XX. — CORPS THYROÏDE ET GOITRES
Quelle est l’apparence du corps thyroïde dans l’insuffisance thyroïdienne?
Alors que, dans le myxœdème congénital, le corps thyroïde peut être absent, dans l’insuffisance thyroïdienne il est, tout au moins, existant. Mais il peut être atrophié. Pour le reconnaître, il faut utiliser la vue et la palpation. On regardera tout d’abord la région qui correspond au corps thyroïde, la tête étant dans le repos, puis on fera accomplir des mouvements de déglutition au malade, et on se rendra compte du volume.
Pour la palpation, on la pratiquera, à l’état de repos, en faisant exécuter au malade des mouvements de déglutition.
Lors des deux explorations, il est recomman-
EXPOSÉ CLIMQUE.
dable, suivant le procédé de Lorand, de faire asseoir le malade, la tête penchée en avant. On lui ordonne de retenir son haleine, tout en pratiquant les efforts usuels pendant la défécation. Malgré ces diverses manœuvres, on a parfois de la peine à trouver un corps thyroïde atrophié.
Dans une seconde série de faits, le corps thyroïde est augmenté de volume, soit au niveau d’un lobe, soit au niveau de deux lobes, soit dans sa totalité. Il y a thyroïdomégalie. Ceci justifie la notion que ce n’est pas le volume qui fait la fonction. En effet, malgré le volume considérable de certains goitres, il ne reste pas suffisamment de portion glandulaire active, pour présider aux fonctions habituelles de la glande. Toutes les variétés de goitre-tumeur peuvent se trouver réalisées dans ce cas, goitres colloïde, kystique, vasculaire, fibreux, donnant lieu à des apparences extérieures et à une consistance différentes. Le goitre est, dans ces cas, facteur étiologique de l’insuffisance thyroïdienne.
Au point de vue de l’histoire générale de ces goitres, deux particularités sont à mettre en relief ici. La première, c’est que le goitre colloïde, qui accompagne fréquemment le crétinisme, ne conduit pas au myxœdème, ce qui a permis à M. Garnier de mettre le symptôme myxœdème sur le compte du trouble de la sécrétion interne, à proprement parler, de la glande thyroïde. La seconde particularité c’est qu’il n’est pas rare de voir, dans l’évolution des goitres, du fait même de la tendance du tissu non goitreux à provoquer des troubles et des lésions de réaction, les causes excitatrices du
fonctionnement thyroïdien : émotions, règles, séjour au l3ord de la mer, iode, traitement thyroïdien, devenir basedowifiantes. Ainsi l’hyperthyroïdie succède à l’insuffisance thyroïdienne, créant alors une variété d’instabilité thyroïdienne.
A côté du goitre-tumeur, préexistant à l’insuffisance thyroïdienne et la déterminant, l’insuffisance thyroïdienne est susceptible de réaliser, par une réaction de la glande, une augmentation légère de volume de la thyroïde, un véritable goitre hyperplasique. A cette variété appartiennent les goitres de la grossesse, étudiés par Lange et par Freund; et ces auteurs ont bien montré que ce goitre ne se formait pas, si l’on soumettait le sujet au traitement thyroïdien. Il disparaît par le traitement, mais se manifeste à nouveau par la cessation de la médication.
Ce goitre hyperplasique, qui traduit l’effort compensateur de la glande, pour combattre l’insuffisance thyroïdienne, est essentiellement capable de disparaître par la thyroïdothérapie. Nombreux sont les exemples que nous avons constatés. Les résultats sont lents et progressifs. Nous réservant de revenir sur cette question, nous citerons un seul exemple. Il concerne une malade de o7 ans, rhumatisante chronique depuis 15 ans, avec crises d’entérite muco-membraneuse, et goitre hyperplasique surtout marqué au niveau du lobe droit. Le traitement améliore le rhumatisme, fait disparaître l’entérite muco -membraneuse. Le cou passa de 58 à 52 centimètres.
D’autres variétés de goitres sont susceptibles de se modifier par le traitement thyroïdien.
EXPOSÉ CLINIQUE. 257
En 1894, Brnns, sur 12 goitreux soumis à l’ingestion thyroïdienne, obtenait 9 succès, o insuccès. En 1895, M. René Marie rapporta un cas de goitre guéri par thyroïdothérapie, chez un sujet de 19 ans.
