‹ La petite insuffisance thyroïdienne et son traitementChapitre 52 sur 61 · XIX. — ARTHRITISME · texte numérisé non relu

XIX. — ARTHRITISME

L’arthritisme se caractérise essentiellement, suivant les données classiques, par un ralentissement des échanges organiques (diathèse bradytrophique), une auto-intoxication chronique, une dyscrasie acide.

L’insuffisance thyroïdienne entraîne le ralentissement des échanges porté au maximum dans le myxœdème [il comporte un déclin continu des activités vitales (Sajous)], une auto-intoxication chronique, comme nous venons de le noter. Quant à la dyscrasie acide, les recherches de M. Desgrez ont montré qu’elle se traduisait par le ralentissement des échanges. La présence d’ammoniaque dans les urines, que nous avons signalée à la suite de la thyroïdectomie, pourrait indiquer également une acidité exagérée du sang.

On ne peut donc être surpris qu’à bien des

points de vue, arthritisme et insuffisance thyroïdienne se manifestent par les mêmes symptômes.

La méthode clinique, appuyée sur les résultats thérapeutiques, avait déjà conduit à la même conclusion, comme font démontré nos travaux, à la suite de ceux de Lancereaux et Paulesco, Gauthier, qu’ont confirmés à leur tour Parhon et Goldstein. Pour prendre un exemple, l’obésité qu’on rapporte à l’arthritisme et qui, dans sa forme endogène (Lorand), correspond à un ralentissement du métabolisme des graisses, se modifie par la médication thyroïdienne. De même, le rhumatisme chronique, qui comporte une forme arthritique, est fréquemment thyroïdien.

C’est par la conception thyroïdienne qu’on comprend le mieux les troubles de l’appareil pileux (tels que la calvitie arthritique), sur lesquels, par l’intermédiaire de mécanismes multiples, le corps thyroïde exerce une action prédominante.

La notion thyroïdienne rend compte de la plupart des troubles qu’on range dans l’arthritisme. Le rôle du corps thyroïde sur le système nerveux permet de superposer facilement, avec Lancereaux et Paulesco, les symptômes nerveux du myxœdème et de l’herpétisme. Falta, Eppinger et Rudinger ont montré l’abaissement du tonus nerveux du grand sympathique à la suite delà thyroïdectomie. On comprend ainsi l’affaiblissement de l’ensemble des échanges organiques auxquels préside le grand sympathique, en particulier par l’intermédiaire des nerfs vaso-moteurs. Le corps thyroïde exerce une influence sur la défense de l’organisme

EXPOSÉ CLINIQUE

contre les poisons et les intoxications, et l’on voit par tous ces motifs quelle est l’étendue de l’arthritisme thyroïdien.

En ce qui concerne la goutte, Watson admet que cette diathèse, fonction du métabolisme perverti des substances albuminoïdes, est en rapport avec un mode de fonctionnement particulier de la glande thyroïde. Par un régime richement azoté, il obtient une suractivité de la glande thyroïde, à laquelle succède l’hypofonctionnement, puis l’atrophie fonctionnelle de la glande. Les modifications de structure sont transmissibles jusqu’à la troisième génération. D’après Watson, le régime carné atteint le plus rapidement et le plus profondément la glande

Quant aux manifestations paroxystiques de l’arthritisme, que combat le traitement thyroïdien, telles que la migraine, l’asthme, etc., ces syndromes dépendent, comme nous l’avons démontré, de V instabilité thyroïdienne. S’ils se rattachent, à la vérité, à l’insuffisance thyroïdienne, ils acquièrent leur expression clinique, du fait de l’hyperthyroïdie réactionnelle à l’hypothyroïdie, base du tempérament. Il est bon d'ajouter que même dans l’arthritisme thyroïdien, une part doit être réservée à ï appareil hépatique. Les troubles du foie conduisent à l’acidose et ralentissent les transformations des matières albuminoïdes. Le foie exerce d’autre part une action sur le système nerveux, que l’un de nous a mise en évidence dans sa thèse sur l’hépatotoxémie nerveuse. L’intervention hépatique dans le neuro-arthritisme, souvent invoquée, ne saurait être négligée. Mais on a vu plus haut l’action du

L\ PETITE INSUFFISANCE THYROÏDIENNE.

corps thyroïde sur le foie et pour diverses fonctions la synergie thyro-hépatique.

On peut aller plus loin dans le même ordre d’idées et convenir que pour'certaine manifestation morbide, rapportée communément à l’arthritisme, telle que le diabète, il faut l’intervention d’un grand nombre de glandes à sécrétion interne (pancréas, foie, hypophyse, thyroïde et surrénales). Pour finir, remarquons que certains troubles de développement (hernie ombilicale) et de sénescence précoce (varices, hémorroïdes) trouvent leur explication dans un mécanisme thyroïdien, et en particulier la hernie ombilicale est susceptible de guérir, chez les crétins, par la thyroïdothérapie.

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