Insuffisance thyroïdienne chez la femme
— Les relations entre la glande thyroïde et l’ovaire ont fait l’objet de recherches nombreuses (Ocana, Fischer, Freund, Lange, etc.). Elles ont été précisées par Parhon et Goldstein, qui admettent en général un antagonisme entre ces glandes. Le plus souvent, lorsqu’il y a insuffisance ovarienne, il se fait une réaction d’hyperthyroïdie pouvant aller jusqu’à la maladie de Basedow. La question peut être toutefois plus complexe, puisque la grossesse est susceptible soit de ne produire aucune réaction thyroïdienne, soit d’améliorer son fonctionnement, soit
LA PETITE lA'SUFFISANCE THYROÏDIENîsE.
de l’exagérer, soit de le rendre insuffisant, et certains accidents de grossesse sont à mettre sur le compte de Finsuffisance thyroïdienne.
On n’oubliera pas, d’ailleurs, dans cet état complexe, l’action des autres glandes endocrines : hypophyse, parathyroïde, surrénale, sans parler du foie et des reins, et surtout du placenta.
La grossesse mise à part, le corps thyroïde joue un rôle sur le développement des ovaires ; son insuffisance peut entraîner Fhypoovarie, l’aménorrhée, et une puberté difficile.
D’autre part, au moment des menstrues^ la réaction thyroïdienne est parfois nulle, ou bien se fait dans le sens de Fhyperfonctionnement, conformément à l’expérience d’Hallion, ou au contraire met en évidence une hypothyroïdie paroxystique.
Ces réactions que la clinique humaine est plus à même de développer que l’expérimentation chez les animaux, se manifestent encore au cours de la ; ménopause. Lorsque la glande thyroïde, à cette période de la vie féminine, a son fonctionnement troublé, cette dyspragie se fait dans le sens de > l’hyperthyroïdie ou de l’insuffisance thyroïdienne j (pseudo-myxœdème de Dalché).
Rappelons Faction du corps thyroïde sur la fonction mammaire, l’augmentation expérimentale de J la sécrétion lactée par l’injection de substance thy- J roïdienne. Byrom-Bramwell a vu la production de îî
lait accrue chez une nourrice soumise au traite- i
ment thyroïdien. Par contre, Finsuffisance thyroï- ^
dienne entraîne une diminution de la fonction |
mammaire.
5. — Chez les goitreux la fonction thyroïdienne est variable. Parfois elle est peu troublée, par suite de la persistance du tissu glandulaire sain. Le sujet n’a à se plaindre que des troubles esthétiques que cause le volume de son cou — ou bien il existe des signes de compression. — Dans un certain nombre de faits, c’est l’hyperthyroïdie ou l’instabilité thyroïdienne, qui sont surtout manifestes. Parfois l’insuffisance thyroïdienne se montre à des degrés divers. C’est elle qu’il faudra toujours rechercher pour mettre un goitreux au traitement thyroïdien, de même qu’il y aura toujours à préciser le volume du corps thyroïde, chez tout sujet suspect d’insuffisance thyroïdienne.
4. —Insuffisance thyroïdienne et maladies. — o) L’insuffisance thyroïdienne prédispose à certaines maladies infectieuses, surtout aux auto-infections (angines à répétition), à certaines exo-infections (érysipèles à répétition), peut-être au rhumatisme articulaire aigu, ce qui expliquerait, lors de rhumatisme, la réaction si fréquente de la glande déjà prédisposée.
b) Comme l’ont montré M. Vincent pour le rhumatisme, M. Sardou pour diverses intoxications, il s’installe souvent, au cours des maladies, une hypothyroïdie concomitante^ qu’il y a intérêt à reconnaître, pour faire bénéficier le fébricitant de l’opothérapie thyroïdienne.
c) L’insuffisance thyroïdienne succède fréquemment à diverses maladies : c’est ce qui permet, en particulier, de comprendre le rhumatisme chroni-
que et la sclérodermie, suite de rhumatisme articulaire aigu (Vincent).
Le corps thyroïde prenant part à la défense de l’organisme, son insuffisance'comporte un affaiblissement des moyens de défense organiques, ce qui entraîne des conséquences sérieuses, au point de vue de l’évolution des maladies. Mais la question est parfois complexe, pour la tuberculose pulmonaire, par exemple. Car, si nous avons montré l’influence bienfaisante de la poudre thyroïdienne, dans certaines formes de la tuberculose, et à certaines doses, l’hypothyroïdie offre un terrain défavorable au développement de certaines variétés de la maladie. C’est qu’en effet, par une sorte d’antagonisme, le tempérament hyperthyroïdien, qui comporte l’exagération des échanges respiratoires et de la déminéralisation, réalise le terrain tuberculisable suivant la formule de M. Albert Robin, alors que le tempérament hypothyroïdien, que caractérise la diminution des échanges respiratoires et minéraux, constitue un terrain opposé, c’est-à-dire réfractaire à la tuberculose. C’est ce qui explique l’antagonisme relatif de l’arthritisme (souvent hypothyroïdien) et de la tuberculose. Il y a peut-être rétention de substances minérales dans l’organisme, d’autre part, lors d’hypothyroïdie bénigne chronique, et c’est aussi de cette façon qu’agiraient les petites doses de corps thyroïde.
Nous n’insistons pas sur l’insuffisance thyroïdienne qui peut succéder à l’hyperthyroïdie du diabète, évolution sur laquelle a insisté Lorand (de Carlsbad).
Et nous ne dirons qu’un mot de l’association pos-
DES FORMES D’INSUFFISANEE THVROÏDlEAxNE.
sible de l’insuffisance thyroïdienne avec le mongolisme, d’où résulte l’amélioration par la thyroïdothérapie, d’un certain nombre de symptômes présentés par les mongoliens. Ce qui en a entraîné aussi une confusion, par laquelle on a voulu assimiler le myxœdème et le mongolisme.
5. Insuffisance thyroïdienne des animaux. — Les animaux, surtout dans les pays à goitres, sont atteints de ces tumeurs bénignes et sont susceptibles de présenter des signes d’insuffisance thyroïdienne à des degrés divers. Parmi les exemples d’insuffisance thyroïdienne chez les animaux, nous ne citerons que quelques cas. En voici un reproduit par Bérard. Une chienne prit le goitre à Brides. Elle mit bas l’année suivante de plusieurs petits chiens, dont un portait dès sa naissance une tumeur thyroïdienne. Ce petit chien goitreux subit un retard énorme de développement : il n’apprit que très tard à manger seul, il ne comprenait pas les appels de son maître, et il se laissa écraser par une voiture allant au pas. Aichbergen a observé, en Styrie, deux chiens, dont l’histoire sert d’appui à la notion de la transmission du crétinisme de l’homme à l’animal, tout au moins par contact intime. Elevés par une demi-crétine qui les faisait coucher dans son propre lit, ces chiens devinrent eux-mêmes des crétins, mal développés, porteurs d’un goitre volumineux avec poil terne, sec, lanugineux, et persistance des dents de lait. Ils étaient incapables d’aboyer et paraissaient dénués de toute intelligence.