Guide a observé, par le traitement, la disparition des goitres accompagnant le crétinisme. Von Klimpély a vu de même disparaître ou diminuer le goitre des crétins par un traitement prolongé.
Bruns a fait porter le traitement sur 550 goitreux, et a seulement exclu les goitres kystiques et les goitres exophtalmiques. L’échec complet de la médication ne s’est observé que chez le 1/4 des cas. La rétrocession absolue a été constatée dans 8 pour 100 des cas. Dans 1/5 des cas, il ne reste plus que des vestiges de la tumeur; dans un autre 1/5, on n’obtient que l’atténuation des symptômes.
Le traitement a été appliqué avec succès au goitre congénital (enfant de 20 jours (Lanz). Dans le cas de Mossé, la mère était goitreuse. L’enfant, atteint d’un gros goitre bilobé, fut guéri par la thyroïdothérapie appliquée à la mère. Celle-ci s’améliora simultanément.
Par ces divers résultats, on se rend compte que ce sont les portions hyperplasiées du goitre qui se modifient par le traitement, à l’exclusion des parties kystiques, colloïdes et fibreuses. La preuve en est dans une observation de Sérapine. Le goitre était bilatéral, avec signes de dégénérescence du lobe droit. La tumeur du côté gauche diminua considérablement de volume, tandis que celle du côté droit ne se modifia nullement.
On peut ainsi considérer l’augmentatioi: de
LA PETITE INSl FITSA5GE THYROÏDIENNE.
volume de la glande qui se produit au cours de l’insuffisance thyroïdienne, comme un signe précieux au point de vue clinique. Elle réalise, en outre, une esquisse spontanée de traitement thyroïdien, et la médication thyroïdienne, qui fait disparaître l’hyperplasie compensatrice, suit, à juste titre, les indications fournies par la nature.
DES FOKMES
D’INSUFFISANCE THYROÏDIENNE
L’insuffisance thyroïdienne, i dont nous venons d’analyser les symptômes, se manifeste sous un certain nombre de formes différenciées, par le groupement même de ces symptômes, leur intensité, certaines conditions étiologiques (âge, sexe, endémicité), l’adjonction aux symptômes thyroïdiens de symptômes associés.
1. — Le myxœdème fruste, qu on peut encore appeler syndrome d’Hertoghe, bien qu’il ait été signalé antérieurement par M. Thibierge, par Buschan, bien que Brissaud ait décrit une forme de myxœdème partiel, a reçu du savant médecin d’An- Aœrs sa véritable conception. Mais l’auteur belge ne s’est pas contenté de décrire des cas atténués de myxœdème; il a fait entrer dans son travail toute une série de cas ressortissant à l’instabilité thyroïdienne, qui comportent une part importante d’hyperthyroïdie et qui concernent les neuro -arthritiques thyroïdiens.
L’arthritisme thyroïdien, la neurasthénie thyroïdienne se confondent en partie avec l’hypothyroïdie bénigne chronique.
Le syndrome d’Hertoghe, ramené au myxœdème fruste, concerne des cas avec gonflement myxœdémateux de la peau et qui offrent, d’une façon atténuée ou incomplète, des symptômes de myxœdème (myxœdème incomplet de Lévi et Rothschild). Dans ce cas, la médication thyroïdienne fait souvent merveille.
2. — Le crétinisme endémique se rattache en partie à rinsuffîsance thyroïdienne, car un certain nombre des symptômes du crétinisme dépendent de cette insuffisance : retard dans l’ossification des cartilages de conjugaison, ralentissement des échanges organiques (Scholz). Il faut tenir compte, en outre, des bons effets de l’opothérapie thyroïdienne, et des lésions généralement considérables de la glande thyroïde, dans ce syndrome. C’est là un deuxième groupement, dans lequel l’insuffisance est, d’une part, incomplète, puisque le gonflement myxœdémateux manque d’habitude, et, d’autre part, complexe, il s’y associe, en effet, d’autres troubles mal précisés jusqu’à présent, et qui rendent délicate la pathogénie du crétinisme. L’insuffisance génitale qui comporte le crétinisme joue sans doute un rôle important dans la constitution du syndrome (Scholz). Les crétins sont souvent porteurs de goitres volumineux. Pour M. Garnier, ce serait à la conservation de la sécrétion externe (colloïde) que serait due l’absence du myxœdème.
