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II. — Matières grasses. — Obésité

Le rôle que remplit le corps thyroïde dans le métabolisme des graisses peut s’étudier à propos de l’obésité.

L’obésité est un syndrome déterminé par des mécanismes multiples associés.

La suralimentation et la sédentarité sont deux facteurs extrêmement importants et parfois dominants de ce syndrome. Mais l’obésité ne se produit que chez les sujets offrant une orientation nutritive qui facilite plus ou moins les dépôts graisseux, en troublant « l’équilibre adipogénique ». La glande

LA PETITE INSUFFISAÎNCE THYROÏDIENNE.

thyroïde n’est d’ailleurs pas la seule glande endogène, régulatrice de cet équilibre, mais sa participation à cette fonction ne doit pas être négligée, autrement dit, abstraction faite d’autres variétés d’obésité, on peut admettre qu’il existe une obésité thyroïdienne. Ce qui veut dire une obésité dans la constitution de laquelle le corps thyroïde joue le rôle prédominant. Les notions suivantes démontrent la participation de la glande thyroïde à la formation de l’obésité.

A. — Les hypothyroïdiens présentent une tendance à l’obésité, qui se transforme en obésité réelle, s’ils n’observent pas des règles sévères d’alimentation et d’exercice.

Il est incontestable, d’ailleurs, que l’obésité accompagne, en général, le myxœdème, et l’amaigrissement, la maladie de Basedow.

B. — h' expérimentation montre également l’influence de l’ablation du corps thyroïde sur l’obésité. Hertoghe a vu, par exemple, un taureau privé de sa glande thyroïde, augmenter, en quelques mois, de 29 kilogrammes.

C. La médication thyroïdienne produit une diminution de poids, qui est même marquée, lorsqu’elle est employée à doses excessives. Nous avons rapporté un cas de ce genre. Chez notre premier malade, soumis à la médication depuis sept mois environ, la dose avait été progressivement augmentée et était portée finalement à la valeur de 2 gr. 50 de glande fraîche par jour. Sous

EXPOSÉ CLLMQUE

cette influence, l’appétit était devenu excessif et cependant le malade fondait à vue d’œil.

Chez un sujet de 45 ans, affecté d’obésité, observé par Von Notthaft, le traitement thyroïdien, pris spontanément par le malade, consista en environ 500 grains de corps thyroïde, en cinq semaines. L’amaigrissement fut considérable, le malade perdit 28 livres de son poids.

Les diminutions légères de poids (de 1 à 5 kilogrammes) sont fréquentes, parmi les premiers effets du traitement thyroïdien, et chez les sujets dont la nutrition est orientée vers l’amaigrissement.

De même, M. Moussu a constaté, comme premier résultat de l’alimentation thyroïdienne, chez deux jeunes chats, l’amaigrissement, malgré une polyphagie marquée.

En ce qui concerne les graisses, Magnus Lévy, en étudiant les échanges respiratoires, a trouvé que la médication thyroïdienne, chez l’homme normal, aussi bien que chez le myxœdémateux augmente l’absorption d’oxygène et l’exhalation d’acide carbonique. Swale Vincent a reconnu que la plus grande partie de la perte en poids, sous l’influence de l’administration de la thyroïde, est due à la perte de la graisse. Schôndorff conclut, par des expériences très prolongées sur les chiens, que l’accroissement de l’organisme est d’abord marqué par la consommation de la graisse du corps, ce qui se traduit par une perte de poids et un accroissement des oxydations. Cette opinion, il faut le dire, n’est pas unanime, et MM. Marcel Labbé et Furet, dans une observation récente, d’ailleurs unique et susceptible de critique, ont soutenu que

LA PETITE INSUFFISAINCE THYROÏDIENNE.

le traitement thyroïdien détruit les muscles et empêche la combustion des graisses. La question n’est donc pas tranchée définitivement. Nous citerons, pour terminer, les constatations de Youchtchenko qui présentent la question sous un nouveau jour. D’après cet auteur, la thyroïdectomie abaisserait notablement le pouvoir lipasique du sérum sanguin. L’hyperfonctionnement du corps thyroïde provoquerait une augmentation marquée du pouvoir lipolytique du sérum.

Somme toute, on peut admettre, en thèse générale, que l’insuffisance thyroïdienne prédispose à l’obésité par réduction des dépenses énergétiques et thermogénétiques. C’est en agissant sur celles-ci que le traitement thyroïdien combat l’obésité.

Pour ce faire, il accroît les processus organiques, active les oxydations, augmente la diurèse. Il agit encore indirectement en réveillant l’activité du sujet et en réduisant son besoin de dormir.

Est-ce à dire qu’il faille conseiller et pratiquer le traitement thyroïdien contre l’obésité ? A notre avis, l’obésité représente, en général, une contreindication à l’emploi du corps thyroïde, et ceci pour deux raisons :

La première, c’est que le traitement thyroïdien produit plutôt, surtout chez les enfants, une augmentation du poids, résultat qui tient à l’excitation de l’appétit par la médication. Il y a, alors, en effet, deux influences qui s’opposent : une influence endogène, d’où dépend la tendance à l’obésité et que combat le corps thyroïde ; et une influence exogène : suralimentation, qui favorise l’obésité, et

EXPOSÉ CLINIQUE

qui est provoquée, elle aussi, par le traitement thyroïdien.

La seconde, c’est que les doses nécessaires pour obtenir un amaigrissement notable ne sont pas sans danger. L’amaigrissement, obtenu par les doses fortes de glande thyroïde, acquiert, pour nous, la valeur d’un équivalent basedowien, et il est impossible, en recherchant ce trouble, de se mettre à l’abri d’autres symptômes de la maladie de Basedow. Sans compter qu’il n’est pas indifférent d’exciter, d’une façon excessive, un cœur chargé et parfois infdtré de graisse.

Aussi, s’il est loisible de donner aux obèses le traitement thyroïdien contre les malaises qu’ils présentent en même temps que leur obésité, mais en employant des doses faibles et qui alors ne font pas maigrir, convient-il de mettre simultanément en œuvre, contre l’obésité, les moyens habituels qui ont fait leurs preuves dans cette affection : la restriction alimentaire et la myothérapie.

Il ne faut pas oublier que d’autres glandes endocrines, et parmi elles l’hypophyse, jouent parfois un rôle dans la production de l’obésité. L’un de nous a rapporté récemment avec M. Barthélemy un cas d’obésité colossale, traité avec succès par le traitement hypophyso-orchitique.

III. — Comment le corps thyroïde intervient-il dans le métabolisme des matières albuminoïdes? La question est loin d’être élucidée. Car les faits publiés ne sont pas superposables les uns aux autres, et ils peuvent en outre donner lieu à des interprétations différentes. Si on relève les résultats

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