‹ La petite insuffisance thyroïdienne et son traitementChapitre 47 sur 61 · XVJ. — NUTRITION DANS L’INSUFFISANCE THYROÏDIENNE · texte numérisé non relu

XVJ. — NUTRITION DANS L’INSUFFISANCE THYROÏDIENNE

L’insuffisance thyroïdienne entraîne [un certain nombre de troubles de la nutrition, qui se manifestent au maximum dans le myxœdème et du fait de la thyroïdectomie, et que par opposition redresse la thyroïdothérapie.

La caractéristique de ces troubles est le ralentissement des échanges nutritifs. Or, il se traduit déjà par Vhypothermie, constatée chez les hypothyroïdiens, hypothermie qui, à son tour, modifie, en quelciue mesure, les processus chimiques. On trouve encore la preuve globale de ce ralentissement, en étudiant, dans l’insuffisance thyroïdienne et sous l’influence du traitement thyroïdien, la consommation de l’oxygène. Celle-ci est fortement diminuée dans le myxœdème et est susceptible, par contre, d’augmenter par l’ingestion de corps thyroïde. L’augmentation, chez une myxœdémateuse observée par Magnus Lévy, fut de 80 pour 100 par la thyroïdothéraphie. L'utilisation

des calories fournit de même, à propos des actes nutritifs, un résultat synthétique de grande importance, comme l’indiquent les chiffres suivants. Alors qu’un enfant normal de 7 mois et demi, emploie, en moyenne, d’après Rubner et Heubner, 595 calories pour ses besoins énergétiques, un enfant, atteint d’insuffisance thyroïdienne, étudié par Bergmann, n’utilisait que 350 à 579 calories, exceptionnellement 425 calories. Inversement, chez un autre sujet traité par Bergmann, le chiffré monte de 5400 à 5600 calories jusqu’à 5400 et ne descend pas au-dessous de 4200, alors même qu’on a déjà supprimé les tablettes thyroïdiennes depuis plusieurs jours. Il y a donc eu, dans ce cas, une augmentation des échanges de 25 à 50 pour 100.

Ce sont là quelques résultats d’ensemble. 11 y a, en outre, intérêt à pénétrer, dans la mesure du possible, dans l’étude de divers métabolismes, à la faveur de méthodes diverses.

I. — h' examen des urines, à côté des renseignements qu’il fournit, touchant la fonction rénale, apporte un contingent de constatations qui sont, il est vrai, d’une interprétation souvent délicate, en ce qui concerne les échanges nutritifs. Pour que ces constatations soient valables, il est indispensable que certaines conditions soient observées très rigoureusement. En particulier, il importe que l’apport, comme la sortie des substances envisagées, soit déterminé dans sa totalité. Il faut, en outre, que les sujets aient été, préalablement à toute analyse, mis en équilibre nutritif, et qu’ils soient ol)S(*rvés quotidiennement, pendant des périodes

EXPOSÉ CLINIQUE

suffisamment longues. Même en appliquant ces données, les résultats sont souvent incertains, car il est rare que l’on ait affaire à des insuffisants thyroïdiens purs. Bien souvent, les sujets sont en état d’instabilité thyroïdienne ou endocritique, et la complexité de leur tempérament se manifeste dans les urines. Dernière tüfficulté, lorsqu’on tient compte des effets de la thyroïdothérapie, on ne doit pas oublier que le corps thyroïde fournira, suivant les doses utilisées, des résultats très différents. On conçoit, pour toutes ces raisons, combien les chiffres obtenus peuvent varier, être en apparence contradictoires, et finalement combien peu d’analyses sont assez précisées pour être utilisables.

Malgré ces difficultés, quelques conclusions sont d’ores et déjà établies.

A. Au cours de l’insuffisance thyroïdienne, la diurèse est diminuée. Cette constatation est manifeste chez les animaux thyroïdectomisés, et, d’après van Eecke, la diminution de la diurèse est proportionnelle à la quantité du parenchyme excisé. L'oligurie se rencontre également dans l’hypothyroïdie humaine. Ce qui peut tenir à ce que les hypothyroïdiens boivent moins, car chez eux la soif est diminuée.

Mais il est possible aussi que la restriction des échanges, chez ces sujets, cause à la fois les deux symptômes. Quoi qu’il en soit de cette explication, la même rareté d’urine s’observe, d’après Scholz, dans le crétinisme, état dans lequel l’hypothyroïdie est en cause. Si l’on considère, comme contre-partie

de ces premières observations, rinfluence du Iraitement thyroïdien sur la quantité d’urine émise, on observe que la diurèse augmente par la thyroïdothérapie, et ceci même chez des sujets soumis à un régime fixe. Il en est ainsi chez des obèses. Chez ces derniers, diverses interprétations ont été fournies pour expliquer ce résultat. D’après Bartelt, la substance thyroïdienne augmenterait la teneur du sang en eau et en sels, par déshydratation des graisses. L’hydrémie provoquerait, à son tour, une polyurie relative. On est même allé plus loin. Rheinboldt a, en effet, admis que, chez les obèses soumis au traitement thyroïdien, la déperdition d’eau pouvait être exagérée, et il a incriminé cette perte aqueuse comme cause de thyroïdisme alimentaire.

B. — La réaction de l’urine est parfois alcaline dans l’hypothyroïdie, en dehors de toute infection vésicale, et peut-être par excès d’ammoniaque dans l’urine. La question de l’hyperammoniurie thyroïdienne sera discutée plus loin. Relevons seulement que dans un cas observé avec le Ayrignac, l’urine qui était alcaline à l’émission, sans trouble vésical, fut amenée à l’acidité par deux cachets de 0,10 centigrammes de poudre thyroïdienne.

G. — Les substances dissoutes sont en moindre quantité dans l’urine des hypothyroïdiens que dans une urine normale. Il en est ainsi des chlorures, de l’urée, ce qui peut tenir, dans certains cas, à l’alimentation réduite des hypothyroïdiens.

Pour l’acide urique, les conclusions des auteurs

EXPOSÉ CEIMQUE.

ne sont pas toujours comparables. Nous reviendrons plus loin sur cet élément. Les chiffres fournis, touchant le phosphore urinaire, ne sont pas non plus uniformes. D'après certains auteurs, il serait diminué dans l’urine des hypothyroïdiens, pour d’autres, il serait augmenté. M. Jeandelize, par exemple, a observé une augmentation notable de l’acide phosphorique dans l’urine d’un agneau thyroïdectomisé. Autre opinion ; il n’y aurait pas, pour Scholz, accroissement du phosphore urinaire dans l’hypothyroïdie, mais, par contre, passage en excès de cet élément dans les fèces, ce qui produirait un véritable diabète phosphatique.

De nouvelles recherches sont donc encore indispensables, pour éclaircir définitivement ces obscurités. Il conviendra de les étendre à l’étude de l’influence qu’exerce le corps thyroïde sur le métabolisme des graisses, des matières albuminoïdes, des sucres, de certains produits minéraux, dont nous allons faire un exposé rapide.

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