5. — Infantilisme. — Tout infantilisme suppose chez l’homme V insuffisance testiculaire. C’est là une notion établie récemment par M. Souques et
que nous avons adoptée de notre côté, en ce qui concerne l’infantilisme « de retour » de l’adulte. Mais l’insuffisance testiculaire peut être primitive, elle peut être secondaire à une insuffisance hypophysaire, à une insuffisance thyroïdienne, et c’est à ce titre que l’infantilisme doit trouver sa place ici.
Ce qui spécifie essentiellement cet état chez l’homme, en dehors des caractères tels que le nanisme qui l’accompagne fréquemment, mais n’est pas obligatoire, c’est l’agénésie des testicules, avec absence des apparences sexuelles secondaires, du système pileux du corps. Chez la femme, il se produit de l’agénésie ovarienne, se traduisant par de l’aménorrhée complète ou incomplète, et de l’agénésie mammaire.
En ce qui concerne l’infantilisme thyroïdien, l’expérimentation en démontre l’existence : l’arrêt de la croissance suit la thyroïdectomie (Gley). Les injections sclérogènes dans les vaisseaux thyroïdiens chez de jeunes lapins, provoquent un infantilisme expérimental (Roger et Garnier).
Chez l’homme, les travaux de Brissaud ont montré le rôle capital du corps thyroïde dans la production de l’infantilisme myxœdémateux. Il se traduit par un arrêt de la croissance, avec persistance du cartilage de conjugaison, par une apparence enfantine de la face et du corps, par un développement marqué du tissu adipeux, par l’augmentation légère du volume de la tête, par l’état rudimentaire des organes génitaux avec absence de poils dans les régions axillaires et pubiennes. L’état psychique est en général peu développé. Les sujets sont émotifs, incapables d’activité, instables.
^262 IX petite insuffisance THYROÏDIENNE.
La conception que nous défendons s’éloigne de celle d’Hertoghe, pour qui tout «cas d’infantilisme relève, au moins en partie, de l’insuffisance thyroïdienne. Mais en supposant, ce qui est à démontrer, que dans tout infantilisme il y ait insuffisance thyroïdienne, rien ne prouve que l’agénésie génitale, dont dépend l’infantilisme, soit la conséquence de l’hypothyroïdie. L'inverse est possible. Il peut y avoir coïncidence des deux états subordonnés euxmêmes à une cause plus générale. Il en serait peutêtre ainsi, en particulier, dans la variété d’infantilisme auquel on réserve la dénomination de type Lorain. Hertoghe le rattache au contraire à l’insuffisance thyroïdienne, se contentant, pour conclure ainsi, de l’absence d’ossification des cartilages de conjugaison, démontrée par les radiographies du poignet, même dans cette variété d’infantilisme.
M. Apert, il est vrai, a signalé un cas d’infantilisme Lorain qui s’est amélioré par le traitement thyroïdien. MM. Parhon et Papinian ont signalé un cas d’infantilisme hérédo-syphilitique, chez qui l’élimination abaissée de tous les principes urinaires confirmait l’existence d’une insuffisance thyroïdienne. L’opothérapie a, dans ce cas, accéléré la croissance d’une façon marquée et a augmenté l’élimination de l’acide urique.
Brissaud a décrit des formes multiples d’infantilisme partiel en rapport avec le degré de l’insuffisance thyroïdienne, l’âge auquel elle est apparue, Ja prédominance de certains troubles fonctionnels. Ces diverses formes ont été classées par Santé de Sanctis.
i. — A côté de Tinfantilisme, il faut ranger le sénilisme ou sénilité précoce. Or, un certain nombre des signes qui les constituent se retrouvent dans le myxœdème : état sec, ridé et squameux de la peau, abaissement de température, chute des cheveux, raréfaction des tissus, agénésie, constipation, somnolence diurne, gingivite expulsive, rhumatisme vague, alanguissement de l’ensemble des fonctions nutritives, affaiblissement aux réactions organiques et nerveuses, tendance aux scléroses.
D’autre part, le corps thyroïde est atrophié dans la vieillesse, sa teneur en iode est très diminuée.
