elle a encore été envisagée à un autre point de vue.
Il résulterait, en effet, des recherches de Coppez et d’Aalbertsberg, qu’une cure par la thyroïde pourrait produire une amblyopie comparable, d'ailleurs, à celle que produit la nicotine ou l’alcool. Et de fait, en faisant absorber pendant des mois, à des chiens, de la thyroïdine, Birsch-Hirschfeld et Nobus Inouye auraient produit une altération primitive des cellules ganglionnaires de la rétine, avec dégénération secondaire des fibres nerveuses du nerf optique.
Adler n’a jamais observé, chez l’homme, ni la névrite optique de Coppez, ni l’amblyopie de Birsch-Hirschfeld. Il fait remarquer que dans le cas de Coppez, les doses étaient énormes. Il y aura donc de toute façon à tenir compte de l’état de la vision chez les sujets soumis à la médication.
Obïl^
Le myxœdème typique s’accompagne parfois de surdité bilatérale totale. Il en était ainsi dans un cas de Kemp, concernant une femme de 55 ans. Après six semaines de traitement thyroïdien, l’ouïe se trouva sensiblement améliorée, et tous les symptômes furent amendés. L’auteur pense à un gonflement avec sécheresse de la membrane du tympan.
Dans le traitement thyroïdien du crétinisme en-
démique, Wagner von Jauregg a noté l’amélioration de la surdité, qu’il s’agisse d’une affection de l’oreille moyenne ou du labyrinthe, à moins qu’il ne s’agisse d’un trouble très grave de l’audition.
Eysselt von Klimpély a de même obtenu une amélioration des troubles de l’ouïe chez les crétins, surtout chez ceux qui entendaient encore la voix parlée. Les résultats sont d’autant meilleurs, que les sujets sont soumis au traitement de bonne heure, et dans les cas où les fonctions de l’oreille étaient moins profondément atteintes.
Desimori aurait amélioré ou enrayé par l’opothérapie thyroïdienne des troubles auriculaires, liés à une otite moyenne catarrhale chronique bilatérale, avec ou sans participation de l’oreille interne, chez des adénoïdiens. C’est surtout dans les phases initiales de la lésion que le traitement thyroïdien offre ses indications.
On peut même se demander si la surdi-mutité des crétins, qui évolue sur un terrain d’insuffisance thyroïdienne, serait due à une sorte de malformation des centres auditifs de cause thyroïdienne. C’est ce que pense Dieterle, qui range la surdimutité parmi les manifestations du crétinisme, à côté de Vidiotie et du nanisme.
Bloch, d’après l’examen de dOO goitreux, parle d’une surdité dysthyroïdienne, qui, à son degré le plus prononcé, se transforme en surdi-mutité crétinique. Il pense que les lésions sont localisées dans le labyrinthe. Pour conclure, encore faudraitil modifier cette surdi-mutité par le traitement thyroïdien.
Pitfield, chez une hypothyroïdienne, a noté famé-
lioration de l’ouïe par la thyroïdothérapie. Nousmêmes, dans un cas de rétraction d’aponévrose palmaire, transformée par la thyroïdothérapie chez un sujet de 60 ans, nous avons relevé, à la suite de cachets de 0,10 centigr. de poudre thyroïdienne, l’amélioration de l’audition.
A l’appareil de l’ouïe se rattachent les vertiges, dont le centre de localisation bulbaire se trouve, conformément aux recherches de Bonnier, au niveau du noyau de Deiters, et qui peuvent être provoqués par des causes multiples. Au même titre que bien d’autres phénomènes bulbaires, les vertiges sont liés, dans un certain nombre de cas, à l’insuffisance thyroïdienne et bénéficient de la thyroïdothéraphie.
Le cas suivant, choisi entre nombre d’autres, montre l’influence immédiate, continue, transformatrice du traitement thyroïdien contre les vertiges.
Une malade de 71 ans, très frileuse, atteinte de constipation ancienne et d’une série de troubles se rapportant à l’instabilité thyroïdienne, présente depuis une dizaine d’années des étourdissements presque quotidiens. La tête lui tourne tout d’un coup; elle a quelquefois l’impression de tomber. Parfois même, elle chancelle, mais ce trouble ne lui survient que trois à quatre fois l’an; elle donne parfois, dans la rue, l’impression d’une personne ivre. La crainte de tomber la fait rester chez elle pendant tout l’hiver. Enfin elle a la sensation d’une tête peu solide, « comme du vent » dans la tête.
Sous l’influence du traitement thyroïdien commencé le juillet 1909, par cachets de 0 gr. 025
EXPOSE CLLXIQÜE.
de poudre, dès les dix premiers cachets, les étourdissements cèdent, en même temps que la tête se dégage, et depuis ce temps, la malade qui continue la médication d’une façon à peu près régulière pour l’ensemble de sa santé, n’a plus eu de vertiges. En septembre 1912, elle nous dit que pendant cette longue période, elle n’a eu qu’exceptionnellement une ébauche d’étourdissement.