Le traitement thyroïdien modifie l’état de la peau, élève la température du corps, contribue à la repousse des cheveux et des sourcils, règle l’intestin, éveille parfois l’appétit sexuel, influence le rhumatisme vague, agit contre la somnolence, raffermit les dents branlantes, active la nutrition, a une action antisclérosante.
La sénilité précoce est donc en partie un syndrome hypothyroïdien. Par contre, nous avons décrit dans la maladie de Basedow une juvénilité persistante.
5. — Arriérations. — Les diverses arriérations qu’Hertoghe englobe dans l’infantilisme peuvent être de nature thyroïdienne. L’insuffisance thyroïdienne comporte, en effet, des retards dans le développement du cerveau, des dents, du système pileux, du larynx.
Parfois il existe un véritable nanisme localisé de certaines parties du corps, des cheveux, des dents.
6. — Hypothyroïdie paroxystique. — Nous avons attiré l’attention sur une variété d’insuffisance thyroïdienne qui est intéressante , parce qu’elle survient à certaines périodes seulement. C’est à propos des menstrues, c’est sous l’influence d’un coup de froid, d’une émotion à la suite d’un accouchement, par exemple, qu’on voit éclater des paroxysmes d’hypothyroïdie. En voici quelques exemples personnels : dame rhumatisante chronique, en état d’instabilité thyroïdienne, est prise à un certain moment de sensation de froid, elle a les pieds comme de la glace. Son visage gonflé, jaunâtre, rappelle celui du myxœdème. Un malade, de tempérament rhumatisant, soigné pour une iritis rhumatismale, est glacé, même en été; il se porte mieux, quand il produit de la chaleur par une marche, quand il est dans une chambre surchauffée. Chaque hiver, à la venue des froids, il est pris de fatigue, de troubles d’estomac, de constipation et souffre de partout. Un simple coup de froid fait apparaître un syndrome de ce genre qu’atténue le traitement thyroïdien. 11 n’est pas rare que les malades qualifient de grippe ces paroxysmes d’hypothyroïdie. Santé de Sanctis rapporte le cas d’une jeune femme parfaitement développée, assez cultivée et finie, d’un très bon naturel et qui présente à certains moments des manifestations infantiles (manque de réflexion, d’attention, rire et pleurs très faciles, timidité, etc.). A ces périodes, on constate nettement une diminution du volume du corps thyroïde.
7^ — Au degré le plus léger existe l’hypothy-
DES EORMES D’INSUEFISANCE THVUOÏDIEAA'E.
roïdie minima. Ce que nous avons appelé le tempérament hypothyroïdien. Le sujet a les pieds froids, une tendance à la constipation, un grand besoin de sommeil, il est petit, facilement fatigué, a un système pileux mal développé, de la céphalée, des douleurs, etc. Le plus souvent, il ne consulte pas le médecin pour ces troubles légers. C’est à propos d’un examen plus complet qu’on a l’occasion de les reconnaître.
A côté de ces formes, qui manifestent des degrés différents de l’insuffisance thyroïdienne, il faut ranger des syndromes thyroïdiens dissociés et associés.
Les syndromes dissociés existent à tous les degrés de l’insuffisance thyroïdienne, puisque le myxœdème, aussi bien que l’infantilisme, que l’hypothyroïdie bénigne chronique, peuvent être partiels, ce qui multiplie la variété des aspects cliniques. La pluralité des fonctions de la thyroïde rend compte des types différents, car certaines de ces fonctions peuvent être atteintes, à l’exclusion des autres. L’intelligence, la croissance, le système pileux, par exemple, sont ou ne sont pas atteints, et ceci aux degrés divers de l’hypothyroïdie.
Syndromes associés. — L'insuffisance thyroïdienne existe rarement à l’état isolé, même dans le myxœdème. Car il n’est pas rare que, dans cette affection, il s’ajoute à b insuffisance thyroïdienne des symptômes liés à l’hypo ou à l’hyperfonctionnement d’autres glandes endocrines. C’est ainsi que l’insuffisance génitale chez l’homme et chez la
femme s’associe à la dysihyroïdie. C'est ainsi que l’on a déjà réuni un certain nombre d’observations de myxœdème accompagné d’adénomes ou de tumeurs hypophysaires. MM. Sainton et Rathery ont publié un cas anatomo-clinique, très étudié, et ont rappelé les faits antérieurs.
Récemment encore MM. de Lapersonne et Cantonnet ont présenté un fait d’hémianopsie chez un sujet myxœdémateux avec hypertrophie de la glande pituitaire. C’est un exemple des dysendocrisies ^
complexes (Lévi et Rothschild) des syndromes ^
pluri-glandulaires (Claude et Cougerot), dont la j connaissance se précise, et qui sont sur le point | d’envahir les chapitres particuliers de la pathologie < de la thyroïde, de l’hypophyse et de la surrénale (Grasset).
En ce qui concerne les cas moins accentués d’insuffisance thyroïdienne, des associations du même • genre sont à noter :
A. — Une première association extrêmement ? importante à cause même de sa fréquence est celle L de Yinsuffisance thyroïdienne avec l’hyperthyroïdie .
Cette association existe sous une forme maxima, lorsque myxœdème et maladie de Rasedow se trouvent réunis chez le même sujet. Malgré la rareté relative des cas, diverses combinaisons sont possibles. L’hyperthyroïdie peut précéder, accompagner ou suivre l’insuffisance thyroïdienne. O lie | association se rencontre, bien entendu, dans des I formes incomplètes, partielles, fruste d’hypothv- 8 roïdie. Elle est due en général alors à ce que la | glande thyroïde normale, en sous-fonction, cherche
DES FORMES D’I^■SlJFFISA^^CE THYROÏDIENNE.
spontanément à rétablir son équilibre physiologique. Le syndrome complexe, qui comporte une insuffisance thyroïdienne avec réaction d’hyperthyroïdie paroxystique, n’est qu’une variété, la variété fondamentale de ce que nous avons dénommé l’instabilité thyroïdienne. C’est par ce mécanisme que nous expliquons le neuro-arthritisme thyroïdien. Suivant nous, un certain nombre d’accidents du neuro-arthritisme, tels que migraine, asthme, affections cutanées, poussées de rhumatisme, etc., tout en évoluant sur un fond d’hypothyroïdie, sont des réactions d’hyperthyroïdie, susceptibles, d’ailleurs, de s’améliorer ou de disparaître par le traitement thyroïdien.
Cette variété est, si l’on veut, complexe, mais purement thyroïdienne. Il arrive pourtant chez la femme que l’hyperthyroïdie ne résulte pas seulement d’une hypothyroïdie associée, mais est en outre la conséquence d’une insuffisance ovarienne €oncomitante qui entraîne, à son tour, de l’hyperthyroïdie, par suite d’une mauvaise régulation de la thyroïde.
Il y a à laTois dans ces cas, qui sont loin d’être exceptionnels, syndrome ovaro-thyroïdien par insuffisance ovarienne et instabilité thyroïdienne.
Le traitement doit alors être dirigé à la fois contre les divers troubles glandulaires qui frappent la malade.
B. — La complexité du syndrome peut tenir plus spécialement à la participation d'autres glandes au processus morbide. C’est ainsi que dans le cas de Kendle il s’agissait d’une crétine qui présentait en
même temps des phénomènes d’hyperoyarie, laquelle céda au traitement thyroïdien, en même temps que la malade s’améliora au point de vue physique et intellectuel. Il n’est pas rare que les hypothyroïdiens aient consécutivement un retard génital qui souvent entraîne des troubles à son tour.
C’est à propos de faits de ce genre qu’Hertoghe a créé le terme d’aberration thyroïdienne. En réalité, chez les infantiles, qui ont par exemple une croissance iirégulière dans l’ensemble, avec une taille au-dessus de la moyenne, et développement surtout marqué des membres inférieurs, l’infantilisme est à la fois dysthyroïdien, dysorchidien.
h' insuffisance testiculaire peut être secondaire , ou primitive. Dans ce dernier cas, son retentissement sur le corps thyroïde peut entraîner encore , une double insuffisance, par un mécanisme inverse.
Une autre glande peut à son tour prendre part au processus complexe : c’est l’hypophyse. Nous connaissons deux sujets, peu développés : l’un myxœdémateux fruste, avec atrophie testiculaire, 1| l’autre atteint d’hypothyroïdie bénigne, qui, tous deux, ont des extrémités si volumineuses par rap- ^ port au reste du corps, qu’on est conduit à suppo- î ser chez eux les altérations de l’hypophyse. |
Une autre glande, dont l’insuffisance est souvent s parallèle à celle de la thyroïdie, est la glande surrénale. Nous avons déjà montré, en ce qui concerne le pouls, que la sécrétion de la glande surrénale joue un rôle important dans la pression artérielle des hypothyroïdiens. Or, cette pression est souvent au-dessous ou au-dessus de la normale. ; Ce qui semble indiquer qu’il y a dans les cas |
DES EOUMES D’LNSUEFlSAîsCE THYROÏDIENNE.
observés hypo ou hyperfonctionnement surrénalien. L’hypofonctionnemenl surrénalien se traduit encore par une pigmentation anormale, qu’on peut rencontrer chez des infantiles, etc., au cours de la sclérodermie, alors même que celle-ci bénéficie du traitement thyroïdien. Fréquemment on peut voir un syndrome associé chez la femme qui, en dépit des détails individuels, se résume en instabilité thyroïdienne, insuffisance ovarienne et insuffisance surrénalienne. Et c’est souvent le traitement par la .surrénale, surtout associé aux deux autres glandes, qui fournit les meilleurs résultats thérapeutiques.
Les insuffisants thyroïdiens présentent en général (lorsqu’il s’agit d’une forme véritable d’insuffisance thyroïdienne, et non du syndrome d’instabilité thyroïdienne) un état réfractaire à la production de la glycosurie alimentaire; on ne la détermine pas en général chez eux, lorsque l’hyperthyroïdie comporte une glycosurie alimentaire facile et même spontanée, ce qui peut tenir à un hyperfonctionnement pancréatique, lors d’hypothyroïdie. Il est possible, par contre, que le pancréas réagisse, dans le même sens, que le corps thyroïde, et que l’insuffisance pancréatique, associée à l’insuffisance thyroidiene, fasse apparaître le sucre dans l’urine. La glycosurie chez les hypothyroïdiens peut reconnaître aussi l’insuffisance de la fonction glycogénique du foie.
Une dernière apparence de ces formes associées se trouve dans le syndrome de Mikulicz (hypertrophie des glandes lacrymales et parotides) chez les infantiles.
On voit par ces exemples, que nous pourrions
\A PETITE INSUFFISANCE THYROÏDIENNE.
multiplier, que l’on rencontre, simultanément avec l’hypothyroïdie, d’autres troubles qui .ne sont pas propres à la glande thyroïde, mais qui sont liés aux perturbations associées d’autres glandes endocrines. La question qui se pose dans chaque cas est de savoir si les troubles des autres glandes sont dominés par l’insuffisance thyroïdienne ou s’ils sont purement parallèles.
Les deux conceptions peuvent se trouver réalisées et parfois même l’interprétation vraie doit tenir compte des deux possibilités.
MM. Claude et Gougerot ont rapporté l’histoire d’un tuberculeux, chez qui l’ensemble de l’appareil endocrine se trouvait moins bien fonctionner du fait de la tuberculose. Cet agent étiologique, par diffusion des poisons tuberculeux, a pu agir siniullanément sur l’appareil endocrine dans sa totalité, d’autant plus qu’il n’est pas rare que l’ensemble des parties qui constituent cet appareil participe à une sorte de malfaçon de l’organisme. La deuxième conception, très fertile en déduction, est valable pour certains cas. Elle met en lumière la suppléance d’action de certaines glandes par rapport à d’autres ou bien l’atteinte, du fait de l’auto-intoxicalion primaire, de certaines autres glandes endocrines. Ce qu’il importe de mettre en relief, c’est que, par suite de qualité particulière des glandes, ou du fait de l’intervention de nouvelles causes accessoires, les réactions simultanées de la glande thyroïde et des autres glandes ne se font pas toujours dans le même sens.
Il ne semble pas qu’il y ait de règle fixe à ce sujet. Toutefois, il est permis de penser que l’étude
DES FOr.MES D’INSUEEISANCE TH VHOIDiEAAE. 1^71
patiente de nombreux cas cliniques et anatomiques de ces syndromes complexes, viendra jeter la lumière sur le système endocrine, dont la glande thyroïde représente une part importante, mais qui ne saurait se substituer à la totalité de l’appareil.
Nous yenons de montrer les aspects de rinsuffisance thyroïdienne suiyant l’intensité de l’atteinte thyroïdienne, suiyant les réactions concomitantes des autres glandes endocrines. 11 y a lieu d’envisager encore le syndrome par rapport aux différents âges, aux différents sexes, de l’étudier au cours du goitre, des maladies, enfin de l’indiquer chez les animaux.
1. — Insuffisance thyroïdienne suivant les âges. — Chez le nourrisson, l’hypothyroïdie manque le plus souvent, au point que le myxœdème n’apparaît qu’après le sevrage, peut-être à cause des réserves thyroïdiennes qu’apporte l’enfant en naissant. Toutefois, il peut se produire un effet nocif du lait de la nourrice sur la glande du nourrisson, et Spolverini a montré dans deux cas les méfaits de l’allaitement par des nourrices goitreuses. Almagia, éthyroïdiantdeux chiennes qui allaitaient, a vu les petits diminuer de poids, perdre de leur voracité et certains devenir somnolents. Simpson a noté d’autre part les bons effets du traitement thyroïdien dans la consomption des nourrissons. Cet état comporte d’ailleurs l’altération de la thyroïde.
Venfant réalise les degrés divers de l’insuffisance de la thyroïde, depuis l’idiotie myxœdémateuse jusqu’au tempérament hypothyroïdien. On retrouve
‘■m LA PEllTE lASÜFElSANCE THYROÏDIENNE.
chez lui : l’hypothermie, la constipation, la fatigue, la céphalée, la tendance à l’obésité, etc. Mais souvent, l’enfant hypothyroïdien est maigre, comme l’animal éthyroïdé, ce qui tient à son absence d’appétit. Chez l’enfant, l’instabilité thyroïdienne est facilement réalisée, et les petits hypothyroïdiens sont simultanément des nerveux hyperthyroïdiens. La fièvre, les adénopathies qu’ils présentent ont aussi des relations avec l’insuffisance thyroïdienne. Il n’en est pas de même, croyons-nous, des végétations adénoïdes, de l’incontinence d’urine, qu’il ne nous semble pas légitime de rattacher, en général, à l’insuffisance thyroïdienne. Signalons encore l’arriération mentale chez l’enfant.
Les adolescents peuvent présenter, du fait de l’insuffisance thyroïdienne associée à l’insuffisance testiculaire, une forme plus ou moins complète d’inîantilisme. La distinction de Brissaud entre l’infantilisme vrai, hypothyroïdien, et l’infanlilisme type Lorain, conserve sa raison d’être, car si même, dans cetle dernière forme, le corps thyroïde se trouve intéressé comme l’ensemble des glandes à sécrétion interne, son influence pathogénique est ^ loin d’être prédominante. ^
Par contre, il est permis de supposer que si, dans H certains cas d’infantilisme, le pancréas (Byrom- | Bramwell) ou la capsule surrénale (Morlat) ont pu t être essentiellement incriminés, le corps thyroïde t revendique son influence dans l’arrêt du développeinent. Une part importante revient en outre au 1 testicule parmi les facteurs à incriminer. i
Chez la jeune fille, l’aménorrhée est souvent ^ la conséquence d’un hypofonctionnement du :
d;:s formes r’insuffisance thyroïdienne. ^275
corps thyroïde, entraînant l’agénésie ovarienne.
Parfois à l’infantilisme thyroïdien s’associe, chez l’adolescent ou chez l’adulte, un sénilisme précoce, et nous verrons, en étudiant l’évolution de l’insuffisance thyroïdienne, que la sénescence prématurée est une conséquence évolutive de l’hypothyroïdie.
C’est chez Vadulte que le syndrome de l’insuffisance thyroïdienne se manifeste sous les apparences les plus nombreuses et c’est lui qui nous a servi, en grande partie, à édifier notre description analytique. Le tableau comporte des traits particuliers chez la femme. Ils seront fixés un peu plus loin.
Enfin, en dehors même de la sénilité précoce^ il y a participation, dans la vieillesse pour ainsi dire physiologique, du corps thyroïde, mais cet organe n’est plus alors qu’un élément qui, s’il conserve encore une importance, voit ses effets perdus dans la scène clinique générale. De même l’extrait thyroïdien n’a plus alors qu’une valeur thérapeutique très amoindrie.